Questions-réponses de Martin Hertau, capitaine de Tara | Tara, un voilier pour la planète

Questions-réponses de Martin Hertau, capitaine de Tara

© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

17 février 2017

Après avoir embarqué sur Tara en octobre dernier à Moorea, Martin a piloté la goélette sur près de 8 500 milles nautiques reliant 16 atolls, 11 îles et 8 pays avant d’atteindre Fukuoka (Japon) après 5 mois et 1 semaine de navigation. Retour sur cette expérience extraordinaire à travers le Pacifique.

 

Martin Hertau rencontre le roi de WallisMartin Hertau, capitaine, présente Tara au roi de Wallis © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

Comment vous sentez-vous à l’idée de visiter le Japon pour la première fois ?

Je suis très heureux de découvrir le Japon ! Je me souviens, plus jeune, au lycée, j’ai participé à un festival du film où l’invité d’honneur était japonais. Je ne connaissais pas grand-chose du pays du Soleil Levant, c’est lors de ce festival j’ai rencontré des artistes japonais et j’ai vu beaucoup de films. Depuis, je reste fasciné par cette impression, ce subtil mélange de modernité et de tradition qui se dégage du Japon. J’ai toujours su que je visiterais l’archipel nippon un jour… aujourd’hui j’ai la chance de réaliser ce rêve avec Tara (sourire).

 

Où avez-vous commencé ce voyage, combien de temps avez-vous été à bord, et quels ont été les faits marquants de cette étape pour vous ?

Les scientifiques à bord ont collecté des milliers d’échantillons, nous avons réalisé des centaines de plongées, des dizaines de scientifiques et de membres d’équipage se sont relayés à bord. Souvent, cela s’est fait sous une chaleur insupportable ! C’est très éprouvant de vivre et travailler sur un bateau construit pour l’Arctique sous l’équateur.

J’ai beau naviguer depuis des années, cette première traversée du Pacifique a été une expérience vraiment très riche, remplie de toute sortes d’émotions et d’expériences incroyables. Nous avons rencontré des Rois et des Chefs coutumiers, passé la nuit dans un fale (hutte traditionnelle), assisté à un service religieux sur de toutes petites iles, ou encore mangé du porc cuit dans un four traditionnel…. C’est très fort, ce sont des lieux très reculés.

 

Chief Scientist Didier Zoccola and Captain Martain Hertau hold an early morning press conference with NOAA in Washington DC_photo credit Sarah FretwellDidier Zoccola, chef scientifique, et Martin Hertau, capitaine, en vidéo conférence avec l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), basée à Washington DC © Sarah Fretwell/ Fondation Tara Expéditions

 

La patience a été la clé de la navigation dans le Pacifique. Les longues heures passées dans les bureaux gouvernementaux à effectuer les démarches administratives nous ont permis de rencontrer les gens, discuter, puis échanger au sujet de leurs îles, de leur mode de vie et des mesures mises en place ou non pour protéger l’environnement.
J’ai rencontré beaucoup de gens avec des points de vue surprenants sur les impacts du changement climatique. Aux Tuvalu, pendant que nous attendions les permis, j’ai interrogé une administratrice au sujet de la hausse du niveau des mers. Elle m’a répondu : « Cela ne nous pose pas de problème. Dieu a un plan pour chacun d’entre nous, il a donc un plan nous concernant. »
J’en ai passé des heures à compléter des documents relatifs au bateau ! Pour obtenir l’autorisation d’entrer et de sortir de chaque port et essayer d’obtenir les permis CITES pour les échantillons de coraux.

J’ai vraiment été impressionné par l’environnement tropical luxuriant des Tuamotu. Ça comble les rêves de Polynésie de tout occidental (sourire). Nous avons souvent été entourés par des baleines à bosse et avons même nagé avec elles. L’atoll de Wallis nous a offert une vision magique lorsque nous sommes arrivés après 4 jours de navigation. Une lumière incroyable éclairait l’eau d’un bleu vif, qui contrastait avec le vert des arbres endémiques.

Avant Futuna, 50% des plongées que nous faisions, c’était sur des récifs blanchis et morts. Nous avons tous eu le sentiment à bord d’être les témoins de la disparition de l’écosystème corallien. Mais les plongées autour de l’île d’Alofi ont été les plus belles que nous ayons connu au cours des 4 derniers mois – colorées et pleines de vie. Je garde au fond de la rétine de magnifiques plongées de nuit avec des serpents de mer à Niue et ou sur des épaves incroyables aux îles Chuuk.

 

Captain Martain Hertau and Chief Engineer Daniel Cron upon finding the boats telegraph on Fujikawa shipwreck_photo credit Pete WestLe capitaine Martin Hertau et l’ingénieur en chef Daniel Cron après avoir découvert le transmetteur d’ordres sur l’épave du Fujikawa © Pete West/ BioQuest Studios 

Quel est le défi le plus important en tant que capitaine à bord de Tara ?

La vie à bord est intense. La mission de Tara est très ambitieuse et il n’est pas toujours facile de coordonner la science, les relations publiques, les horaires serrés et les conditions météorologiques. Il y a toujours une nouvelle destination, chaque escale est différente, et on doit faire face à chaque situation pour assurer le bon déroulement de l’expédition. C’est un défi constant ! Les semaines sont passées à une vitesse folle.

 

Que prévoyez-vous de faire après avoir débarqué ?

Ce n’est pas encore décidé. J’attends une réponse concernant le certificat de marin. J’ai 2 options qui conduiront à des chemins complètement différents. Soit je retourne sur mon bateau au Guatemala et prends un peu de repos, soit je retourne étudier l’année prochaine pour obtenir un brevet de capitaine supérieur. A suivre !

Merci Martin…

 Sarah Fretwell

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