Au mouillage dans les eaux turquoises des îles Chesterfield | Tara, un voilier pour la planète

Au mouillage dans les eaux turquoises des îles Chesterfield

© Nicolas de la Brosse - Fondation Tara Expéditions

13 septembre 2017

Ce lundi 11 septembre à 8h30 locales, les moteurs de Tara ont été stoppés. La traversée depuis la Grande Barrière de Corail, environ 500 milles nautiques (plus de 900 km), fut éprouvante. Dans cette route vers l’est, le vent aura toujours été face à nous. Une fois l’ancre bien crochetée dans ces fonds de sable à une dizaine de mètres de profondeur, l’équipe science déjà équipée, n’a pas perdu une seconde pour se mettre à l’eau. Trois spots sont à prospecter d’ici vendredi au plus tard, dans cet archipel français inhabité situé à 550 kilomètres au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie.

 

Au petit jour, la vue de l’île Reynard était un plaisir et un soulagement, l’espoir d’un peu de calme. Les quatre derniers jours aucun d’entre nous n’avait vraiment dormi une nuit complète, sans compter les quarts. « On dirait Clipperton » me disait François Aurat, notre officier de pont dont on vient de fêter l’anniversaire. Une nuée d’oiseaux, fous de bassan, frégates volaient au-dessus de cette touffe verte surgie de l’océan Pacifique. L’anémomètre indiquait toujours des vents à 20 nœuds (37 km/h).

 

4- photo 22_Arrivee l'ile Reynard_Vincent Hilaire copieDécouverte de l’Îlot Reynard, dans le lagon des Îles Chesterfield. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Mouillage difficile

Une première tentative de mouillage devant cet îlot était tentée, mais, en prudent capitaine, Simon Rigal laissait les deux moteurs de la goélette au point mort. Le récif autour de l’île ne protégeait pas assez Tara qui roulait d’un bord à l’autre, hypothéquant toute manœuvre de mise à l’eau des pneumatiques.

L’ancre fut donc relevée et le cap mis, plus au sud, sur une autre partie de cet immense récif des Chesterfield. Pour donner une idée, cet archipel mesure 120 km de long pour 70 km de large et il est composé de 11 îlots entrecoupés de nombreuses barrières de corail.

 

De la mer de Corail à Chesterfield

Ce groupe d’îles doit son nom au navire d’un capitaine anglais, Matthew Boyd, qui explora la mer de Corail dans les années 1790 et faillit y faire naufrage le 2 juin 1793.

Fréquenté surtout ensuite par les baleiniers, l’archipel est devenu français le 15 juin 1878, lors de sa prise de possession par le lieutenant de vaisseau Louis Adolphe Guyon. Le but était principalement d’en exploiter le guano. Apparemment, les îles furent abandonnées jusqu’à ce que le commandant Arzur, dans le vaisseau de guerre français Dumont d’Urville, inspecte les récifs Chesterfield et y érige une plaque en 1939.

 

6- photo 6_lever de soleil Ile Reynard_Vincent Hilaire copieLever de soleil sur l’îlot Reynard. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Des îles françaises bien méconnues

Les récifs de Chesterfield font maintenant partie du territoire de la Nouvelle-Calédonie et depuis 2014 du Parc Marin de la mer de Corail, la plus vaste aire marine protégée française.

Le lagon de Chesterfield couvre une superficie d’environ 3500 km2. Une barrière de corail entoure le lagon, interrompue par de larges passes, sauf sur son côté est. La majeure partie de la lagune est exposée aux alizés et à la houle océanique du sud-est. Elle est relativement profonde avec une bathymétrie* moyenne de 51 m.

 
P2250982© François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 
Isolées, les Chesterfield sont réputées pour offrir une biodiversité sous-marine exceptionnelle. De nombreuses tortues vertes viennent y pondre toute l’année, les requins y sont nombreux d’autant qu’en dehors de la barrière, les fonds atteignent assez rapidement plusieurs centaines de mètres.

C’est dans ces eaux riches que, depuis ce matin, l’équipe science de Tara Pacific poursuit sa mission d’échantillonnage.

 

Vincent Hilaire

 

* La bathymétrie est la science de la mesure des profondeurs et du relief de l’océan pour déterminer la topographie du sol de la mer.