Nicolas de la Brosse, 5 ans d’engagement sur Tara et un nouveau départ

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

27 septembre 2017

Après cinq ans d’engagement auprès de Tara, Nicolas de la Brosse, second capitaine, a décidé de prendre un nouveau cap. C’est à Nouméa que Nico a débarqué le 22 septembre exactement, après trois expéditions majeures à bord de la goélette. La trajectoire maritime de ce bourguignon d’origine est fulgurante et a commencé lorsqu’il a rencontré Peter Blake, à 11 ans. 

VH : Nicolas, ton histoire avec la goélette commence avant même qu’elle ne s’appelle Tara. Comment as-tu fait la connaissance de Peter Blake ?

NDLB : « C’est une longue histoire. J’ai grandi à Dijon. À 11 ans, j’avais été sélectionné avec d’autres ados pour réaliser des reportages à bord de la Fleur de Lampaul, un vieux gréement, aussi décrit comme le bateau océanographique des enfants. L’idée était, à travers notre regard, de sensibiliser le grand public aux problèmes environnementaux. Bref, j’étais déjà à fond dans la voile, l’aventure.

En novembre 1996, alors que nous revenions de cette année d’expé, nous avons présenté nos reportages au Festival International de l’Aventure, chez moi à Dijon. C’est là où j’ai rencontré Peter Blake, parrain du festival. Mon idole. Pour moi, c’était un Dieu vivant. Je regardais ses exploits sur des cassettes VHS (rires).
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Une des grandes richesses de Tara sont les rencontres humaines et la cohésion d’équipage – © Fondation Tara Expéditions

 

Je lui ai remis en main propre une lettre que j’avais écrite en anglais. Peter a pris la lettre, l’a lue et m’a dit un peu plus tard que nous allions rester en contact.

L’année suivante, en 1997, Peter m’a invité trois semaines en Méditerranée sur la goélette de la famille, Archangel. Malgré son parcours, Peter, ce colosse de deux mètres de haut, était hyper accessible, hyper simple, humble. C’est après cette croisière qu’il m’a vraiment pris sous son aile. J’étais devenu un membre de sa famille ».

 

VH : Que se passe-t-il ensuite quand on connaît la tragique fin de vie de Peter à bord de Seamaster ?

NDLB : « Une fois revenu à Dijon, j’ai repris le collège. J’étais toujours en contact avec Peter. À 15 ans, en 1999, j’ai eu l’occasion de faire un convoyage comme marin et équipier de Panama à la Polynésie. Nous en avons profité pour nous arrêter au retour en Nouvelle-Zélande.

Peter m’a accueilli chez lui, il était en pleine préparation de l’America’s Cup. Mais il parlait déjà de sa reconversion après cette compétition. À Auckland, je retrouvais Sarah Jane, James les deux enfants de Peter et Pippa, sa femme, ma deuxième maman.

Une fois que Peter a terminé et gagné cette coupe, il a acheté Antarctica à Jean-Louis Etienne. Après un chantier, la goélette, rebaptisée Seamaster, est partie pour cinq ans en expédition autour du monde.
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Nicolas de la Brosse sur la proue de Tara - ©  Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

De mon côté, je devais absolument passer mon bac et finir mon cursus scolaire. Peter m’avait dit : « aucun problème tu nous rejoins après ». Le drame est arrivé sur l’Amazone six mois avant que je rejoigne Blake Expeditions. Mon idole disparaissait brutalement. Pour moi, c’était très dur à réaliser.

Lorsqu’Etienne Bourgois a acheté le bateau en 2003, Pippa me l’a alors présenté. J’avais eu mon bac en 2002 et j’étais en 2ème année de DEUG de Biologie marine à Brest. Je ne savais pas encore que je n’étais pas fait pour la recherche mais l’envie de naviguer était, elle, toujours bien là. C’était la première fois que je mettais le pied sur le pont de Tara, à Camaret ».

 

VH : Quel a été ta première mission à bord de Tara alors ?

NDLB : « J’ai été embarqué en tant qu’équipier pour aller au Groenland en 2004, avec comme capitaine Céline Ferrier. Ça me permettait de faire une pause dans mes études, mais je n’ai pas lâché pour autant. Après, je suis parti passer ma licence de biologie en Australie et mon master en Nouvelle-Zélande, entre 2008 et 2011.

À Auckland, je vivais en colocation avec Sarah-Jane la fille de Pippa et Peter. Je travaillais aussi de temps en temps sur les chantiers des bateaux de la Coupe de l’America. Puis je suis revenu en France avec le souhait de devenir marin professionel. J’ai alors recontacté Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, à l’époque.

 

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Un ours polaire pendant l’expédition Tara Oceans Polar Circle. Se retrouver face à ces animaux et avoir la chance de les observer dans leur élément a été pour moi une des expériences les plus fortes de cette expédition – © Nicolas de la Brosse / Fondation Tara Expéditions

 

VH : Ta seconde mission à bord de Tara se profilait alors vers où cette fois ?

NDLB : « En 2012, l’expédition Tara Oceans allait se poursuivre avec le volet Polar Circle. J’ai rejoint alors l’équipe à Paris en octobre 2012, où Tara était en escale. Dans la foulée, j’ai participé au chantier de préparation de l’expédition et je suis parti en Arctique. Tout a continué à s’enchainer. J’ai passé un capitaine 500 puis j’ai participé, après le tour de l’Arctique, à Tara Méditerranée en 2014 et enfin à Tara Pacific en 2016-2017. Cela représente déjà cinq ans de ma vie ! (sourire).

 

VH : Quel est le nouveau cap aujourd’hui ? Quitter Tara c’est tourner une page importante dans la vie d’un marin ?

NDLB : « Je viens de vivre une période hyper riche, très intense avec Tara. J’ai pu faire une multitude de rencontres à bord et à terre. L’aspect humain est très important dans ces expéditions. Avec Tara, nous avons accès à des choses privilégiées, ce sont des voyages exceptionnels. Par exemple, lors du Tour de l’Arctique, nous avons navigué au milieu de la glace, ce que peut-être dans quelques années on ne fera plus à cause du réchauffement. Plus récemment, je garderai aussi en mémoire les Tuvalu, les Kiribati.

 

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Grande Barrière de Corail, Australie. Tara nous permet d’avoir accès à des endroits incroyables pendant l’expédition Tara Pacific – Nicolas de la Brosse © Fondation Tara Expéditions

 

À côté de toute cette richesse, de toute cette passion, ces projets sont toujours très prenants et j’ai envie d’avoir maintenant plus de temps pour moi, pour ma vie perso. Prendre du recul et voler de mes propres ailes.

Je vais sûrement travailler comme skipper sur des voiliers de propriétaire, faire du charter. Et puis, je ne pouvais plus évoluer sur Tara. Il aurait fallu que je passe d’autres diplômes pour devenir capitaine.

Tara c’est aussi une grande famille dont je ferai toujours partie, même si je pars. Cela se construit en mer où nous partageons, au milieu de situations et de moments exceptionnels, une grande unité, une grande cohésion. Ce sont des liens indéfectibles. »

Vincent Hilaire

 

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