Portrait de Second – Nicolas Bin | Tara, un voilier pour la planète

Portrait de Second – Nicolas Bin

© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

19 juin 2017

La liste des responsabilités qui incombent au rôle du Second est longue, très longue. S’il fallait n’en citer qu’une, la plus importante, serait sans aucun doute la sécurité. A 36 ans, Nicolas Bin appréhende cette tâche avec sérieux, rigueur, sens des responsabilités et une très bonne connaissance du bateau… voilà tout ce que le N°2 de Tara doit posséder pour ce job. Avant qu’il ne quitte le bord, et après 5 mois de mission, voilà un portrait haut en couleur du Second de Tara.

« Dis, tu pourras parler de mon short et de mes bottes dans ce portrait ? » Malgré ses responsabilités, le Second ne manque pas d’humour. Cheveu tout juste grisonnant, plutôt jovial, il apprécie les jeux de mots. Formé à l’école de voile des Glénans, Nicolas n’a pas tout de suite songé au métier de marin. Après le bac, il hésite entre poursuivre le conservatoire de musique et débuter la fac de sport. Mais le mélomane, ceinture noir de judo, choisira une troisième voie : celle de la mer.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aime dans la voile, Nicolas répond : « C’est l’un des derniers espaces de liberté ; ce qui me plait ce sont les voyages et les rencontres… D’un point de vue technique, j’aime les belles manœuvres, les bons réglages… Lorsque j’avance à la voile, j’imagine toujours le bateau vu de l’extérieur, j’essaie de visualiser son esthétique. » Malgré ses origines alsaciennes, le trentenaire a commencé à naviguer à l’âge de 10 ans, avec son père, du côté de Plobsheim. « Lorsque j’étais enfant, le moment de la dernière baignade des vacances était un moment spécial, c’était une séparation avec la mer et je lui faisais mes « au revoir » … »

Après 1 an et demi comme bénévole aux Glénans, le jeune homme passe un Brevet d’Etat de voile à Quiberon, puis un Brevet de Patron de Plaisance à la voile à Cherbourg. De 2005 à 2007, il travaille entre la France et les Antilles, en tant que Chef de base itinérant à l’UCPA, où il forme les moniteurs. S’ensuivent pas mal de convoyages entre l’Egypte et Marseille, mais aussi des transatlantiques… Toutefois, parmi tous ces bateaux, un seul a vraiment retenu son attention : « Etoile filante, un ancien catamaran de course de 60 pieds. Je l’aimais beaucoup parce qu’il était physique, qu’il avait une allure très profilée. Et puis, c’était mon premier grand bateau. » Le Strasbourgeois alterne ensuite des saisons en Corse et à Ushuaia, part se réchauffer du côté de la Polynésie Française, sur un bateau de charter plongée.

A bord de Tara, le Second est au cœur des échanges humains. A chaque rotation d’équipe scientifique, il se charge d’accueillir les nouveaux arrivants. Port des VFI*, fonctionnement du bateau, planning des quarts de nuit… Son briefing sécurité et vie à bord est bien rodé et aucun détail n’est oublié. Il réunit les nouveaux embarqués autour de la grande table du carré pour leur exposer les us et coutumes de la vie en collectivité et la joie des tâches ménagères partagée. Il ne manque jamais de ponctuer sa présentation ainsi : « Interdiction de se blesser à bord. Chacun doit veiller à sa sécurité et à celle des autres. Et puis je dis souvent : quand y a un doute, y a pas de doute. Si vous sentez une odeur suspecte, entendez un bruit suspect, prévenez un marin… »

 

First Mate Nico Bin getting his first look at Japan_photo credit Sarah Fretwell_0Q8A3656© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Pour Loïc Caudan, l’un des deux Chefs mécaniciens, c’est « agréable et facile de travailler avec Nico. Je pense qu’on a un peu la même façon d’appréhender le boulot à bord. Il est toujours motivé pour filer un coup de main, quelle que soit la tâche à accomplir, même la plus ingrate. Et puis, le rôle du Second est très important pour la gestion humaine : c’est lui qui fait le lien entre l’équipage et le capitaine ou les scientifiques et l’équipage. Et Nicolas est très bon dans ce rôle, il met tout le monde à l’aise. Ah ça ! pour faire le joli cœur… ».

Charmeur, voire même crooner. Il ne résiste jamais devant un piano. « Je pense qu’il aurait pu vivre à une autre époque », explique Daniel Cron, l’autre Chef mécanicien. « Il a un petit côté jazzy retro, je l’aurais bien vu jouer dans les bars enfumés de la Nouvelle Orléans, avec les grands de l’époque : Amstrong, Parker… ».

Lorsqu’on évoque le nom de Nicolas auprès de Samuel Audrain, le Capitaine, il ne tarit pas d’éloge à son égard : « C’est un Second idéal ! C’est un mec qui sait naviguer, qui possède de l’expérience à la voile, ce qui est important à bord de Tara. Il aime les choses bien faites. Nico c’est aussi un mec sensible avec qui on peut parler. Et puis c’est vraiment agréable de pouvoir partager autre chose que le boulot. Nous nous retrouvons souvent pour jouer de la musique. »

 

P2170647© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Après une journée de travail, les deux hommes se donnent rendez-vous pour « débrayer », Samuel à l’accordéon et Nicolas au piano. PC Com, timonerie ou atelier se transforment alors en salle de répétition. Le duo joue et rejoue les mêmes mélodies à l’infini : Libertango ; Tango pour Claude ou encore Besame Mucho… Quelques fois, à la demande des Taranautes, les musiciens s’installent dans le carré. Les équipiers se mettent alors à chanter ou à danser, plus ou moins bien, mais toujours dans une bonne humeur générale. Sourires vissés aux lèvres, Sam et Nico s’en donnent alors à cœur joie jusqu’à satiété.

 

Noëlie Pansiot

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