Dans le sillage de Bougainville et de la Boudeuse | Tara, un voilier pour la planète

Dans le sillage de Bougainville et de la Boudeuse

©

22 octobre 2017

Bougainville. Ce nom d’explorateur résonne dans nos têtes à mesure que Tara avale les milles nautiques. Pendant toute l’expédition, en dehors du Détroit de Magellan, nous marchons sur les traces de la Boudeuse et de l’Étoile, grâce aux découvertes et aux cartes dressées au terme de cette aventure incroyable. Il y a plus de deux siècles, bien avant le GPS !

 

C’est en 1768, lors de son grand voyage d’exploration de l’Océan Pacifique, que l’explorateur français Louis-Antoine de Bougainville, découvrit le plus grand récif du monde. Quand on dit que les plus grandes découvertes se font quelquefois par hasard, ce récit d’aventure en est une illustration parfaite.

 

bougainville

Louis-Antoine de Bougainville

 

En décembre 1766, Bougainville appareille de Brest à bord de La Boudeuse. Accompagné par des naturalistes, un ingénieur cartographe et un astronome, notre capitaine de vaisseau doit compléter les connaissances de la France et accroitre sa présence dans cette partie du monde.

À partir de Rio de Janeiro, il reçoit le soutien d’un autre bateau français, l’Étoile. Également sous son commandement, elle fait office de navire de charge. Après un passage du Détroit de Magellan laborieux, vents et courant de Humboldt repoussant les navires vers le nord, Bougainville entre enfin dans le Pacifique.

Il lui faudra alors, ainsi qu’à ses quatre-cents hommes déjà diminués par le scorbut, plus d’une année de navigation avant d’apercevoir les premières îles, l’immense archipel des Tuamotu, en février 1768. Il le baptise « archipel dangereux » à cause des nombreux atolls coralliens qui rendent la progression des deux navires très périlleuse.

 

L’expédition atteint Tahiti le 6 avril 1768. Mais malheureusement pour Bougainville, Tahiti avait été découverte l’année précédente par l’anglais Wallis.

 

8833466-13983590La Boudeuse et l’Etoile au mouillage à Tahiti

 

Au moment où la Boudeuse et l’Étoile y jettent l’ancre, un charmant problème se pose à lui. « En dépit de toutes nos précautions », écrit-il, « une jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien. Elle en avait la forme céleste. Matelots et soldats s’empressaient pour parvenir à l’écoutille et jamais cabestan ne fut viré avec une pareille activité. Nos soins réussirent cependant à contenir ces hommes ensorcelés ». Mais Bougainville se demande pour la suite « comment retenir au travail au milieu d’un spectacle pareil 400 Français, de jeunes marins qui depuis six mois n’avaient point vu de femmes ».

Après un séjour exquis, au milieu des « bons sauvages » selon son expression désormais consacrée, Louis-Antoine de Bougainville reprend la mer, cap à l’ouest, et découvre les Nouvelles-Hébrides (aujourd’hui devenu le Vanuatu).

De là, il poursuit, toujours cap à l’ouest, pour tenter de trouver la Terra Australis qui, sur sa carte, s’avançait en direction du nord-est vers la Nouvelle-Guinée. Les vivres viennent encore à manquer et Bougainville observe : « La viande gâtée était en plus grande quantité, mais elle s’infectait. Nous lui préférions les rats qu’on pouvait prendre ». Il n’en continue pas moins sa route.

bougainville-world-map

Au printemps 1768, les deux navires atteignent l’est de l’Australie que les récifs empêchent d’aborder. Bougainville vient de découvrir la Grande Barrière de corail : « Les vigies aperçurent du haut des mâts de nouveaux brisants », écrit-il… « … On n’en apercevait pas la fin… ». Après mûre réflexion, Bougainville met cap au nord et décide de ne pas chercher de passe au milieu de tous ces écueils.

Le premier européen à avoir exploré la grande barrière fut le capitaine britannique James Cook. Il découvrit le récif en s’y échouant le 11 juin 1770.

Bougainville visite ensuite l’ouest des îles Salomon et découvre une nouvelle île, le 30 juin 1768, sur la route pour la Papouasie. Cette île porte aujourd’hui encore son nom.

 

1 photo 6_eaux se melangent avant Honiara_VH
Dans des contrastes de bleus, les eaux de rivière et de mer se mélangent avant Honiara, aux îles Salomon – Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

La partie la plus pénible du voyage fut le retour le long des côtes de Nouvelle-Guinée. Une navigation encore marquée par la faim et le scorbut. L’expédition rejoint ensuite les Moluques et des routes maritimes plus fréquentées, avant de passer le cap de Bonne-Espérance.

À son retour en France, Antoine de Bougainville reprit sa carrière militaire, participa à la guerre d’indépendance américaine puis fut nommé chef d’escadre en 1779. En plein siècle des lumières, le compte-rendu de ce voyage publié en 1771 alimenta les controverses philosophiques et inspira notamment Diderot.

Reconnu et entouré d’honneurs, soutenu par Napoléon, il consacra la fin de sa vie à des études et projets de recherche scientifique.

Il décède à 82 ans, en 1811, et repose depuis au Panthéon, à Paris.

Vincent Hilaire

 

Articles associés