Deux prénoms pour une expédition.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

20 novembre 2014

La goélette avance à la voile, le rythme de l’équipage s’est un peu relâché et chacun vaque calmement à ses occupations.

Michel Franco fouille dans la bibliothèque du bord, qu’il incrimine d’alourdir la goélette. L’ingénieur du bateau ne cesse de répéter qu’elle pèse 40 tonnes de trop. En explorant la collection Paulsen, Michel pioche un bouquin inattendu : « Le grand guide des prénoms. » Tous les noms de baptême des équipiers sont alors passés en revue. Parmi eux, les deux capitaines de Tara Méditerranée : Martin qui signifie « guerrier » et Samuel « son nom est Dieu ». Aux définitions, l’auteur du guide a ajouté quelques lignes sur les traits de caractère communs des porteurs de prénoms. Brain storming dans le grand carré : comment définir nos deux capitaines qui se sont relayés pendant toute l’expédition Tara Méditerranée ?

Après réflexion, l’équipage lâche les premiers mots : déterminé, prêt à rendre service, professionnel, secret, pas avare de blagues et très cultivé. Voilà comment les Taranautes perçoivent Martin Hertau, 37 ans. Mathieu Oriot, qui partage sa cabine depuis 3 mois, ajoute dans un sourire : il aime lire le Canard Enchaîné dans sa bannette et il ponctue souvent ses phrases par « voilà ».

Et pour Samuel Audrain ? Charisme et sérénité. Le Nantais de 36 ans cultive son sens de la logique et son goût du travail bien fait. Toujours souriant, il essaie de faire usage du mot juste. Réservé de prime abord, il possède le sens de la communication. Ses amis disent de lui qu’il ne connaît pas l’appréhension dans l’action. Et lorsqu’il dit « avoir peur », c’est toujours après coup et cela signifie que le degré de dangerosité de la situation était vraiment élevé.

L’un parle d’un ton posé et calme, l’autre débite les mots à grande vitesse, Samuel et Martin sont tous deux bons à la manœuvre du bateau et ils s’adressent aux gens en les regardant droit dans les yeux. A bord, ils se sont relayés au poste de Chef mécanicien et de Capitaine, au cours de ces 7 mois d’expédition en Méditerranée.

Et c’est justement cette polyvalence qui anime Samuel. « Contrairement à un gros bateau, on peut tout faire sur Tara », explique-t-il. « A bord, je suis passé à tous les postes, je n’aime pas être cantonné à une seule tâche. Lorsque je suis capitaine et qu’il y a un problème en machine, j’aime donner un coup de main au Chef mécanicien ». Martin a, pour sa part, été séduit « par la dimension utile et le programme de Tara. »

Lorsqu’il est question de leurs parcours professionnels, ils évoquent le monde de la voile. Après une année en fac de philosophie, Martin part en bateau-stop comme équipier sur des transats au Brésil puis aux Antilles. Il s’établit par la suite à Montréal où il enchaîne les petits boulots, avant de décider de faire de sa passion un métier. A son retour en France, Martin prépare un bateau de course à St Malo, pour la route du Rhum, puis il travaille dans les convoyages et le charter. Il croise le chemin de Tara en 2011, alors qu’il fait escale en Patagonie, à Puerto Williams. C’est là qu’il entame une discussion avec le capitaine de l’époque, Hervé Bourmaud. Martin possède une réelle expérience du Grand Nord et Tara s’apprête à partir en Arctique, le CV du Malouin intéresse donc Hervé. Deux mois plus tard, Martin reçoit un email lapidaire dans lequel Hervé lui propose d’embarquer comme Second. Son expérience à bord débute en 2011, pendant l’expédition Tara Oceans, entre la Polynésie et San Diego. Il endosse la casquette de capitaine pour la première fois pendant Tara Oceans Polar Circle, en 2013.

Samuel se rend compte tardivement que la voile peut s’inscrire dans un parcours professionnel. Il étudie à l’UCPA, puis aux Glénans où il a envie de transmettre ce qu’il a appris. Concours de circonstances, hasard et culot le conduisent sur l’île de Clipperton, pour travailler aux côtés de l’explorateur Jean-Louis Etienne. A l’époque, lorsqu’il navigue en direction de l’île, il entend beaucoup parler d’Antarctica (premier nom de Tara), alors qu’il partage ses quarts avec un dénommé Jeannot, membre d’équipage d’Antarctica et Seamaster. C’est finalement Jean-Louis Etienne qui met Samuel en relation avec le nouveau propriétaire du bateau, Etienne Bourgois. Sa première mission débute en 2005, en Géorgie du Sud, puis il y aura 11 mois de dérive Arctique, « sur une autre planète. »

Tara Méditerranée prend fin. En tant que Capitaine, Martin et Samuel étaient chargés de veiller à la sécurité de l’équipage, au bon déroulement de la science et des escales. Une fois revêtu le bleu de travail, ils disparaissaient tour à tour dans l’antre de Tara pour veiller au bon fonctionnement du bateau, sans qui rien n’aurait été possible. Deux capitaines, deux manières de gérer l’expédition. Samuel et Martin ont insufflé une énergie différente à bord, en fonction de leur expérience et leurs traits de caractère.

Noëlie Pansiot

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