journal de bord - Tara à Puerto Eden
Tara à Puerto Eden
Ce mercredi sous un soleil de plomb inhabituel dans ce coin de Patagonie, après être passé devant de nouvelles cathédrales de granit de plusieurs centaines mètres de haut, en glissant sur une eau comme un miroir, nous sommes arrivés à Puerto Eden.
C’est un petit bourg de 150 âmes situé tout prêt du canal Iglesias que nous emprunterons après notre départ demain jeudi. Avant le canal Messier, et le golfe de Penas. Un port de pêcheur qui a connu des heures plus prospères avant que l’algue rouge ne condamne la consommation des coquillages. Cette algue toxique a eu des effets fulminants sur certains amateurs au point de les terrasser mortellement. Comme la pêche des coquillages était la principale économie, Puerto Eden est passé de 500 à 150 âmes. 70 femmes et 80 hommes vivent encore ici d’une pêche autorisée celle de la traditionnelle « Centolla », l’équivalent de notre araignée et de poissons.
Pour essayer de faire venir des bateaux synonyme de retombées économiques et pour profiter de cet axe de navigation emprunté par des cargos ou des vraquiers qui remontent après vers le nord du Chili, on construit depuis trois ans un quai, à Puerto Eden.
Mais ce quai c’est un peu l’arlésienne. Normalement, sa construction doit être achevée en avril prochain, mais la livraison du chantier a été maintes fois repoussée alors les habitants sont prudents et réservés quant à l’issu de ce projet. En tout cas les ouvriers dont certains sont originaires de Punta Arenas au Nord-Est de la Terre de Feu trouvent ici de quoi faire vivre une famille. Alors ils commencent à apprécier tous ces rebondissements, sur le plan financier.
Dans ce village qu’on parcourt en marchant sur un ponton de bois construit quelques mètres au dessus de l’eau, sont construites des maisons souvent en tôle mais aux multiples couleurs ce qui, par un temps ensoleillé comme aujourd’hui, amène beaucoup de gaieté au lieu. Les trois quarts de l’année, il pleut. 6 mètres par an en moyenne, autant dire que Puerto Eden, comme l’ensemble des canaux, est très humide. C’est pour cela d’ailleurs que ce ponton a été construit pour éviter de marcher dans la boue du bord de mer, où s’entassent d’ailleurs des tonnes de ces vieux coquillages.
Les habitants étaient tous amusés, curieux de nous voir débarquer ici, avec nos appareils photos prêts à capturer la moindre curiosité. Ils étaient tous d’une approche facile, souriants, tranquilles.
Malgré une eau à 15°C, des enfants se baignaient autour des bateaux de pêche rouge et jaune, les couleurs de Puerto Eden, au pied de ce ponton. En les regardant, je me disais quelle liberté pour eux. Des jeux que je souhaite à beaucoup d’enfants comme ceux de Puerto Eden en toute quiétude, sans peur, une activité visiblement naturelle, avec une surveillance distante des adultes.
Pour nous qui venons d’une autre planète, hyper technologique, où le moindre bain à cette température peut ressembler pour certains à une expédition extrême, c’était un pur moment de bonheur. Une claque aussi.
La différence c’est que c’est un peuple de l’eau, et que nous perdons chaque jour un peu plus le lien qui nous unit à la nature, celle qui pourtant nous entoure comme à Puerto Eden.
Vincent Hilaire