Kikaijima, entre passé et présent

© Nicolas Floc'h / Fondation Tara Expéditions

16 avril 2017

Arriver par la mer c’est appréhender un lieu autrement, prendre le temps de le découvrir. D’abord son relief, puis ses couleurs et enfin sa géologie. De loin, la petite île de Kikai ne dévoile pas tous ses atouts : des falaises calcaires, une surface plate, des champs de canne à sucre et un climat indiquant l’arrivée en zone tropicale… Pendant deux jours, les Taranautes ont eu le temps de l’observer à distance, au mouillage. 48h d’attente, avant de fouler son sol, ou plutôt ses débris de coraux. Le temps nécessaire aux scientifiques pour réaliser leurs ballets sub-aquatiques, répétant les mêmes gestes sur la scène du récif corallien.

 

At_sea_credit_Nicolas_FlochTara a quitté l’île principale japonaise, et met le cap vers Kikaijima  © Nicolas Floc’h / Fondation Tara Expéditions

 

En japonais, Kikaijima signifie « l’île du plaisir ». De quoi attiser la curiosité d’une équipe de marins ! Située entre l’est de la mer de Chine et le Pacifique, entre zone tempérée et zone tropicale, Kikaijima est pour le moins atypique. Chaque année, le plateau corallien qui constitue cette petite île s’élève un peu plus. Car sous les pieds de ses 7600 habitants, la tectonique des plaques opère discrètement.

Il y a 100 000 ans, Kikaijima était un récif corallien comme les autres : une colonie d’animaux bâtissant une oasis de biodiversité sous la surface. Puis, poussé par les forces telluriques* pendant des millénaires, le récif a atteint la surface et culmine à présent à 214 m au-dessus du niveau de la mer. Pas étonnant alors, que cette île isolée de l’archipel d’Amani attire l’attention des géologues. Sa vitesse d’élévation actuelle les impressionne : 2 mm par an. L’une des plus rapides au monde, avec l’île de la Barbade, dans les Caraïbes ou la Péninsule d’Huon, en Papouasie Nouvelle-Guinée.

Aujourd’hui, la vie à Kikaijima n’a rien à voir avec la frénésie des grandes villes nippones. Et pour les insulaires vivant sur ces 53 km2 de calcaire, les préoccupations quotidiennes sont probablement plus importantes que les originalités géologiques de l’île. En débarquant sur Kikai, on en perçoit vite la douceur de vivre. Un peu de pêche, un peu d’agriculture… Un seul grand supermarché, où était épinglée une affiche annonçant la venue de Tara. Et depuis seulement deux ans, un nouveau bâtiment domine le port de pêche : The Coral Reef Institute. Un lieu imaginé par Tsuyoshi Watanabe et Atsuko Yamazaki, que les Taranautes ont rencontrés sous le joli ficus de l’Institut, lors d’une soirée organisée en leur l’honneur.

 

Comité_accueil_credit_Noelie_Pansiot-2190107Chaleureux comité d’accueil à l’arrivée de Tara devant l’île de Kikaijima © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Tsuyoshi Watanabe est maître de conférence à l’Université d’Hokkaido et spécialiste en paléoclimat et géologie : « Après avoir voyagé autour du monde, nous avons réalisé que les gens d’ici ne savaient rien au sujet du corail. En général, les scientifiques visitent un lieu, collectent quelques échantillons, les rapportent dans leurs laboratoires. Nous avons donc décidé d’établir cet Institut afin de partager nos connaissances. A présent, les enfants de l’île connaissent le corail et ça nous rend fier. »

Il faut donc fouiller dans le passé, se pencher sur la géologie de l’île ou s’intéresser à sa géographie pour en comprendre toute sa singularité. « Ce plateau corallien a connu différentes périodes climatiques… », précise Tsuyoshi. « En l’étudiant, nous pouvons remonter dans le temps, pour mieux comprendre l’écosystème corallien passé, sa paléo biodiversité… Cela pourrait nous donner de précieuses informations sur le futur de notre environnement. Kikaijima se situe à une frontière entre passé et présent. C’est une île unique ! »

 

Noëlie Pansiot

 

Tellurique* : qui concerne la Terre.

 

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