ITW ELSA GUILLAUME : ARTISTE DE RETOUR A TERRE

© Elsa Guillaume / Fondation Tara Expédiitons

Première artiste embarquée à bord Tara, Elsa Guillaume livre ses premières impressions après un long périple et une première expérience marquante au coeur de l’expédition Tara Pacific, partagée avec les marins et les scientifiques : une influence forte sur son travail en cours et à venir.

 

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Elsa, peux tu nous raconter ce qui t’a amenée à rencontrer Tara ?

Dans mon travail, il y a depuis toujours cette attirance et influence des récits d’exploration… Au début, je m’intéressais principalement à la montagne, aux glaciers… puis ce fut les premières expéditions vers les pôles, avec ses intrigantes photos en noir et blanc. En 2010, j’ai commencé à plonger, et depuis l’océan et les abysses sont des sujets qui m’exaltent sans cesse. C’est marrant car je n’avais jamais véritablement navigué auparavant, c’était de l’ordre du fantasme. Avec Tara, on se rapproche un peu de la navette spatiale, perdue au milieu de nulle part, ce qui me plait beaucoup… Et puis c’était aussi un rêve un peu fou que j’ai voulu tenter et j’ai remporté le Prix COAL – Ocean 2015.

 

Une fois sur Tara, ton projet artistique a-t-il évolué, influencé par les conditions de vie à bord ?

Tout à fait ! Au début, je pensais dessiner seulement une double page par jour mais sur Tara tout le monde travaille tellement que je me suis dit qu’un dessin par jour c’était finalement peu… (rires). Mais bon, j’avais du papier en stock !
A bord, tout le monde a des parcours et des histoires atypiques. C’est si différent du milieu artistique que je connais que j’ai voulu garder une trace de leurs récits. L’ampleur de mon projet a donc vite évolué pour ne rien manquer de ce que chacun voulait me raconter. Pour chacune des quinze personnes, il y a donc un portrait, mélange de prise de notes, schémas et croquis. De la science aux anecdotes, jusqu’aux citations bizarroïdes tout trouvera sa place dans mon projet final.

 

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Où en est à présent ton projet « Cosmographie corallienne » ?

Là, je suis en quelque sorte dans une phase de digestion, ou de synthèse, de l’expérience vécue et de mes carnets ; je les scanne, les détoure, les mets en page. Une fois tout cela imprimé, mes carnets me servent de banque d’information dans laquelle je vais piocher pour la réalisation de ‘Cosmographie corallienne’, une grande cartographie sous-marine. Je fais des tests de papiers, de formats, d’encres…

D’après toi, outre le fait d’être en mer, qu’est-ce que Tara à de plus que d’autres résidences ?

C’est incomparable avec d’autres résidences. Jusqu’ici j’étais deux à six mois dans un atelier avec un moyen technique mis à disposition. Sur Tara, l’expérience est vraiment singulière. Tout le monde m’expliquait et partageait avec enthousiasme ses connaissances. C’était fou de rencontrer toutes ces personnes qui, pour beaucoup, ont vécu des choses exceptionnelles mais qui restent très humbles. J’en ai encore les yeux tout écarquillés d’admiration !

 

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Qu’est-ce qui t’a le plus surprise à bord de la goélette ?

J’appréhendais un peu la promiscuité, mais on est hyper bien sur Tara, tant dans le carré que les cabines… Sans parler du pont ! Et je dois avouer que j’avais une vision un peu réductrice de la cuisine à bord d’un bateau… Je m’attendais aux conserves journalières en plein milieu du Pacifique. Mais en fait pas du tout !

 

Un conseil pour le prochain artiste qui embarquera ?

Je dirais… qu’il est important de sortir de ses habitudes de travail, ne pas chercher à ‘produire’ son projet immédiatement, mais observer, simplement participer. Sur Tara, ce qui est enrichissant c’est le quotidien avec l’équipage et les scientifiques. Grimper sur la bôme pour aider à replier les voiles, faire la petite main pour répartir les échantillons de coraux dans les centaines de tubes, rincer le sel du pont, apprendre des choses sur la cuisine en mer… Et surtout il faut profiter, car à bord le temps passe très vite. Il faut donc capter le maximum à bord. Au retour, c’est très étrange, comme si cette expérience à bord de Tara était une extraordinaire parenthèse sur la ligne du temps. Ce qui est certain, c’est que j’en reviens nourrie d’images et d’idées, et que cette résidence à bord de Tara influera sur mon travail bien au-delà du projet « Cosmographie Corallienne ».

 

La prochaine résidence d’artiste à bord de Tara sera occupée par Maki Ohkojima, artiste peintre d’origine japonaise qui embarquera fin janvier entre Guam et Yokohama (Japon).Découvrez son travail sur son site : ohkojima.com

Propos recueillis par Conny Mamber et Johanna Sanson

 

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