Et dans 10 ans? | Tara, un voilier pour la planète

Et dans 10 ans?

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2013-2023

Les dix prochaines années sont majeures pour les décisions à prendre concernant l’évolution du climat. Pour toute l’équipe de Tara Expéditions, elles s’annoncent, riches en découvertes et pleines de promesses nouvelles. Passage en revue des défis à venir.

Les objectifs et les défis à relever ne manquent pas pour l’ensemble des acteurs et des scientifiques œuvrant en mer comme sur terre à la poursuite des expéditions Tara lancées il y a dix ans. « Pas question de s’arrêter, » prévient d’emblée agnès b. leur premier soutien. Et il faut que de nouveaux parrains affluent pour donner à Tara encore plus d’envergure ! Je souhaite dire aux partenaires potentiels : « Faîtes-le avec nous ! »

Un ambitieux défi scientifique 

Le premier défi est évidemment scientifique. En termes de recherche, les dix prochaines années apporteront une analyse toujours plus détaillée des données complexes récoltées en particulier durant Tara Oceans « Nous cherchons à décrire l’écosystème planctonique mondial dont la biodiversité est mal connue, alors qu’il constitue le pouls de notre planète, et à évaluer son potentiel biotechnologique. » précise Éric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans. Les découvertes de Tara s’appliquent d’ailleurs autant à la recherche qu’aux percées en matière d’écologie scientifique, au sein, en particulier, du programme Oceanomics courant jusqu’en 2020. Tara Oceans avait permis de recueillir 28 000 échantillons de plancton – des virus aux animaux. Or, grâce à Oceanomics est élaborée la première combinaison de protocoles de séquençage et d’imageries à très haut débit chargée d’extraire l’information de cette collection. Au final est attendue la première compréhension détaillée de la biodiversité planctonique.

2015-2018 : Cap sur l’Asie et l’Arctique

Une nouvelle expédition polaire semble de même programmée. « Elle pourrait avoir lieu entre 2016 et 2018 », confirme Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions. Avec une nouveauté. « Notre première dérive arctique était franco-européenne. Nous souhaitons que la seconde soit internationale, avec pourquoi pas 8 membres d’équipage, scientifiques et marins, de pays différents. » « Nous étudions déjà concrètement ce projet de seconde dérive, renchérit Étienne Bourgois, président de Tara Expéditions. Mais d’abord nous planifions en 2015 une étude des récifs coralliens de surface et de profondeur réalisée en collaboration avec le réalisateur Luc Jacquet et son association Wild Touch. Cette expédition mènerait Tara dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est, avec des escales en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Corée, en Chine et au Japon, à partir duquel le bateau mettrait le cap pour sa dérive arctique via le détroit de Béring. »
« Les Asiatiques s’intéressent déjà beaucoup à Tara, précise agnès b., que ce soit au Japon, à Hong Kong ou en Chine. Il y a une écoute, un vrai intérêt. » Éloïse Fontaine, directrice de la communication de Tara Expéditions, confirme cette volonté d’informer un public beaucoup plus large. « Ces dix dernières années, grâce à l’intérêt et au soutien d’innombrables médias, nous avons touché un large public, en France, en Europe, dans des pays francophones. Il nous faut poursuivre l’effort en le portant désormais encore plus à l’étranger. Objectif : toucher d’autres opinions publiques ailleurs dans le monde. »

« Capacity building » et pouvoir de négociation

Forte de ses collaborations avec nombre d’organismes et laboratoires publics-privés, Tara Expéditions souhaite favoriser, à l’avenir, les échanges scientifiques entre « pays développés » et « en développement. »
« Seuls 6 à 7 pays ont les capacités d’aller en mer conduire des expéditions, constate Romain Troublé. Le moment est venu de partager notre savoir avec d’autres pays moins favorisés. Ce sera obligatoire pour trouver des accords sur l’Océan qui représente 71 % de notre planète. » L’accord signé le 27 juin 2013 entre Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, et Étienne Bourgois, stipule que l’UNESCO et Tara Expéditions « procèderont à des projets communs pour contribuer à la recherche scientifique, à la coopération internationale, au partage des données et à la sensibilisation du public. » Après les couloirs humanitaires, des couloirs scientifiques ? « Pourquoi pas, pense Romain Troublé. La recherche fondamentale en Haute Mer a besoin d’un statut spécial, de l’intérêt de tous les peuples. » André Abreu, chargé de mission chez Tara Expéditions, agit déjà sur plusieurs fronts : Haute Mer, écosystèmes et pollutions, Arctique et climat. « Nous structurons nos actions sur ces grands enjeux. Depuis le succès de l’action de Tara durant la conférence Rio+20, nous intégrons les processus de discussion existants – conférences climatiques, négociations onusiennes, Convention de Barcelone… L’objectif est bien sûr de faire bouger les lignes avec d’autres. Nous y parvenons, pas à pas, et nous allons continuer. »

Les enfants au coeur du dispositif

Au cours des dix prochaines années, et alors que l’environnement n’est plus que la «  huitième préoccupation » des Français, les expéditions Tara entendent de même poursuivre le travail pédagogique initié ces dernières années en faveur des plus jeunes. 19  000 d’entre eux avaient suivi les aventures de Tara Oceans en classe. « Le partage des savoirs à l’égard des plus jeunes sera un peu plus encore la priorité » assure Xavier Bougeard, responsable des actions éducatives. Un enjeu de taille : il s’agit de continuer à sensibiliser des milliers d’enfants et d’ados aux grandes questions climatiques, enjeux du futur.

Pour un engagement citoyen

« Nous sommes à l’heure du bilan, ajoute agnès b. Et ce bilan doit être objectif. Nous devons le faire avec nos tripes, notre ressenti. Qu’est-ce que nous avons bien fait ? Réussi ? Et moins bien réussi ? Qu’est-ce que nous pouvons encore améliorer ? « Il y a de plus, avec Tara, un enjeu de citoyenneté, ajoute Romain Troublé. Nous l’avons ressenti un peu plus encore en lançant, avec Catherine Chabaud, un Appel pour la Haute Mer soutenu par des dizaines d’acteurs, d’entreprises, d’organismes, sans parler du soutien direct des Nations unies et de son Secrétaire général, Ban Ki-moon. »
« Tara est une plateforme scientifique et éducative, c’est bien, reprend agnès b. Mais il y a, aussi, à bord, un engagement citoyen, forcément politique. La question du changement climatique est aussi politique ! On a tellement dénigré le politique que nous autres citoyens, devons réinventer un autre type d’engagement. Notre chance est de ne dépendre d’aucune élection, d’aucun lobbying, de n’être soumis à aucune pression médiatique. La force de Tara, c’est son indépendance ! »

Michel Temman