« Comme tous les matins » | Tara, un voilier pour la planète

« Comme tous les matins »

© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

24 janvier 2017

06:15, le réveil sonne. Depuis ma cabine, j’entends sur le pont les pas de Julie et Daniel, la cheffe de pont et le chef mécanicien. Ils s’activent pour hisser le Yankee, la voile avant de Tara.

Journal de bord de Flora 1/3
[Après avoir complété sa thèse portant sur les données TARA Océans dans le laboratoire de Chris BOWLER à l’Ecole Normale Supérieure d’Ulm, Flora Vincent poursuit ses recherches grâce à une bourse attribuée par la Fondation de la Mer. Elle a pu embarquer pour la première fois à bord de TARA à Wallis pour échantillonner le plancton durant l’expédition TARA Pacific. Elle débarquera à Fukuoka - JAPON]

 

Je titube vers le carré et, comme tous les matins, jette un coup d’œil au tableau des tâches ménagères. Aujourd’hui, je suis de service pour le déjeuner avec mon groupe habituel, composé de Nico de la Brosse le second, et Pete West le cameraman sous-marin. Chaque scientifique est dans un trinôme avec un marin différent, qui nous met le pied à l’étrier et nous guide sur la vie à bord, lorsque c’est la première fois qu’on embarque sur Tara, comme moi. J’attrape deux tartines, mon café et, comme tous les matins, retrouve Dominique la cuisinière sur le pont. Nous profitons de notre petit déjeuner avec vue sur mer, en admirant le lever de soleil.

Pas le temps de rêvasser, il faut que je mette en place le laboratoire humide à l’arrière du bateau et prépare le matériel pour traiter les échantillons que nous récoltons quotidiennement.

 

11-Scientist-Flora-Vincent-in-the-wet-lab-changing-filters_photo-credit-Sarah-FretwellFlora Vincent, biologiste marine, change les filtres à plancton dans le laboratoire humide © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Comme tous les matins, chaque recoin du bateau me rappelle que Tara est optimisé pour être un labo sur l’eau. De la cale avant, à la cale arrière, de la coque sous le bateau au haut du mât, la science est partout, tout le temps, cachée dans les entrailles de la goélette.

Pomper l’air, pomper l’eau, mesurer le fer ou le CO2 dans l’eau, Tara récolte en continu une série de mesures océanographiques et atmosphériques qui serviront à comprendre le lien entre le changement climatique et l’état de santé des récifs coralliens.

Le rapport au temps et à l’espace de travail est particulier sur Tara. A la moindre coupure de courant, Guillaume, l’ingénieur de pont, se rue pour vérifier que les appareils de mesure continuent de tourner car les batteries de secours lui laissent trois minutes pour réagir ; le moindre congélateur mal fermé peut ruiner des semaines de campagne en mer, impossibles à refaire car c’est là que tous les échantillons sont stockés avant d’être envoyés ; oublier de ranger ses tubes en allant prendre sa pause café, c’est courir le risque de les voir éparpillés partout car le bateau tangue en permanence. Poser sa tasse de café pour les ramasser, c’est courir l’autre risque de la voir se briser en mille morceaux sur le pont.

 

7-Tara-scientists-Flora-Vincent-and-Guillame-Bourdin-sample-iron-in-the-water_photo-credit-Sarah-FretwellLes scientifiques Flora Vincent et Guillaume Bourdin réalisent des prélèvements de fer dans l’eau de mer © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Comme tous les matins, la cohabitation entre la science et la navigation dans un espace aussi confiné nous oblige à tout anticiper ; et comme il y a toujours un imprévu, faire au dernier moment, c’est déjà faire trop tard ! On accomplit les choses dès qu’on a le temps (ranger, réparer, préparer mais aussi dormir, faire une lessive ou répondre à ses mails!), surtout pour les marins qui sont sollicité-e-s en permanence de jour comme de nuit, pour manœuvrer le bateau mais aussi nous aider sur le terrain. Aujourd’hui nous levons les grandes voiles; une belle journée de prélèvements s’annonce, comme tous les matins.

 Flora Vincent

 

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