« A bord et en chantier, le garagiste c’est moi ! » – Daniel Cron, chef mécanicien

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

26 juillet 2017

Interview de  Daniel CRON à Whangarei, Nouvelle-Zélande où Tara s’est arrêtée le temps d’un chantier. Moteurs, électricité, peinture, la baleine d’aluminium se refait une santé à mi-parcours, dans l’hémisphère sud, par un temps hivernal.

Daniel, Tara est restée en chantier plusieurs mois à Lorient avant le départ de l’expédition. Pourquoi faut-il renvoyer Tara en chantier un an après le départ ?

Un bateau, c’est un peu comme une voiture, il faut l’entretenir et pour ce faire l’emmener chez un garagiste. Le garagiste ici, c’est moi : c’est le « chef mécanicien », qui doit veiller au bon fonctionnement des moteurs pour la propulsion, des groupes électrogènes pour l’électricité, du dessalinisateur pour l’eau potable et tout plein d’autres petites choses… Un « chantier » c’est un peu l’équivalent du « contrôle technique » du véhicule, à la différence près que Tara est bien plus qu’une voiture, et qu’à la partie « mécanique », il faut ajouter toute la dimension « voile » ! En expédition, on essaye toujours de faire un minimum d’un mois de chantier chaque année, mais pour préparer une nouvelle expédition certains chantiers peuvent durer de 4 à 6 mois d’affilé ! Enfin, la « baleine » – c’est le petit nom de Tara – a 28 ans à présent, ce qui est âgé pour un bateau, et nécessite de ce fait d’être traitée avec d’autant plus de soin année après année…

 

Tara_au_chantier2-credit_Noelie_Pansiot-Fondation Tara Expeditions.jpgLa remise en état pour la seconde année de l’expédition Tara Pacific se poursuit hors de l’eau. © Fondation Tara Expéditions

Qui travaille sur le chantier ? Est-on marin et mécanicien en même temps ?

« Être en chantier » pour un marin, c’est littéralement changer de mode de vie ! On met entre parenthèses l’expédition le temps des travaux, tous les scientifiques rejoignent leurs labos, on sort le bateau de l’eau, c’est toujours impressionnant! Et là commence un ballet de va-et-vient entre magasins et gens d’ateliers qui viennent nous épauler pour les travaux… Plus de « quart de nuit », ni de prélèvements scientifiques, on vit le temps du chantier comme vous, les « terriens », mais toujours à bord …Chose rare pour nous, nous prenons d’autant plus plaisir à réussir à communiquer facilement avec nos proches, à se faire un restaurant, à aller à la piscine, voire parfois même partir en vadrouille découvrir le pays… Ça fait aussi du bien de sortir un peu du bateau. On reste généralement une petite équipe de 6-7 marins où chacun met la main à la pâte et devient quelque part un peu « mécano ». Les journées sont denses, on ne compte pas les heures, un chantier c’est toujours intense !

 

DCIM100MEDIADJI_0087.JPGSortie de l’eau de Tara pour des réparations à sec. © Nicolas de la Brosse / Fondation Tara Expéditions

Quels sont les travaux effectués ?

Les travaux en chantier sont effectués généralement soit parce qu’on a manqué de temps avant pour le faire – difficile entre « science » et navigation – soit parce qu’il est impossible d’arrêter l’équipement pour le réparer en navigation, ou tout simplement parce qu’ils nécessitent des outils très spécifiques que nous n’avons pas à bord. À chaque chantier son lot de « petits travaux » récurrents, quasi obligatoires chaque année : nettoyage de coque, vérification des vannes d’eau de mer (pour éviter de couler bêtement), peinture, soudure, nettoyage, et chose importante bien sûr, tout ce qui touche à la sécurité ! Tout est à vérifier : du matériel médical (en cas d’accident), au matériel de pompier (en cas d’incendie), en passant par les divers moyens de détresse (en cas d’abandon du navire…). En plus de tout cela, s’ajoutent de « gros travaux » prévus spécifiquement pour ce chantier-ci, en Nouvelle-Zélande, comme par exemple la pose de « silencieux » sur les échappements des moteurs pour réduire le bruit, l’installation de nouvelles hélices pour aller plus vite et consommer moins de carburant, la pose d’un nouveau dessalinisateur pour produire l’eau potable, et j’en passe… On essaye en permanence d’améliorer le quotidien du bateau et de le rénover quand le besoin s’en fait sentir !

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Daniel Cron, chef mécanicien, vérifie l’état des deux moteurs. © Fondation Tara Expéditions

Comment vont les moteurs de Tara ?

Tara a beau être un voilier, nous avons pour autant à bord 2 moteurs qui nous permettent d’avancer lors des manœuvres de port ou lorsqu’il n’y a pas assez de vent. Chacun d’entre eux entraîne une hélice ! Le mécanicien ayant conscience de l’importance à leur accorder pour leur bon fonctionnement, il passe son temps à les bichonner ! Avec le temps, c’est comme si une vraie relation s’était installée entre nous trois (rires). J’ai comme un rapport particulier avec ces « machineries, au point même de les personnifier ! Aujourd’hui tout le monde à bord connaît mieux ces « dames » sous leurs noms respectifs de « Brigitte » et « Thérèse » qui se trouvent respectivement à « Bâbord » et à « Tribord »… Allez savoir si elles n’ont pas, elles-mêmes des sentiments inavoués … (rires).

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