Tristes nouvelles des îles Chuuk

© Till Rothig

8 février 2017

A Chuuk, en Micronésie, l’équipage de Tara a observé une fois encore des récifs coralliens fortement affectés par la hausse des températures. De nombreuses colonies ont blanchi, le taux de mortalité est important. Les rapports indiquent que les conditions sont potentiellement plus graves encore à Guam.

Peu de données avaient été publiées avant 2016 sur l’état de santé des récifs aux îles Chuuk. L’équipe Tara espérait trouver ici un écosystème corallien mieux préservé que celui des Tuvalu et de Kiribati.

Till Röthig, doctorant à l’université des sciences et technologies du Roi Abdallah (KAUST) située à Thuwal en Arabie Saoudite, confie : « J’ai été très surpris de voir des coraux touchés par le blanchissement jusqu’à 30 mètres de profondeur ». Il décrit des indices qui suggèrent que le blanchissement dure depuis un certain temps : « le sommet d’une colonie de coraux massifs était partiellement morte et recouverte d’algues. Plus bas, le tissu corallien était vivant, mais blanchi. A la base, le corail semblait encore en bonne santé ».

 

Le Scientifique Till Rothig examine la proue incrustée de corail sur l'épave du Fujikawa Maru, vieille de 73 ans
Till Rothig, scientifique à bord de Tara, étudie les coraux incrustés sur l’étrave du l’épave du Fukijawa Maru, vieille de 73 ans © Pete West / BioQuest Studios

 

Les membres du gouvernement de Chuuk précisent qu’il n’y avait pas de blanchissement lié au réchauffement océanique avant 2016, ce qui est confirmé par les données du programme de surveillance des récifs coralliens de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Celles-ci remontent à l’année 2000 et n’indiquent pas d’anomalie majeure de la température avant septembre 2016. La température a alors augmenté pendant une période de trois mois, engendrant vraisemblablement un blanchissement généralisé des coraux, suivi d’une forte mortalité des espèces dans la région. Les observations faites par les scientifiques de Tara semblent être les conséquences de cet épisode aigu de blanchissement.

L’équipe a ensuite pu examiner le corail de Guam (USA), après une traversée de 3 jours et 580 milles nautiques. Tara a navigué sous un ciel partiellement nuageux avec des vents de force 6 sur l’échelle de Beaufort et des vagues de 3 mètres. Tout le monde à bord apprend à vivre et à travailler dans ces conditions difficiles, mais le moral reste bon !

 

bleached anemone
Une anémone (parent proche du corail), translucide car elle a perdu ses algues symbiotiques : elle souffre de blanchissement © Till Rothig

 

Situé immédiatement à la périphérie du « Triangle du corail », Guam est historiquement connu pour son écosystème corallien incroyablement diversifié. Récemment, Laurie Raymundo, écologiste corallienne à l’université de Guam, cité par le Washington Post : « Au cours des 3 dernières années (2014-2016), nous avons connu des épisodes de blanchissement d’une ampleur sans précédent dans l’histoire récente. » Elle a décrit le choc qu’elle a reçu lors de sa récente plongée, dans un post sur Facebook : « Je me considère comme une personne relativement objective et logique en matière de science, mais parfois cette approche me fait défaut. Aujourd’hui, pour la première fois en 50 ans, j’ai pleuré dans mon masque pendant une heure en constatant l’étendue du blanchissement et le taux de mortalité affectant nos magnifiques coraux de Tumon Bay ».

Sarah Fretwell

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