journal de bord - Questions à Etienne Bourgois, co-directeur de Tara Oceans et président de Tara Expéditions.
Questions à Etienne Bourgois, co-directeur de Tara Oceans et président de Tara Expéditions.
Etienne Bourgois fait le point sur l’expédition Tara Oceans, sur le programme des mois à venir avant le retour à Lorient et plus généralement sur les missions et le futur de Tara.
Qu’est ce qui fait l’originalité de Tara Oceans ?
Sur Tara, ce sont près de trois ans passés à travers le monde à étudier les micro-organismes marins, avec les mêmes instruments, les mêmes protocoles, les mêmes laboratoires impliqués, etc. C’est extrêmement rare pour une expédition scientifique. Et ce type de mission va être de plus en plus difficile à organiser tellement les autorisations pour prélever de l’eau sont compliquées à obtenir. L’océan devient en enjeu économique et politique !
Pour vous quel est le but premier de Tara ?
Il est primordial de mener des recherches scientifiques pour comprendre et se préparer aux impacts à long terme des changements climatiques en cours. Au delà d’être une plate-forme pour les scientifiques, notre démarche environnementale est très importante.
Comment dirigez-vous cette expédition avec Eric Karsenti ?
Tara Oceans rassemble une équipe de 200 personnes de 35 nationalités différentes, ce qui rend cette équipe incroyablement riche. 200 personnes qui échangent en permanence tout en étant très compétent chacun dans leurs domaines. C’est une formidable aventure humaine. Avec Eric nous sommes des agitateurs, des catalyseurs de ce groupe là. Nous ne sommes pas du tout dirigistes.
Comment Tara se porte après le chantier de San Diego ?
Nous avons eu besoin de changer les voiles à San Diego ce qui était inattendu pour nous. Nous allons d’ailleurs faire expertiser les anciennes voiles car elles se sont usées plus rapidement que prévu. Nous avons également ouvert le bateau pour changer un moteur lors de notre dernière escale en Californie (Tara a trois moteurs, deux moteurs à bord et toujours un à terre en révision). Nous constatons aussi pas mal de déperdition électrique.
Cependant le bateau pourrait continuer longtemps encore cette expédition car il est très bien entretenu par son équipage. Je remercie les marins qui dépensent beaucoup d’énergie pour cela.
Le matériel scientifique n’a pas subi d’avarie, rien n’a été perdu, la qualité des échantillons envoyés est toujours très bonne. L’équipe est extrêmement rodée et nous pouvons maintenant organiser des stations dans des conditions de mer difficiles.
Nous sommes à moins de 100 jours du retour. Quels sont les grands temps forts d’ici fin mars ?
Tara vient de passer le canal de Panama et a retrouvé l’Atlantique. Nous nous rapprochons de la maison. Mais nous n’y sommes pas encore. Les conditions météo vont être certainement difficiles jusqu’à Lorient. Le bateau et l’équipage vont subir un vrai choc thermique !
Nous passerons par le Golfe du Mexique où nous ferons des stations scientifiques dont la position sera bien choisie, en fonction de la pollution de la marée noire, nous ferons ensuite escale à Savannah (USA) puis à New-York (USA). Cette escale est importante car de nombreuses conférences sont prévues. Je m’y rendrai avec Eric Karsenti, Romain Troublé, notre directeur des opérations et les principaux coordinateurs scientifiques.
Direction ensuite les Bermudes, puis les Açores avant le retour à Lorient le 31 mars prochain. Une GRANDE fête se prépare !
Quels sont les projets 2012 pour Tara ?
L’expédition ne s’arrête pas au retour du bateau. En 2012 nous allons rendre compte de notre mission, en séjournant à Lorient, en nous rendant à Brest et à Paris. Nous allons partager ce que nous avons vécu avec toutes les classes qui nous ont suivi ainsi qu’avec le grand public et les scientifiques.
Nous allons publier un Journal « spécial retour » en français, anglais et japonais, avec Michel Temman qui en sera le rédacteur en chef et Loulou Picasso qui l’illustrera.
En juin, sortira le film Planète Océan de Yann Arthus Bertrand et Michael Pitiot auquel nous participons.
Puis ?
Les trois années à venir sont en cours de préparation, il est encore trop tôt pour en parler. Quoi qu’il en soit Tara va continuer ses missions environnementales et nous n’oublions pas qu’il s’agit d’un voilier polaire.
Quelle est votre plus grande frustration au cours de cette mission ?
Je ne peux plus regarder, Tara dans des paysages paradisiaques, sur mon ordinateur ! J’ai atteint ma limite…
Plus sérieusement, le fait d’avoir revu le parcours en mars dernier, était une décision difficile à prendre mais qui était la bonne. Nous regrettons de ne pas avoir vu Tara à Tokyo ou à Hong-Kong mais je suis sûre que nous aurons l’occasion d’y retourner.
Quels sont les grands thèmes environnementaux qui vous préoccupent le plus actuellement ?
Malheureusement, la crise économique a pris le pas sur la prise de conscience environnementale. J’en profite d’ailleurs pour remercier vivement nos partenaires qui nous soutiennent dans cette période troublée : le Fonds de dotation agnès b, la Fondation Veolia Environnement, la Fondation EDF DiversiTerre, la Région Bretagne, Cap l’Orient, World Courrier, la Fondation Albert II de Monaco, le CNRS, l’EMBL, le CEA, le Genoscope, la Marine Nationale, les Douanes et tous nos partenaires.
La Terre se réchauffe. L’année 2011 est l’année la plus chaude jamais enregistrée en France. L’environnement est une cause globale qui nous concerne tous. Si il n’y a pas une mobilisation du grand public et des jeunes générations, cela risque d’être très difficile. Nous serons bientôt 9 milliards sur Terre avec les risques d’instabilité que cela implique, provoqués par la famine, les crises humanitaires, le manque d’eau. La France qui pourrait être leader pour tenter des résoudre ces problèmes ne semble malheureusement pas en faire une priorité.
Quels sont vos vœux pour 2012 pour les Internautes ?
Très bonne année à tous et… Rejoignez-nous, soutenez-nous ! Avec Tara ou d’autres ONG, battez-vous, agissez pour faire changer les choses, votez !