• Tara, un voilier pour la planète

    • agnès b

Direction le Liban

Depuis notre départ en début de semaine de Mykonos, dans l’archipel grec des Cyclades, nous ne sommes plus que dix à bord de Tara pour continuer notre route vers le Liban. Une étape en petit comité qui change grandement l’ambiance sur la goélette.

Nous étions 15 à Cala Gonone, en Sardaigne, puis 14 à Vlora, en Albanie, et enfin 12 après Zakynthos, en Grèce. Le décompte semble ainsi se poursuivre après la rotation d’équipage qui a eu lieu lors de notre dernière escale à Mykonos : nous ne sommes aujourd’hui plus que dix taranautes, dont cinq marins. Le malouin Martin Hertau, qui prendra le poste de capitaine dans un mois, a pris pour l’instant possession de la salle des machines, l’ancien poste de Rodolphe Gaudin, qui devient pour sa part second-capitaine. Samuel Audrain, capitaine, Marion Lauters, cuisinière, et François Aurat, chef de pont, continuent quant à eux leur périple commencé il y a déjà plusieurs semaines.

Du coté des scientifiques, le libanais Anthony Ouba a rejoint Amanda Elineau et Juliette Maury, qui multiplient les stations de prélèvements depuis maintenant un mois. La présence à bord de ce doctorant libanais, travaillant à l’Observatoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer, nous permettra, en plus de profiter de deux bras supplémentaires lors des stations, de pouvoir échantillonner dans les eaux libanaises, de par sa nationalité. Enfin, du coté des artistes en résidence, c’est Emmanuel Régent, peintre et dessinateur, qui proposera sa vision d’artiste de notre périple méditerranéen.

Comme toujours avec une équipe réduite, Tara change de visage, d’ambiance. Plus détendu, moins tumultueux. Dans le grand carré climatisé, on ne se bouscule plus pour avoir une place pour travailler, discuter, planifier une station. A table, chacun a les coudées franches pour échanger avec son voisin, les discussions se faisant alors plus personnelles. Si les équipes chargées des tâches ménagères ont dû être adaptées (la cuisinière, normalement épargnée au vu du travail titanesque qu’elle effectue déjà, a dû rejoindre une des cinq équipes), chacun participe volontiers aux tâches de son voisin. La famille Tara se réduit, elle en devient plus solidaire.
Revers de la médaille, les « non-marins » n’auront plus de répit la nuit, pour les quarts de surveillance. Nous nous relayerons donc quasiment chaque nuit, toutes les trois heures, pour seconder le marin de quart dans sa veille nocturne. L’occasion, une fois de plus, de mieux connaître ses voisins de cabine. C’est donc dans cette ambiance plus intimiste que se succéderont les prochaines stations de prélèvement de cette semaine. Une semaine, c’est le temps dont nous disposons pour rallier Beyrouth, notre prochaine escale. C’est aussi le temps que nous passerons dans la capitale libanaise.

Yann Chavance

 

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S.A.S le Prince Albert II de Monaco à bord de Tara

Dimanche 27 juillet 2014, la venue du Prince Albert II de Monaco a marqué le soutien de Sa Fondation à la mission de Tara

 

Le 27 juillet 2014, à l’occasion d’une escale de la goélette Tara dans les Cyclades (Grèce), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, et l’équipage de la goélette ont eu l’honneur d’accueillir Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco et Sa délégation pendant quelques heures. La Fondation Albert II de Monaco, qui soutient les missions de Tara depuis 2006, est l’un des principaux partenaires de l’expédition Tara Méditerranée.

Cette visite a permis à S.A.S le Prince Albert II de prendre la mesure des enjeux des expéditions scientifiques de Tara, en touchant du doigt concrètement le travail accompli depuis des années avec les laboratoires et les instituts impliqués dans ses missions. S.A.S. le Prince Souverain a déclaré « Je suis extrêmement content d’être à bord. Je n’avais vu le bateau qu’à quai, sans jamais vraiment naviguer dessus, donc c’est pour moi une satisfaction de partager au moins quelques heures avec l’équipage de Tara. Je crois que c’est en ayant la possibilité de pouvoir échanger avec eux que l’on peut aussi envisager d’autres idées et d’autres aventures ».

S.A.S le Prince Albert II de Monaco a ainsi pu découvrir le bateau en conditions d’expédition. L’occasion pour le Prince de rappeler l’intérêt porté à cette expédition Tara Méditerranée : « Cette campagne que mène Tara, cette étude de la pollution par les matières plastiques, c’est aussi une façon d’alerter, de faire comprendre à tous nos contemporains que la situation est grave. Je crois que Tara est vraiment un exemple. C’est une belle aventure, environnementale bien sur, marine bien entendu, mais avant tout humaine».

La venue de S.A.S le Prince Albert II de Monaco à bord de Tara souligne l’engagement de sa Fondation pour la protection les océans et son soutien à la mission Tara Méditerranée. Cette expédition comporte un volet scientifique destiné à mieux comprendre les impacts du plastique sur l’écosystème méditerranéen et un volet de sensibilisation aux nombreux enjeux liés à la Méditerranée, volet qui promeut notamment les efforts de développement des Aires Marines protégées (AMP).

« Cette journée entière passée à bord avec S.A.S le Prince Albert II de Monaco et l’équipe de Sa Fondation a permis de soutenir le lancement du projet de l’AMP de Gyaros et de renforcer les liens avec S.A.S le Prince Albert II de Monaco qui depuis plus de 7 ans soutient et encourage Tara dans sa quête de connaissance pour la recherche. » précise Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

Des membres d’associations impliquées dans un important programme de préservation du phoque moine sur l’île de Gyaros étaient aussi présents lors de cette journée. Pour S.A.S. le Prince Albert II de Monaco, le programme de préservation mené par Sa Fondation et ces partenaires locaux autour de cette espèce sensible est capital. « Il était important d’essayer de sauvegarder un des derniers habitats importants du phoque moine, sur l’île de Gyaros et sur d’autres îles aux alentours, souligne-t-il. Nous sommes très heureux, avec ma fondation, d’être partenaire de ce programme qui, je pense, pourra non seulement mieux protéger le phoque moine et son habitat, mais aussi la faune et la flore de ces écosystèmes extrêmement fragiles ».

Des actions de conservation et des études scientifiques qui s’accompagnent d’une volonté de travailler avec les partenaires locaux. « Des projets comme ceux-ci ne marchent que si tout le monde se sent concerné, quand tout le monde s’assoit autour d’une même table, explique le Prince. Il faut pouvoir travailler avec la population locale, avec les pécheurs notamment, pour montrer que c’est dans leur intérêt aussi, sur le long terme, que les phoques moines et les pécheurs puissent cohabiter».

 

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VIDÉO – TARA TRAVERSE LE CANAL DE CORINTHE

Mercredi 23 juillet 2014, Tara a passé le canal de Corinthe qui sépare le Péloponnèse du reste de la Grèce. Ce raccourci nous a permis de rejoindre les Cyclades sans devoir faire le tour du Péloponnèse. Le canal, long de six kilomètres pour une vingtaine de mètres de large seulement, est surplombé d’impressionnantes falaises hautes de 50 mètres.

L’expédition Tara Méditerranée est désormais en route vers Mykonos.
©Y. Chavance/Tara Expéditions

Regards croisés : deux artistes en résidence sur Tara

Lorraine Féline, vidéaste, et Carly Steinbrunn, photographe, sont les deux artistes en résidence sur Tara depuis Cala Gonone, en Sardaigne. A quelques heures de leur départ, c’est le temps du bilan après trois semaines passées à bord de la goélette.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Lorraine Féline

Je réalise des films, je fais des dessins et des performances qui tournent autour de la notion du geste, du mouvement, de la chorégraphie. J’ai étudié à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, ainsi qu’à l’École supérieure d’Art de Brême, en Allemagne. Je réalise notamment des performances courtes avec des personnes sur leur lieu de travail. J’ai réalisé en 2013 un film qui s’appelle « Le ballet mécanique », pour lequel j’ai tourné à Londres dans une usine qui fabrique des chaussons de danse.

Carly Steinbrunn

Je suis photographe, je travaille à Londres et à Paris. J’ai d’abord suivi une formation en photographie scientifique, puis j’ai étudié à l’école nationale supérieure de la photographie d’Arles. Mon travail s’attache à l’idée de découverte et de nouveauté en photographie. J’ai réalisé une série, « The Voyage of Discovery », qui a été exposée au festival photographique de la ville de Levallois. Cette série prend aussi la forme d’un livre, pour lequel j’ai été nominée pour le « First book Award » à Londres.

 

Quel était votre projet sur Tara ?

 LF Mon projet était de réaliser un film à bord de Tara, je voulais observer le bateau un peu comme une scène de théâtre, observer les déplacements, la gestuelle, l’activité de chacun à bord du bateau. Tous ces déplacements pouvaient se croiser, avoir lieu en même temps, et cela crée une sorte de chorégraphie. C’est un projet indépendant, un film autonome, qui pourrait être projeté en festival ou en centre d’art. 

CS Je développe un projet qui s’inspire du voyage entrepris par l’astronome français Jules Janssen pour photographier le passage de Vénus devant le soleil en 1874. Pour mon projet, développé en partenariat avec la Société Française de Photographie, je m’intéresse notamment aux procédés anciens développés à l’époque et aux problématiques de mouvements et d’enregistrement d’un tel évènement. J’essaie de faire une sorte de carnet de bord préparatoire, dont une partie sur Tara.

 

Que représente pour vous l’opportunité d’être sur Tara ?

LF J’ai découvert Tara par les artistes qui sont passés sur le bateau, et j’ai ensuite pu le visiter quand il était à Paris, il y a un an ou deux. C’est à ce moment-là que mon projet s’est vraiment concrétisé. Cela représentait un peu une forme de rêve, dans le sens de tout ce qui est lié à l’inconnu, par rapport au bateau, à la navigation, au fait de voyager, de partir. C’est une expérience qui est vraiment unique et rare.

CS J’ai toujours été passionnée par ce bateau, qui me fait vraiment penser à un vaisseau, entre le bateau et le sous-marin, un peu comme le Nautilus. C’est un bateau vraiment unique, donc c’était très important pour moi d’être à bord. En tant qu’artiste, Tara me donne de l’inspiration. On peut faire des images partout, en salle des machines ou avec les manipulations scientifiques, je ne pensais pas pouvoir faire autant d’images. Je craignais au départ que cela soit plus monotone, moins riche, mais en fait, c’était très varié.

 

En quoi est-ce important d’avoir des artistes en résidence sur Tara ?

LF Je trouve très intéressant que les artistes puissent observer, apporter un regard sur l’activité scientifique du bateau, sur le bateau en lui-même. Je me demandais il y a peu comment on verrait, dans quelques années, le travail qui est fait sur Tara. J’imagine que les choses auront beaucoup évoluées, mais quel regard portera-t-on sur tout cela ? Du coup, c’est intéressant de pouvoir avoir des points de vues d’artistes, c’est une autre forme d’archive.

CS C’est vraiment une très bonne chose de mélanger des artistes et des scientifiques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont des gens qui ne sont pas si éloignés que ça, qui essayent chacun à leur manière de comprendre le réel. C’est aussi une chance incroyable pour des artistes, qui ne sont ni scientifiques, ni marins, de pouvoir monter sur un bateau comme Tara, tout simplement. Il n’existe que très peu de résidences d’artistes comme cela, c’est vraiment une chance incroyable.

Propos recueillis par Yann Chavance

Une escale imprévue

Ce mardi 22 juillet, Tara s’est détourné pour quelques heures de sa route.

Un bref arrêt à Patras, une ville portuaire grecque au nord du Péloponnèse, pour récupérer un colis inattendu.

Quelques heures après notre départ de Zakynthos, l’île aux tortues marines, Tara s’est arrêté pour quelques heures dans le port de Patras. Un détour minime, alors que notre route initiale devait justement longer la côte du Péloponnèse pour s’enfoncer dans le canal de Corinthe, afin de continuer notre route dans les Cyclades, à l’Est de la Grèce. La raison de cette brève escale : une bouée océanographique à récupérer à bord.

L’histoire de cette bouée commence en février dernier, alors qu’elle est larguée en mer au large de la Grèce par une équipe CNRS de l’Observatoire Océanographique de Villefranche-sur-mer, à l’occasion d’un programme coordonné par la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO (COI). Une bouée dérivante, collectant en continu une multitude de données en tous genres (température, salinité, densité, etc.), comme il en existe plus de 3 000 dans le monde. Ces bouées sont conçues pour se laisser porter par les courants et transmettre en permanence leurs précieuses informations – et leur position – par satellite.

Mais il y a quelques semaines, l’équipe française se rend compte que la bouée s’approche dangereusement des côtes du Péloponnèse, menaçant de s’écraser sur les rochers. Décision est alors prise d’envoyer deux scientifiques de l’observatoire, direction la Grèce, pour récupérer le précieux instrument. Ce dernier s’en sortira ainsi avec seulement quelques égratignures et sera emmené plus au Nord, à Patras, où elle sera déposée à l’Université de la ville en attendant le passage de Tara.

Si cette fameuse bouée se trouve ainsi maintenant dans la cale avant de la goélette, cette escale imprévue fut également mise à profit par tout l’équipage. Coté cuisine, un nouvel arrêt à terre est toujours l’occasion de se ravitailler en produits frais. Coté science, c’est une bombonne d’azote liquide, utilisé pour conserver les échantillons, qui nous attendait sur le port. Enfin, l’équipe scientifique a profité de ces quelques heures à terre pour envoyer aux différents laboratoires impliqués dans cette expédition tous les précieux échantillons prélevés ces derniers mois à bord de Tara. Quant à la bouée océanographique, nous la remettrons nous-mêmes en mer d’ici quelques jours, en sortant des eaux grecques.

Yann Chavance

VIDÉO – Rencontre avec les tortues de Zakynthos

Le parc national marin de Zakynthos est le plus important lieu de ponte des tortues caouannes en Méditerranée, avec plus de 500 femelles venant pondre sur les différentes plages du sud de l’île grecque chaque été. Zakynthos est également un important lieu touristique, accueillant quelque 650 000 visiteurs chaque année. Le personnel du parc marin a donc imaginé un plan de gestion permettant de concilier tourisme de masse et préservation de cette espèce sensible.

C’est dans le cadre de la collaboration de Tara Expéditions avec MedPAN, le réseau des gestionnaires d’Aires Marines Protégées en Méditerranée, que notre 10ème expédition a réalisé une courte escale à Zakynthos. En effet, la création et la bonne gestion des Aires Marines Protégées identifiées par la richesse de leur biodiversité, encouragent l’ensemble des usagers de la mer à s’entendre sur une gestion durable de celle-ci.

Aujourd’hui, ces zones manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020, objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique.
©Y. Chavance/Tara Expéditions

Regards d’enfant

Cyanne, onze ans, s’apprête à quitter la goélette après 15 jours passés à bord pendant lesquels elle a raconté son aventure sur le site de Tara. Entre la galère du mal de mer et le bonheur de la rencontre avec les dauphins, conclusion d’un périple vu à hauteur d’enfant.

 

Comment as-tu trouvé l’ambiance sur le bateau ?

Sur Tara, c’est plus calme qu’en ville. Il n’y a pas les voitures, on est quasiment tout seul, à part des fois où on croise quelques bateaux. Mon endroit préféré à bord, c’était à l’avant du bateau, sur le nez de Tara. J’aimais bien m’asseoir à l’avant, d’ici on voit tout ce qu’il y a autour de soi, toute la mer autour. On a l’impression d’être tout petit face à l’océan.

Quelles sont les choses qui t’ont le plus surprises ?

J’étais déjà montée à bord quand le bateau était à Paris, mais là c’était vraiment différent. Déjà, je pensais pas avoir autant le mal de mer… Et puis je n’étais pas au courant qu’il y avait des tâches ménagères, personne ne me l’avait dit ! Ce qui était bizarre aussi, c’est d’avoir autant de monde à bord. A quinze, on est parfois un peu serrés. Dès qu’on va quelque part sur le bateau, il y a tout le temps quelqu’un. Mais en fait, ça ne m’a pas vraiment dérangé.

Ce n’était pas trop difficile de raconter ton aventure sur le site ?

C’était parfois dur d’écrire tous les jours, des fois je n’arrivais pas à trouver un moment pour m’y mettre. Normalement je devais faire un texte par jour, mais c’était plutôt un tous les deux jours. Et puis parfois, c’est difficile à expliquer la vie qu’on a à bord. Même s’il se passe des fois beaucoup de choses dans la journée, on ne sait pas toujours comment le dire, pour que les gens à terre comprennent bien.

Quelles sont les choses qui te manquent le plus à terre ?

Même si j’étais contente d’être à bord, il y en a quand même beaucoup… Déjà, ma famille, ma mère, ma petite sœur… A bord, on n’a pas internet ou de téléphone, juste une adresse spéciale pour envoyer des mails. Et puis, je vais être contente de retrouver ma chambre et mon lit ! Sur Tara, on est à deux par chambre, et elle est toute petite. Il n’y a pas de bureau, juste les deux lits et quelques tiroirs : je préfère ma chambre à terre !

Quel sera ton meilleur souvenir ?

La première fois qu’on a vu des dauphins. J’en avais déjà vu, mais dans des aquariums : sur Tara, c’est vraiment pas la même chose. Quelqu’un a crié qu’il y avait des dauphins devant, j’ai couru à l’avant : je sais qu’ils ne restent pas longtemps, donc il vaut mieux aller vite ! Je n’en ai pas vu beaucoup qui sautaient hors de l’eau, ils remontaient juste un peu pour respirer, mais c’était déjà super. Quand on les voit, juste à coté de nous comme ça, c’est magique.

Et ton pire souvenir ?

Le mal de mer ! Je ne pensais pas que je serai autant malade. C’est horrible, on doit tout le temps rester allongé, on ne peut pas bouger… On a juste envie que ça s’arrête, c’est pour ça que j’étais très contente quand on est arrivés à Ustica ! Mais après, quand on s’habitue et qu’on n’est plus malade, c’est juste super. Au final, même avec le mal de mer, j’aimerai bien revenir une autre fois sur Tara. Ce que j’aime sur le bateau, c’est aussi vivre quelque chose que les autres personnes ne font pas.

 

Propos recueillis par Yann Chavance

 

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Sazan : une préservation franco-albanaise

L’île de Sazan, qui se dessine au large face au quai où est amarré, Tara à Vlora en Albanie, est au centre d’un projet de préservation unissant structures françaises et albanaises. Une collaboration officiellement actée sur le pont même de la goélette, en escale à Vlora depuis trois jours et jusqu’à demain

 

En dix ans d’aventures sur les mers, Tara avait déjà été tour à tour plate-forme scientifique, lieu de séminaires, espace de discussions politiques, ou encore outil de sensibilisation pour le grand public. Avec notre escale à Vlora, en Albanie, la goélette s’est cette fois transformée pour quelques heures en cadre symbolique pour la signature d’un important contrat, scellant une politique de conservation commune entre le Conservatoire du Littoral français et son homologue albanais, l’Agence Nationale du Littoral. Au centre des liens entre les deux structures, l’île de Sazan, la plus grande d’Albanie, trônant face à la baie de Vlora : une richesse naturelle à préserver, dans un pays où les douleurs politiques ont longtemps chassé les consciences écologiques.

En 2010, le littoral autour de l’île est classé Aire Marine Protégée : cette AMP nommée Karaburun/Sazan devient la première – et encore aujourd’hui la seule – d’Albanie. Une initiative qui a poussé le Conservatoire du Littoral français à entamer une collaboration avec ses homologues locaux sur la question de cette île. « Nous avions déjà travaillé jusqu’en 2006 avec les structures albanaises, notamment sur des actions de conservation des lagunes, rappelle Céline Damery, chargée de mission au département Europe et International du Conservatoire du Littoral, qui gère notamment ce dossier albanais. Nous sommes revenus ici en 2011 car nous souhaitions profiter de la dynamique engagée avec la création de l’AMP pour proposer notre assistance institutionnelle et technique, et les accompagner dans la mise en œuvre d’une politique de gestion des côtes ».

En 2012 et 2013, le Conservatoire du Littoral lance ainsi via son initiative PIM, pour Petites Iles de Méditerranée, des campagnes d’études sur la biodiversité de Sazan. Des prospections qui révèleront vite la richesse naturelle de l’île : quelques 300 espèces pour la flore, 40 au niveau ornithologique, ou encore dix nouvelles espèces d’insectes jusqu’ici inconnues en Albanie. Ce riche inventaire, suivi d’une évaluation écologique et d’un état des lieux de la pollution terrestre, permet alors d’imaginer un plan de gestion de l’île. Car jusqu’ici, Sazan n’est en réalité qu’à moitié concernée par l’AMP nouvellement créée. « Les eaux entourant l’île font partie de l’AMP, mais la partie terrestre est propriété du ministère de la Défense et n’a aujourd’hui aucun statut de protection, explique Céline Damery. Nous voulions travailler sur ce projet, car cela peut être un site exemplaire pour l’Albanie, avec une vraie gestion intégrée entre terre et mer ».

Depuis le début de cette année, la réflexion sur la création d’une Aire Protégée Terrestre fait donc son chemin entre interlocuteurs français et albanais, jusqu’à la signature mercredi dernier sur Tara de la convention actant cette collaboration, sous les yeux des caméras locales et des responsables politiques. « C’est une nouvelle étape dans la coopération avec les autorités albanaises, en termes d’échanges de savoir-faire et de partage d’expérience sur les enjeux de gestion des côtes » se félicite ainsi la responsable française du projet. Du coté des équipes de Tara, fiers d’accueillir symboliquement cette signature, ce fut également l’occasion de mettre en lumière ce type d’initiatives locales. Pour que notre mission scientifique en Méditerranée soit aussi un relais des actions positives que nous croisons sur notre route.

 

Yann Chavance

 

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Brève escale à Ustica

Au milieu de notre traversée de la Sardaigne jusqu’en Albanie, Tara a croisé la route d’Ustica, une petite île perdue au nord de la Sicile. L’occasion pour le nouvel équipage de rencontrer les responsables de la première Aire Marine Protégée d’Italie.

Nouveau départ, nouvel équipage, comme un rituel immuable à chaque escale : en partant de Cala Gonone, en Sardaigne, Tara a fait le plein de nouveaux passagers : nous voici maintenant quinze à bord. Spencer Lowell, le photographe américain aux multiples tatouages, a laissé sa place à deux artistes françaises : Carly Steinbrunn, elle aussi adepte de la photographie argentique, et Lorraine Féline, qui réalise un film à bord. Du coté scientifique, Stéphanie Petit laisse sa place à Amanda Elineau, travaillant également au laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer. François Galgani, océanographe à l’IFREMER et spécialiste des effets de la pollution en mer, vient compléter l’équipe scientifique jusqu’à notre prochaine escale en Albanie. Enfin, deux membres de l’équipe Tara à terre viennent découvrir le bateau pour lequel ils travaillent toute l’année : Virgile Pesey, en charge des nouveaux partenariats, et Xavier Bougeard, qui s’occupe des actions éducatives. Ce dernier, qui gère notamment le site Tara Junior, pourra compter sur un regard d’enfant pour voir Tara sous un nouvel angle : celui de sa fille, Cyanne, onze ans, qui découvre elle aussi pour la première fois la goélette.

C’est donc avec un bateau au complet que nous naviguons depuis Cala Gonone au milieu d’une mer plutôt grosse, mettant à mal l’estomac des nouveaux arrivants. Cette première courte pause sur la petite île d’Ustica, au Nord de la Sicile, arrivait donc à point nommé. Le fait que l’île soit juste sur notre route n’était pourtant pas la seule raison de notre venue : Ustica a vu naître en 1986 la première Aire Marine Protégée (AMP) d’Italie, s’étendant sur 16 000 hectares autour de ce minuscule bout de rocher émergeant de la mer tyrrhénienne. A peine arrivés aux abords du petit port d’Ustica, le seul village de l’île du même nom, deux responsables de l’AMP vinrent donc nous rendre visite à bord, le temps d’un déjeuner et de quelques échanges sur la protection locale de l’environnement. Car en marge des prélèvements de micro-plastiques effectués à bord, le fil rouge de notre expédition se tisse autour de ces rencontres avec les structures locales qui contribuent au quotidien à préserver la mer méditerranée. Si notre aperçu de l’AMP d’Ustica n’aura duré que quelques heures, nous espérons bien qu’en multipliant ce type de rencontres, nous pourrons avoir une vue globale sur la façon dont Mare Nostrum se protège localement.

Yann Chavance

 

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Escale sarde

Huit jours après notre départ d’Antibes, Tara est arrivé ce samedi 5 juillet en vue de la petite ville de Cala Gonone, en Sardaigne. Une escale de quelques jours durant lesquels le plancton et l’expédition Tara Oceans (2009-2013) seront à l’honneur.

Malgré les nombreux changements de programme pour adapter notre route et surtout nos prélèvements de plastique aux conditions météorologiques, nous sommes arrivés à l’heure face à la petite ville sarde. Un hameau de moins de deux mille âmes, perché sur une côte sauvage criblée de grottes aux eaux turquoises. Si tous à bord sont impatients de mettre un pied à terre ou la tête sous l’eau, ce n’est pas une escale farniente qui nous attend.

Tout juste arrivés, une partie de l’équipage part en ville pour une conférence de presse : ils reviendront accompagnés d’une quinzaine de journalistes venus visiter la goélette. A peine repartis, le va-et-vient du zodiac reprend de plus belle, déversant sur le pont de nouveaux arrivants encombrés de valises, quand d’autres, arrivés au terme de leur voyage, font les leurs. Tout cela au cœur d’un planning chargé, comme toujours.

Dimanche verra ainsi se succéder une conférence donnée en italien sur le plancton et les expéditions de Tara, une réunion de travail sur les recherches scientifiques menées dans la région – qui réfléchit à la création d’une station biologique et d’une aire marine protégée – ou encore une réception à l’aquarium de Cala Gonone, partenaire de cette expédition en Méditerranée.

En marge de ce programme, cette escale en Sardaigne sera surtout le théâtre d’un important séminaire pour Oceanomics, le projet titanesque visant à exploiter les données et prélèvements effectués lors des expéditions Tara Oceans et Tara Oceans Polar Circle. Durant cinq jours, les chercheurs impliqués dans ce projet à travers le monde se retrouvent ainsi à Cala Gonone pour échanger sur leurs premiers résultats.

Lundi et mardi, les scientifiques d’Oceanomics concluront ce séminaire par deux jours d’échantillonnage au large de la Sardaigne, l’occasion de former certains aux protocoles de prélèvements et de mieux comprendre d’où viennent les données qu’ils analysent depuis maintenant plus d’un an. De quoi conclure en mer cette escale ensoleillée avant notre départ mercredi pour l’Albanie, après un bref passage par la petite île d’Ustica.

 

Yann Chavance

 

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