10 ans de passion, et pas un pop up ! | Tara, un voilier pour la planète

10 ans de passion, et pas un pop up !

© Julien Girardot / Fondation Tara Expéditions

8 août 2017

Après plus de deux jours de voyage toujours vers l’ouest, je suis arrivé dimanche 6 août à Auckland (Nouvelle-Zélande). Les deux heures de route pour Whangarei engloutis, comme à chaque fois dans tous les ports du monde où je l’ai retrouvée, Tara s’est manifestée en me montrant amicalement le haut de ses deux mâts orangés. Après une première bonne nuit, ma cinquième mission à bord commence. Je retrouve plein d’anciens frangins et frangines d’aventures comme on dit dans le milieu : Nicolas de la Brosse, second capitaine, François Aurat, officier de pont, Samuel Audrain, capitaine sortant, Marion Lauters, cuisinière sortante, Daniel Cron, chef mécanicien. Ma famille à la mer se reconstitue donc à nouveau pour trois mois et demi jusqu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Nous allons écrire ensemble une nouvelle page de ces dix ans d’expéditions et de passion que j’ai eu la chance de vivre, de l’Arctique à l’Antarctique.

 

retrouvailles - Charlene Gicquel - Fondation Tara Expeditions
Les retrouvailles avec l’équipage à Whangarei © Charlène Gicquel – Fondation Tara Expéditions

 

Tout avait bien commencé au départ de chez moi. Le chauffeur de taxi était à l’heure et nous n’avons pas tardé à rejoindre le terminal 2A de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. « La Nouvelle-Zélande, c’est pas la porte à côté ça ! » avait-il commenté avant que nous passions en revue quelques sujets de l’actualité française.

À huit heures et demie du matin, il y avait déjà une belle file d’attente pour l’enregistrement dans l’aérogare. Au bout d’une demi-heure, j’accédais à un comptoir. Routine classique de présentation des papiers pour ces trois vols qui allaient me conduire dans l’hémisphère sud, à l’autre bout du monde. Mon bagage allait être enregistré quand un pop-up* apparu sur l’écran devant l’hôtesse d’Air Tahiti Nui. « Je ne peux pas finir de vous enregistrer, vous n’avez pas de billet retour, l’ordinateur bloque ».

J’expliquai alors que c’était normal puisque que je rejoignais un bateau et qu’ensuite, après ma navigation, je débarquerais ailleurs. Malgré cette explication, le pop-up avait vraiment pris le dessus. Je dus donc interrompre la fin des formalités alors que mes cartes d’embarquement étaient dûment éditées. Il me fallait désormais plaider ma cause auprès d’un superviseur. Le dossier de présentation de l’expédition Tara Pacific, la lettre de mission, je dus tout produire à un premier superviseur. Mais le pop-up résistait encore, imposant toute son hégémonie.

Trois quarts d’heure après mon arrivée, je me retrouvais maintenant dans la même aérogare devant le superviseur principal. Un nouvel oral de passage où il fallait être obligatoirement bon : dossier de présentation, explication de la mission, de l’inutilité d’un billet retour etc. « On ne peut pas vous laisser partir sans billet retour, Monsieur. Je dois appeler l’immigration en Nouvelle-Zélande pour les prévenir et c’est eux qui déciderons… ». Il leur faudra une adresse sur place. Malgré l’expérience de ce type de situations, à deux heures du décollage, mon départ n’était donc plus sûr.

L’adresse récupérée, le « super-superviseur » revenait un quart d’heure plus tard en ligne avec Auckland. Dans la langue de Shakespeare, je dus expliquer à nouveau les raisons de ce non-retour. Heureusement, mon interlocutrice était de bonne volonté et à l’écoute. Après avoir détaillé un peu plus notre mission, l’avoir rassuré sur les papiers en ma possession pour la clearance** à mon arrivée en Nouvelle –Zélande, je lui expliquais que Tara était en fait l’ancien Seamaster de Peter Blake. D’un coup, je venais de neutraliser le pop-up : l’aura de Sir Peter Blake en était venue à bout. J’enregistrai donc mon bagage en soute, avant de passer le contrôle et d’embarquer dans la foulée. Paris-Los Angeles fut accompli en onze heures de vol, avant un premier transit de dix heures sur place. Mais aux Etats-Unis, j’allais découvrir que le pop-up avait un cousin !

Une heure avant de monter dans mon deuxième avion pour un Los Angeles-Papeete, une voix masculine me conviait à me présenter à un comptoir dans les haut-parleurs du terminal. « Hello Sir, why don’t you have a ticket back ? »***. Mais le pop-up ne me faisait plus peur. Mes arguments étaient bien rangés en ordre de bataille : « Monsieur, j’ai eu la même question à Paris. Mais malgré ce point la police des frontières de Nouvelle-Zélande m’a donné son accord pour une entrée sur ce territoire, sinon je n’aurai pas pu prendre l’avion en France. Et puis, je dispose déjà des papiers de clearance pour l’Australie, notre prochaine escale ». « Ok, i’ll check with my boss, Sir »****

Le cousin américain et ses complices ne sont plus jamais revenus à la charge.

Vincent Hilaire

*Pop up : fenêtre contextuelle
** Clearance : dédouanement
*** « Bonjour Monsieur, pourquoi vous n’avez pas de billet retour ? »
**** « Ok, je vais vérifier avec mon supérieur, Monsieur »

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