journal de bord - Temps Fête sous le soleil
Temps Fête sous le soleil
Après les « Tonnerres de Brest », Tara a rejoint le festival « Temps Fête » de Douarnenez. Durant quatre jours, les concerts, les débats, les ateliers et surtout le magnifique spectacle qu’offre les voiliers, ont animé le charmant port du Finistère. Comme à Brest, la foule a répondu à ce grand rendez-vous maritime de l’été. Agréable surprise, le soleil était lui aussi de la partie !
C’est par une matinée brumeuse, que l’armada quitte Brest, pour faire cap sur Douarnenez. Poussés sur les flots par un vent peu timide, plus de mille bateaux sortent la voilure et rivalisent de beauté. Tout à coup, le soleil se décide à sublimer ce décor sauvage et verdoyant qu’est la côte bretonne. A bord de Tara, les équipiers, fascinés par le spectacle, ne quittent pas le pont. Même la célèbre navigatrice Catherine Chabaud, qui a pourtant parcouru le monde entier, et qui a embarqué à bord de Tara pour la journée, reste sous le charme de cette « carte postale bretonne ».
Après une journée de mer, le port de Douarnenez se dessine à l’horizon et les voiliers de tradition s’y engouffrent un par un. Le trafic maritime est dense, pour des raisons de sécurité Tara fermera le bal maritime. Alors que la goélette attend de pouvoir faire son entrée au port, sur le quai, la fête bat déjà son plein, sous un coucher de soleil jaune rosé chargé de promesses.
Promesse tenue. Sous un soleil de plomb, les barques à vapeur ont démarré leur danse dans le port de Douarnenez, conduisant les curieux au plus près de célèbres voiliers de tradition. Au milieu de la foule de navires anonymes ou de renom, d’étranges embarcations, comme des catamarans sans safran, attirent l’attention des marins aguerris. Ici, le plus petit côtoie le gigantesque, mais chacun s’observe, se respecte et s’admire. Et puis, quelle que soit la taille du bateau, les marins se retrouvent tous ensemble chaque soir à terre pour boire les mêmes breuvages et trinquer en breton.
En milieu de journée, un drakkar fait irruption dans le port. À bord du vieux navire en bois, les vikings ont déserté le pont pour laisser place à une bande de joyeux lurons déguisés. Diversité des navires, diversité des origines. De la Scandinavie, le visiteur passe rapidement à l’Afrique. Sur le quai, Dominique, un marin de Noirmoutier, est venu présenter sa pirogue à balancier malgache. Un rêve de gamin devenu réalité.
Si l’animation sur l’eau ne manque, il en va de même sur le quai. Sous une tente blanche, trois travailleuses de la mer débattent avec le public de la place de la femme dans le monde de la mer, évoquant la rareté regrettable de sa présence dans ce milieu salé. Chacune rêve tout haut d’un lendemain où les navigatrices ne feront pas exception dans les palmarès des courses, où les croyances comme celle que « les femmes portent malheur sur un bateau » auront disparu… Et quand on regarde l’engouement des petites filles pour grimper au mât placé sur le quai à l’occasion des festivités, on se dit que, peut-être, le monde de la mer ne résistera pas longtemps aux sollicitations de la gent féminine. Deux jours plus tard, sous la même toile de tente, l’équipage de Tara présentera au public la mission scientifique du voilier.
En poursuivant la balade sur le quai, le visiteur pourra aussi rencontrer un forgeron, un saurisseur de poissons, un jeune pêcheur amateur qui fabrique lui-même ses casiers en bois… « Temps Fête », c’est aussi l’occasion de découvrir des savoirs faire et des métiers, qui semblent appartenir à un autre temps et qui pourtant perdurent de nos jours, grâce à des passionnés.
Une crêpe beurre sucre, une bolée de cidre, dernière touche classique pour finir de brosser le portait d’un festival breton.
Dernier concert, dernier concours de godille. Demain à l’aube, Tara reprendra la route vers son port d’attache. Lorient.
Anna Deniaud