« Le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde »

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8 septembre 2014

Le correspondant de bord est « la personne qui fait le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde. »

Ce sont eux qui relaient l’information, rédigent les journaux de bords, réalisent des vidéos et alimentent le site Internet des différentes expéditions en photos. Petites mains de l’ombre, ils sont une dizaine à s’être relayés au poste de correspondant depuis le début de l’aventure Tara. Ils opèrent à bord du bateau ou en escale, caméra vissée en bout de bras et disparaissent de longues heures dans le « PC com », autrement dit leur bureau, pour rédiger des articles, compresser des photos, monter des vidéos et parfois, se débattre avec des problèmes informatiques. Les élus à bord ont tous des profils différents. Yann Chavance figure parmi le petit groupe de chanceux : journaliste scientifique, il est apprécié pour ses qualités rédactionnelles et ses aptitudes à rendre accessibles à tous les informations scientifiques les plus pointues. Le jeune homme a couvert Tara Oceans en 2011 et 2012, puis Tara Oceans Polar Circle en 2013, soit 6 mois cumulés de vie à bord. Et à chaque embarquement, il témoigne d’une certaine émotion lorsqu’en arrivant dans une ville inconnue, à la recherche de la goélette, il aperçoit les bouts de mâts orange de Tara. Avant de débarquer à Malte fin août et de me confier son poste, Yann a accepté de répondre à quelques questions sur son rôle.

Peux-tu nous expliquer quel est le rôle du correspond de bord ?

C’est la personne qui fait le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde. Il ne faut pas oublier que les expéditions scientifiques de Tara sont aussi des expéditions médiatiques, la goélette sert à sensibiliser le grand public aux problématiques de préservation de l’environnement, c’est donc important d’avoir quelqu’un à bord qui fait le relais. Le correspondant est là pour expliquer la science, expliquer ce qui est fait sur le bateau, présenter les menaces qui pèsent sur les différents écosystèmes… Son rôle est aussi de vulgariser les informations scientifiques. Mais il n’y a pas que le côté science, Tara c’est aussi la vie à bord : certaines informations scientifiques un peu complexes peuvent parfois être expliquées en utilisant le côté humain de l’aventure, ce qui permet d’échapper à l’image un peu abstraite des chercheurs dans leurs laboratoires. Et il y a aussi tout ce que l’on ne voit pas, c’est à dire échanger des emails avec l’équipe communication à Paris, répondre à des demandes de sponsors, accueillir des journalistes à bord. Et tout ça en plus du travail sur Tara qui est le même pour tous : s’occuper des taches ménagères, participer aux quarts de nuit et pourquoi pas donner un petit coup de main pendant les manœuvres.

Le public se demande souvent comment figurer parmi les « élus » qui embarquent à bord de la goélette. Quel est ton parcours ?

En fait, l’histoire est toute simple. En 2011, lors de l’expédition Tara Oceans, l’équipe de communication basée à Paris cherchait un nouveau correspondant. Ils ont publié une petite annonce à laquelle j’ai répondu et ma candidature a été retenue. C’est un poste qui demande un profil particulier parce qu’il faut maîtriser 3 médias : l’écrit, la photographie et la vidéo. Bien sûr, chaque correspondant de bord à ses points forts, certains sont journalistes reporter d’images et maîtrisent la vidéo, d’autres ont des talents de photographe. Pour ma part, à terre je suis journaliste scientifique et c’est un profil qui ne figurait pas encore parmi le panel des différents correspondants, c’est à dire quelqu’un de plus spécialisé en écrit avec ce côté scientifique. Lorsque je ne suis pas à bord de Tara, je suis journaliste freelance : j’écris des articles plus particulièrement axés sur la biologie animale, l’environnement et les écosystèmes.

Quelles sont les difficultés inhérentes au poste de correspondant ?

Les gens qui nous suivent nous disent souvent : «mais c’est incroyable, vous vivez des aventures extraordinaires, vous êtes à l’autre bout du monde…» C’est vrai, mais lorsque nous sommes à bord, une certaine routine peut s’installer : au milieu de l’océan, les manipulations scientifiques ont lieu tous les jours et se répètent. Pour moi, c’est parfois difficile de trouver de nouvelles choses à dire. Ca peut paraître bête ! Comme je vois tous les jours la même chose, la difficulté c’est de pouvoir prendre du recul et de se dire « ça, malgré tout, c’est quelque chose qui sort de l’ordinaire pour le public et ça mérite que j’en parle ». C’est un poste formidable, mais on n’est pas en croisière, et le rythme de travail est soutenu. C’est un travail passionnant et très prenant ! Et puis une autre difficulté, c’est de jongler entre les 3 supports. Lorsqu’il se passe quelque chose sur le pont, il faut réfléchir extrêmement vite au média qui servira à relayer l’information : dois-je réaliser une vidéo ? On se retrouve avec la caméra dans une main, l’appareil photo autour du cou. Il faut être réactif et rester aux aguets. Enfin, la dernière difficulté avec ce poste de correspondant de bord, c’est qu’il est le seul à ce poste. Le journaliste doit suivre de nombreux protocoles d’envois, de compression de vidéo et de photos. J’utilise une dizaine de logiciels différents et je gère 3 ordinateurs. Je passe donc énormément de temps devant l’ordinateur à réaliser des bidouilles informatiques. Le correspondant doit donc être très autonome et doit veiller à ce que tout fonctionne.

Avec Tara Méditerranée tu réalises ton 4ème embarquement. Quel est ton plus beau souvenir «journalistique» d’expédition ?

L’un de mes meilleurs souvenir sur Tara c’était en arrivant au Panama. J’étais de quart, il y avait beaucoup de bateaux à l’horizon, j’étais donc sur la proue plein milieu d’un bloom planctonique. Il s’agit d’une concentration de plancton bioluminescent qui remonte la nuit et qui s’éclaire en vert à chaque fois qu’il y a du mouvement. J’avais déjà eu la chance d’en voir auparavant, mais à chaque fois c’est un instant magique. J’ai vu deux dauphins entrer dans la masse bioluminescente et se placer juste sous le nez de Tara. De nuit, je ne voyais pas les dauphins, j’ai juste pu observer leur contour s’iriser en vert au contact du plancton. Je me souviens m’être dit « il faut en parler, c’est magnifique, il faut l’expliquer ». Ca a probablement été l’un des papiers les plus difficiles à écrire, parce qu’il m’a fallu retranscrire des émotions que j’avais éprouvées en assistant à ce spectacle. Finalement, retranscrire une interview ou des faits, c’est facile. Mais retranscrire une émotion, un moment de vécu de manière intense, quelque chose qui sort de l’ordinaire comme ce bloom planctonique, c’est l’essence même du journalisme.

Souhaites-tu revenir à bord pour couvrir la prochaine expédition ?

Bien sûr ! La prochaine expédition semble très différente des précédentes. A bord de Tara Méditerranée nous avons vu et vécu des choses absolument superbes et c’est une belle expédition, mais nous sommes tous déjà en train de penser à la prochaine aventure.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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