« Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique ! »

© N.Pansiot/Tara Expéditions

29 septembre 2014

Samedi, l’équipage recevait des personnalités à l’heure du déjeuner : Etienne Bourgois, Président de Tara et Gabriel Gorsky, Directeur scientifique de l’expédition Tara MéditerranéeL’occasion d’échanger sur les problématiques de pollutions plastiques et de philosopher sur le futur.

Un échange qui s’est étiré dans le temps, mais qu’il est difficile de retranscrire dans son intégralité. Voici un extrait de cette discussion.

Gabriel Gorsky : « Y a tellement eu d’appels (à la prise de conscience) qui n’ont pas abouti que je suis un peu pessimiste. Indépendamment de l’urgence de certaines situations, il faut lancer des appels sur des thématiques qui sont réalisables ! 8% du pétrole est utilisé pour fabriquer du plastique, la majeure partie se retrouve dans les emballages qui finissent parfois dans la nature. L’appel à la réduction de l’usage de ces plastiques a été lancé par Tara. Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique ! »

Etienne Bourgois : « Apparemment, ça semble être en bonne voie. »

Gabriel Gorky : « C’est là où il faut taper ! Il faut y aller étape par étape. Ensuite, il faut diminuer des plastiques qui sont en 2ème et 3ème position : les bouteilles en plastique, des produits plastifiés qui n’ont pas d’usages nécessaires. A chacune des étapes, il faut associer les industriels, afin de trouver des moyens de production qui sont aussi peu chers que le pétrole et qui peuvent créer autant d’emplois. Sans cela, quelque soit l’appel lancé, il n’aura pas d’écho. »

Noëlie Pansiot (correspondante du bord) : « Il faut également sensibiliser les gens. »

Gabriel Gorsky : « Bien sûr, Tara fait cela très bien ! Alors bien évidemment, Tara utilise des outils de communication, mais c’est nécessaire. Il y en a marre que la science se fasse dans une tour d’ivoire, où les spécialistes parlent aux spécialistes. Car finalement il n’y a aucun écho, aucune compréhension et aucun effet qui suit. »

Noëlie Pansiot : « Pourquoi faut-il des catastrophes pour que les gens réagissent selon toi ? »

Gabriel Gorsky : « Ca c’est la nature humaine qui est comme ça ! La communication, la sensibilisation réalisée à bord de Tara,  cette proximité avec le peuple est très importante. On se rend compte que beaucoup de gens sont déjà convaincus. Je pense que c’est là que se situe le succès de Tara et d’autres ONG, qui sensibilisent les gens, car finalement le peuple va s’exprimer, il est déjà en train de s’exprimer. Il est donc temps de passer à l’action. Il faut absolument que cela passe par le vote, que les gens qui ont une conscience soient au pouvoir. C’est un combat de longue haleine mais c’est tout a fait faisable. Le problème est qu’il y a déjà eu beaucoup de dégâts de fait, il ne faut pas non plus induire les gens en erreur, on ne va pas pouvoir améliorer l’état de la Terre du jour au lendemain.

Noëlie Pansiot : « En ce qui concerne la pollution plastique, on peut déjà essayer de la stopper. »

Gabriel Gorsky : « Oui, on peut la stopper, notamment dans les plus petits bassins, comme en Méditerranée où la plupart des plastiques flottants se retrouvent finalement sur les rivages, où on peut les ramasser. Donc là, si on diminue les apports, on peut faire quelque chose. Ca semble plus difficile dans les grands gyres, où on ne se débarrassera pas si facilement des plastiques, car il s’agit de territoires extrêmement grands. Mais bien sûr, il faut commencer par diminuer l’usage du plastique, car y a beaucoup d’usages qui ne sont pas indispensables.

Etienne Bourgois : « Et la Méditerranée dans tout ça, va t-elle mieux qu’il y a 30 ans ? »

Gabriel Gorsky : « Cousteau avait tort ! La Méditerranée vit et vit relativement bien. Je dirais que la nature va bien. Tu as maintenant des espèces nouvelles, la biodiversité a bien augmenté, mais c’est pour l’Homme que ça va moins bien. Parce que en même temps, le plastique par exemple, dissémine des pathogènes opportunistes comme le vibrio qui pourrait amener le choléra si les conditions s’y prêtent. Il y a donc des tas d’espèces pathogènes qui se promènent en Méditerranée un peu partout. Par exemple le moustique tigre est à présent à Marseille.

 

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

Articles associés

▸ Plastique et environnement
▸ Bilan après 7 jours de prélèvements de plastique - Tara Méditerranée 2014
▸ Les larmes de sirène font pleurer la mer