Tara explore une biodiversité inconnue en Papouasie-Nouvelle-Guinée

© Jonathan Lancelot / Tara Expeditions Foundation

28 novembre 2017

Ils sont six et constituent la nouvelle équipe scientifique pour un leg baptisé « Biodiversité et Interactions ». Tous espèrent découvrir de nouvelles espèces au gré d’explorations sous-marines répétées, sur 4 zones majeures, dans la baie de Kimbe, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Certains comptent percer les secrets des interactions chimiques entre espèces ; d’autres aimeraient débusquer de nouvelles molécules utiles en santé humaine… Quelle que soit leur spécialité, les chercheurs s’affairent déjà sous l’eau, mais aussi à bord, devant une paillasse ou un séquenceur génétique. 

 

Chef scientifique de ce nouveau leg et biologiste marin au CRIOBE, Emilie Boissin est embarquée depuis plusieurs semaines. De l’ancienne équipe, elle est le flambeau et la mémoire vive qu’elle entend bien transmettre.  Avant que tous les membres de la relève scientifique n’aient mis un pied sur le pont, Emilie évoquait l’objectif de cette mission un peu à part : « Nous naviguons dans le Triangle de corail, extrêmement riche en biodiversité marine. Beaucoup d’espèces présentes ici sont probablement encore inconnues. Nous allons donc répertorier des groupes peu étudiés comme les hydraires, les ophiures ou les éponges. Nous essayerons d’identifier génétiquement les espèces de coraux à bord de Tara. Souvent, une simple observation morphologique in situ n’est pas suffisante. Nous espérons ainsi obtenir des confirmations génétiques en temps réel, à l’aide d’un petit appareil de séquençage ADN appelé MinION. »

 

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Jolies crinoïdes installées sur une éponge - © Jonathan Lancelot / Fondation Tara Expéditions

 

Lors de la « grande messe », la réunion qui ouvrait ce nouveau chapitre scientifique, Emilie pointait les zones d’exploration sur une carte : Kimbe Island ; Kapepa island ; Restorf Island…  Et chacun pu ensuite évoquer les raisons de sa présence sur la goélette. Julie Poulain, Ingénieure d’Etude au Génoscope - CEA - et habituée des embarquements Tara, piquait la curiosité des Taranautes en dévoilant le fameux séquenceur ADN : « plus petit qu’un smart phone ! »

 

En prenant la parole, Bernard Banaigs, chercheur à l’INSERM, a tout de suite fait poindre une note d’humour : « Vous avez la chance d’avoir deux chimistes sur Tara, Olivier et moi-même, deux barbares. Tout d’abord, nous allons nous concentrer sur l’espèce cible Millepora platyphylla en étudiant la compétition qui existe avec d’autres coraux. Parce qu’il a été observé qu’elle se protège assez bien des compétiteurs pour l’espace. Nous souhaitons comprendre quelle est l’influence de ses voisins sur les molécules de défense produites par l’espèce. En fait, dans le milieu marin, il existe une guerre chimique intense de tous les instants. Pour lutter contre les concurrents, les prédateurs ou les colonisateurs, tout un tas de molécules sont émises pour se protéger. Un bouclier chimique en quelque sorte ! Nous essayerons donc de comprendre si ces molécules de défense peuvent avoir un intérêt, pour l’Homme, en santé humain, domaine phytopharmaceutique ou anti-fouling. »

 

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Petites ascidies vertes et roses accrochées sur une éponge - © Jonathan Lancelot / Fondation Tara Expéditions

A ce jour, seulement 10% de la biodiversité marine, toutes espèces confondues, aurait été répertoriée : soit 200 000 espèces cataloguées sur un total estimé à 2 210 000*. En s’intéressant de plus près au seul groupe des cnidaires, qui regroupent les coraux, les hydraires ou encore les méduses, 9795 espèces ont été cataloguées. Mais aucune estimation globale n’a été réalisée pour ce groupe. Les océans n’ont pas fini de dévoiler leurs richesses aux explorateurs contemporains.

Pour Emilie Boissin, les Taranautes devront donc ouvrir l’œil et prêter attention à chaque forme de vie : « puisque même ce qui pourrait ressembler à une espèce connue à première vue, pourrait ne pas l’être. »

Noëlie Pansiot

 

*Brett R. Scheffers, et al. (2012), What we know and don’t know about Earth’s missing biodiversity, Trends in Ecology & Evolution.

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