journal de bord - Des expéditions historiques
Des expéditions historiques
Tara, parti pour un programme de recensement de la biodiversité marine sur trois ans a eu d’illustres prédécesseurs, dont nous allons brosser le portrait. A tout seigneur, tout honneur, nous commencerons ces rappels historiques par l’expédition de l’H.M.S Challenger.
Le HMS Challenger était une corvette de la Royal Navy, construite en 1858. Modifiée en 1870, on lui retire notamment ses canons pour installer un appareillage de sondage océanographique, on aménage aussi des cabines supplémentaires, des laboratoires et une plate-forme de dragage. La grande nouveauté est la présence d’un moteur de 1 200 CV qui montrera une remarquable efficacité dans les manœuvres difficiles et les opérations de treuil. Sans lui n’auraient pu être réalisées les sondages par grandes profondeurs qui demandaient plus d’une journée de maniement d’un engin de 13 tonnes.
On embarque aussi 300 km de cordage pour effectuer des prélèvements de sédiment marin, des microscopes, des chaluts, des dragues et une quantité faramineuse de récipients pour préserver dans l’alcool les organismes récoltés.
Le programme de recherche est piloté par la Royal Society de Londres. Le capitaine du navire est Sir George Nares, célèbre explorateur polaire qui, dans les années 1854-56 était parti à la recherche de l’expédition de John Franklin, et qui, dès la mission du Challenger terminée, repartira en Arctique pour découvrir, entre le N-W Groenland et l’île d’Ellesmere, le détroit qui désormais porte son nom.
La direction de l’équipe scientifique est confiée au biologiste écossais Charles Thomson, épaulé par le naturaliste William Carpenter, le biologiste John Murray et le chimiste John Buchanan. Nul ne pouvait prévoir l’importance qu’allait revêtir cette décisive introduction à l’océanographie, discipline encore balbutiante, qui n’avait pas encore de nom, puisque le mot n’apparut qu’en 1883. Si les biologistes furent les plus comblés, aucune branche scientifique ne fut délaissée pour autant. De manières systématique, dragages, chalutages, prélèvements d’eau, mesures de température, densité, salinité se succédèrent sans compter les innombrables observations sur les faunes d’oiseaux et de mammifères, ainsi que sur les glaces flottantes.
En trois ans, le navire parcourra 127 000 km, effectuera 492 sondages profonds, 133 dragages, 151 chalutages et découvrira 4717 nouvelles espèces de vie marine. On lui doit également la découverte de la fosse des Mariannes et de la dorsale médio-atlantique. Son incursion dans les mers australes, avec arrêts à Crozet et Kerguelen laissera de nombreux noms à l’actuelle toponymie de ces régions.
Sur les 1290 jours de voyage (727 jours de mer) le navire perdra 10 hommes (sur un équipage de 243 personnes), ce qui est relativement peu pour l’époque et pour un voyage d’une telle durée.
Christian de Marliave