Portrait de marin : Loïc Caudan | Tara, un voilier pour la planète

Portrait de marin : Loïc Caudan

© Noélie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

31 mai 2017

Loïc Caudan est un peu l’homme de l’ombre à bord de Tara, il se terre dans l’antre de la baleine et veille discrètement sur ses organes vitaux. Qu’il officie en salle des machines, dans l’atelier, en cale avant ou sous les trappes de la coursive, il procède toujours avec soin, loin de l’agitation du pont, ce qui lui convient parfaitement. Lors de ses longs mois d’embarquement, il bichonne, répare, créé, entretient… Mais qui est donc ce Taranaute ? Portrait d’un « Chef Mécano » qui ne colle guère aux stéréotypes.

 

Pour Nicolas Bin, Second, Loïc est « un mec avec qui j’aime travailler et naviguer ! C’est quelqu’un qui va au bout des choses, qui ne fait pas les choses à moitié. » A bord, tout le monde s’accorde à dire de que le jeune homme est consciencieux et fiable. Mais pas seulement…

 

2-Loic_Caudan_credit_NPansiot-2170205Loïc Caudan, Chef mécanicien, à l’arrivée dans le port de Yokohama. © Noélie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

32 ans, marié, un enfant. Loïc a grandi dans le Val-d’Oise jusqu’à ses 20 ans. Il s’inscrit en Fac de géographie et décroche une licence qui lui permet d’appréhender diverses matières : « Histoire, sociologie, climatologie, géologie… ». En parallèle, il passe un monitorat « dériveur et voile habitable ». Suit une année de bénévolat à l’école de voile française. Les Glénans et un brevet d’Etat d’éducateur sportif à l’École Nationale de Voile de Quiberon. Loïc a trouvé sa voie ! « Au moins pour un temps… ». Il s’engage alors pendant trois saisons aux Glénans. Là, il n’hésite pas à se jeter par-dessus bord pour mettre ses élèves moniteurs à l’épreuve, lors d’exercices de sauvetage. « La session la plus laborieuse, 45 min dans une eau à 15°C. C’est long, même en combinaison ! », se souvient le chef mécanicien.

 

En 2010, le marin s’engage avec l’association du père Jaouen afin de se perfectionner dans l’entretien et la réparation des navires : « On m’a confié des responsabilités alors que je débutais. J’ai participé à la fabrication d’un palier de safran en bronze pour un bateau de 36m. Une expérience rare ! » C’est là qu’il acquiert les bases de ce qui deviendra son cœur de métier ici, à bord de Tara. Puis il se lance dans un grand projet personnel : achat et remise en état d’un voilier en acier et navigation le long des côtes d’Afrique, du Brésil et d’Uruguay.

 

A son retour de voyage, en 2012, il passe le brevet de mécanicien 750Kw et part se faire la main comme mécanicien bénévole sur l’expédition Under The Pole, au Groenland. « J’ai suivi le projet, du chantier à la fin du convoyage. Et c’est lors de cette première expérience polaire que j’ai géré mes premiers gros pépins sur des moteurs. De l’eau de mer s’était infiltrée dans les culasses. » Loïc se frotte par la suite à un autre milieu : celui de la pêche. Il embarque comme second mécanicien sur un chalutier de 35 mètres durant huit mois.

 

IMG_7934© Fondation Tara Expéditions

 

Le marin nourrit l’envie de travailler à bord de Tara depuis longtemps : « Je voulais continuer à être sur un bateau de travail, et faire de la voile, la façon la plus agréable de naviguer, à mon sens. » Depuis deux ans et demi, le trentenaire partage le poste de Chef Mécanicien sur la goélette scientifique. Daniel Cron, son alter ego à bord explique : « En général, c’est un peu frustrant, nous ne faisons que nous croiser sur Tara. Mais, une fois n’est pas coutume, je viens d’embarquer en tant qu’Officier de Pont. Nous avons donc l’opportunité de naviguer ensemble pendant un mois jusqu’aux îles Fidji. Et j’en suis très content ! Nous sommes les opposés au niveau caractère : lui plutôt taiseux, moi plutôt extraverti. D’ailleurs, Loïc rappelle de temps en temps que le silence ne l’oppresse pas. Au premier abord, il joue la caricature, fait un peu l’ours. Il faut un peu creuser sous le nounours en chocolat pour trouver la guimauve. C’est un faux méchant, mais un vrai grognon lorsqu’il s’agit de la consommation d’eau et d’électricité à bord. Et il a raison ! »

 

CREDITS MAEVA BARDY-ESCALE MIAMI-PASSATION LOIC CAUDAN ET DANIEL CRON-1© Maeva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Il faut dire que Loïc est à l’origine de toute la production d’énergie sur la goélette. Il sait donc combien coûte chaque goutte d’eau, connaît chaque dépense énergétique. Moteurs, groupes électrogènes, dessalinisateur, circuits électriques, circuits d’eau pour la science et même parfois sanitaire… Loïc veille sur les organes essentiels de Tara comme sur ses équipiers. Il ne rechigne jamais à se montrer serviable.

 

A bien y réfléchir, il est probable qu’il rechigne un peu, pour le jeu. Loïc déploie un humour cynique. Il ne manque ni de répartie, ni de culture générale. Haussement d’épaule et lever de sourcil, ses spécialités, attestent qu’il participe aux taquineries du bord. Et il faut souvent tendre l’oreille pour l’entendre lancer un bon mot. Il n’aime pas être au centre de l’attention. Aussi, lorsque la correspondante de bord pointe un appareil photo ou une caméra dans sa direction, le chef mécanicien se courbe et ferme les yeux. Elle lui demande alors de les ouvrir. Ce à quoi il répond du tac au tac « t’as qu’à me prendre en photo quand je les ouvre ! Il serait peut-être temps de trouver un vrai travail. » S’ensuivent alors quelques éclats de rires…

 

Noëlie Pansiot

Articles associés