Charlène ou « L’école de la ténacité » | Tara, un voilier pour la planète

Charlène ou « L’école de la ténacité »

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

21 août 2017

Quelques notes d’accordéon s’échappent de sa cabine à l’avant de Tara. Ce moment, comme beaucoup d’autres, Charlène Gicquel le savoure particulièrement. Cette capitaine de marine marchande bientôt âgée de 33 ans attendait avec appétit ces premiers miles à bord de la goélette. Depuis plus de treize ans pour être exact.

 

Charlène, c’est ton premier contrat à bord de Tara en tant que chef mécanicien. Tu seras en doublure de Daniel Cron jusqu’à Sydney et après ce sera le grand saut (sourires). Dans quel état d’esprit es-tu en ce moment ?

Il y a un peu d’anxiété puisque je ne connais pas encore le bateau en exploitation, en conduite, même si j’ai participé au chantier à Whangarei. Je suis contente d’embarquer avec Simon Rigal comme capitaine puisqu’il est aussi chef mécanicien sur les « Abeilles »*. Ça me permettra d’échanger avec lui au début en cas de panne et d’éviter de faire une connerie.

Je pensais plutôt être officier de pont mais finalement j’aimerais bien m’inscrire dans la durée en machine sur Tara. Cela demande tellement d’énergie et d’investissement au départ que c’est intéressant de persévérer dans cette fonction. Le challenge est donc en cours et je veux d’abord finir au mieux ce premier contrat.

Pour venir ici, au bout de toutes ces années d’attente et d’espoir, j’ai démissionné du voilier le Ponant où j’étais second capitaine.

Vous comprenez mieux comment ce bateau m’a tapé dans l’œil un jour à Marseille (rires) ! Depuis, c’était devenu une obsession d’avoir ma place à bord.

 

1-Photo-1_Auquartdenuit_Vincent-Hilaire-Fondation-Tara-ExpeditionsCharlène Gicquel, cheffe mécanicien, surveille Tara dans son quart de nuit. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Rien ne te prédestinait particulièrement à ces métiers maritimes. Il n’y avait aucun atavisme familial. Ton poste aujourd’hui, tu as été le chercher patiemment de tes premiers stages de voile à la marine marchande, en passant par des expériences alternatives ?

Oui, c’est un long parcours. À douze ans, comme beaucoup d’ados, je commence mes premiers stages de voile en Bretagne, à Cancale. Mon père a grandi à Vannes, mais sa famille ne naviguait pas.

Et puis, l’été de mes quinze ans, je découvre le catamaran avec lequel je fais le plein de sensations. À l’issu de ce stage, le moniteur m’avait dit : « Si tu veux l’année prochaine, tu peux bosser avec moi comme aide monitrice. »

Tout cela a donc cheminé logiquement jusqu’à un monitorat de voile à dix-huit ans. J’ai alors participé à mes premières croisières et l’idée a germé progressivement que « faire sa vie avec un métier en lien avec la mer, ça pourrait être bien ! ».

Je pensais alors à la construction navale ou l’océanographie. Une copine m’a parlé de la marine marchande et là il y a eu un tilt ! J’ai présenté le concours en Terminale sans me faire trop d’illusions et ça a marché. Je suis partie pour intégrer l’Hydro à Marseille, en 2003.

Un an plus tard, Tara faisait escale à Marseille, dans le Vieux-Port. C’est la première fois que je la voyais. J’ai commencé à postuler une première fois, en espérant qu’un jour j’en serai.

 

photo 5_Charlene Gicquel-resize© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Pendant tes années de marine marchande, tu découvres les porte-conteneurs, les pétroliers mais tu continues à postuler pour rejoindre la goélette notamment pour la dérive arctique ?

Oui, Tara c’est clairement une fixette (rires) ! J’apprenais sur les navires de commerce, mais je cherchais autre chose. Un jour Simon Rigal, que je connaissais déjà m’a parlé des bateaux du Père Jaouen, le Bel Espoir et le Rara Avis. Ces embarquements ont changé ma vie et là je me suis dit : « C’est comme ça que j’ai envie de vivre mon métier ». Ces nouvelles navigations m’ont ouvert des horizons hallucinants.

Les équipiers à bord de ces bateaux avaient des bagages très différents, on partait tous de zéro quel que soit notre parcours avant. Cela permettait à tout le monde de s’enrichir, de partager les connaissances, de progresser, c’était très stimulant.

Après cette année 2006-2007 génial, j’ai commencé à avoir des propositions pour des navigations en milieu polaire, en Norvège et au Spitzberg. C’est comme ça que j’ai postulé et me suis envolée ensuite pour un hivernage sur la base Dumont d’Urville en Antarctique en 2009 comme second mécanicien, volontaire civile à l’aide technique.

 

Là, tu fais quand même des infidélités à Tara !

Oui et j’ai continué à mon retour de l’Antarctique puisque je suis partie un peu plus tard en 2010-2011 sur le Belem pour deux saisons complètes, tout en finalisant ensuite ma cinquième année de marine marchande. En 2012, j’ai postulé alors pour l’expédition Tara Oceans, mais il n’y avait pas encore de place pour moi. Mais, j’ai compris cette fois qu’avec mes diplômes et mon expérience, ça devenait désormais possible.

J’ai embarqué ensuite une première fois sur le Ponant avant d’enchainer une année complète sur l’Hermione.

Et là il y a quelques mois au printemps 2017, Simon, encore lui, m’a rappelé pendant mes congés alors que j’étais de retour sur le Ponant pour me dire que Tara Expéditions recherchait un mécano, et me voilà, treize ans plus tard !

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire

 

* Les Abeilles sont des navires de remorquage et de sauvetage

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