En route vers le Royaume des Îles Salomon | Tara, un voilier pour la planète

En route vers le Royaume des Îles Salomon

© Vincent Hilaire - Tara Expeditions Foundation

18 octobre 2017

Tara a repris la mer pour rejoindre les îles Salomon. Pour la première fois depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande), nous naviguons plusieurs jours d’affilée sous voiles au portant. L’alizé de sud-est bien établi autour de 20 nœuds, nous permet de filer droit sur notre objectif, 738 miles nautiques* plus au nord, tout en faisant comme à chaque fois des prélèvements d’eau de surface.

L’équipage savoure cette montée en douceur vers cet archipel découpé en neuf provinces. Honiara, la capitale, notre point de chute, se situe sur l’île de Guadalcanal.

À Poum, dès le départ pour cette nouvelle navigation, les huit Taranautes présents à bord ont ressenti un grand vide. Avec la fin de la mission sur les récifs d’Entrecasteaux, le débarquement de l’équipe scientifique laissait Tara brutalement dépeuplée. Nous étions encore quinze à bord quelques heures plus tôt.

 

 

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Un dernier regard vers Poum avant le départ de Tara en direction des îles Salomon © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions 

 

Mais une fois les voiles hissées, ce sentiment s’est tout de suite atténué un peu. Tara prenait une belle allure, sous un beau soleil, glissant dans le sens des vagues sur l’eau verte. Seuls les sons du vent et de l’eau sous la coque s’invitaient au milieu de nos conversations.

Après une première nuit, portés par ce rythme paisible, la journée commençait par un grand sentiment de liberté. Nous étions seulement huit à bord, au milieu de cette Mer de Corail, avec autour de nous 360° d’eau bleue, zébrée de moutons blancs.

Mais comme sur Tara on a horreur du vide et de l’inaction, la science repartait de plus belle. Guillaume Bourdin, notre ingénieur-océanographe du laboratoire LOV** lançait avec appétit une première station, en mettant à l’eau le dauphin et le HSN – High Speed Net, ce filet à plancton spécialement conçu pour Tara Pacific afin de prélever à grande vitesse :  Lors de la navigation entre Whangarei et Sydney, vues les conditions, nous avions réussi à faire uniquement deux stations en une semaine. Avec la mer et le vent de face, par 25 nœuds***, il était presque impossible d’échantillonner sans que les filets ne s’endommagent. D’ici les Salomon, avec d’aussi bonnes conditions, je voudrais réaliser 6 stations au total avec une trentaine de manips par stations. Echantillonnages génomiques, taxonomie, imagerie, bio-géochimie, optique, aérosols, Guillaume alias Guigui s’est transformé en cabri et, avec l’aide des marins, fait feu de tout bois pour profiter de cette opportunité météorologique sur le pont de Tara.

 

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Le dauphin en nage dans les eaux bleues du Pacifique. Il permet de collecter les bactéries et virus jusqu’à une taille de 2mm © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Avec une moyenne à 7 nœuds, malgré cette activité scientifique, pour Simon Rigal, notre capitaine, notre atterrissage à Honiara est prévue mercredi 18 octobre dans la journée : On va être obligé aussi de prendre la veille de notre arrivée un traitement préventif contre le paludisme, car il y a une souche mortelle dans ces îles. On ne veut prendre aucun risque pour l’équipage.
La malaria est effectivement l’un des problèmes majeurs auxquelles sont confrontées ces îles avec la pauvreté, la corruption, l’instabilité politique et la surexploitation forestière. Le Royaume des Iles Salomon dont Elizabeth II est la reine, est le pays le plus pauvre de toute l’Océanie. Cette monarchie constitutionnelle, construite sur le même modèle que celle de Westminster, vie surtout grâce aux subsides de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les deux superpuissances locales.

Devenu indépendant depuis 1975, l’archipel est donc fragile et cherche encore à asseoir une unité nationale qui ne ne tient que grâce au maintien d’une force d’interposition (RAMSI) pilotée par les Australiens et les kiwis, depuis les émeutes et la guerre civile qui ont éclaté au début des années 2000. Une situation à laquelle s’ajoute des catastrophes naturelles qui, régulièrement, affaiblissent cette zone : un cyclone en 1986 et deux tremblements de terre en 2007 et 2013.

 

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Julie L’Hérault, second capitaine, range les bouts sur le pont après l’envoi des voiles © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Lorsque Tara appontera à Honiara, il est clair que nous changerons de planète, déjà par les températures : 31°C avec des pluies et des orages. Nous quitterons aussi celle d’une Mélanésie du sud relativement riche, plus stable mais aussi plus développée. Avec les conséquences que cela veut signifie à chaque fois pour l’environnement et le corail aussi.
Dès le 20 octobre, avec la nouvelle équipe scientifique, c’est ce que les nouvelles plongées confirmeront ou infirmeront.

 

Vincent Hilaire

*1400 kilomètres
**Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer
*** 50 kilomètres/heure

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