1er jour sans (presque) voir la terre

© L.Reboud/Tara Expéditions

Chronique de Clémence Lesacq, la lauréate du concours d’écriture Libé-Apaj.

1er jour sans (presque) voir la terre

Dimanche 5 octobre

Nous avons enfin repris la mer.
A Saint-Tropez, quatre hommes et femmes ont intégré le groupe des « scientos », comme les surnomment les marins. Avec Maria-Luiza Pedrotii, seule survivante de l’ancienne équipe, les scientifiques se composent désormais de Cristina Fossi et Guiseppe Suaria, tous deux italiens, ainsi que des deux français Stéphanie Petit et Jérémy Mansui. Des accents d’Italie résonnent à bord, mais également d’Angleterre, car l’on tente la langue de Shakespeare pour communiquer efficacement. Une petite Europe à 14 est née, et cette nouvelle famille Tara tiendra jusqu’à Naples.
Le travail scientifique reprend. Le filet manta, dont la bouche toute en longueur et les deux ailes qui la maintiennent en surface lui confèrent l’aspect du majestueux poisson, a repris le chemin de l’eau. C’est lui qui permet par beau temps d’effectuer les prélèvements marins. Accroché à l’arrière de la goélette, il la suit à quatre-vingt mètres de distance. Pour ne pas être perturbé par le sillon du bateau, ses deux pattes qui le maintiennent à Tara sont asymétriques, le manta se déporte donc naturellement vers tribord.
La journée avançant, les lointains reliefs des côtes françaises ont disparu sous des nuages bas, on les distingue à peine, il faut plisser un peu les yeux. L’horizon n’est plus une ligne, c’est un cercle d’eau dont nous sommes le centre en mouvement.
Cette nuit, les scientifiques veilleront de une à quatre heures pour une manipulation nocturne: capturer des petits poissons avides de planctons: les myctofides. Les quarts de nuit, cette fois avec le bateau en mouvement, seront également rétablis. Les frontières entre la nuit et le jour vont se brouiller: en pleine mer, la vie à bord de Tara ne s’arrête jamais.

 

Clémence Lescacq

 

A propos de Clémence Lesacq :

En juillet 2014, Clémence Lesacq a gagné le prix Tara à l’occasion du concours d’écriture Libe-Apaj, organisé par Libération et l’Association pour l’aide aux jeunes auteurs, dont le thème cette année était « Sur la route et les chemins ».

Pour découvrir son texte « L’aube du voyage » qui a reçu le prix, cliquez ici. La lauréate sera à bord entre Marseille et Naples et nous enverra régulièrement ses chroniques depuis la goélette pendant cette traversée d’une douzaine de jours.

 

Articles associés :

- Précédent texte de Clémence Lesacq.

- Résidence d’artistes pendant Tara Méditerranée. 

- Matériel utilisés à bord de Tara, comme le filet manta.