« La mission autour du plastique me sert à construire ma résidence à bord. »

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Voix douce et sourire accroché aux lèvres, Sylvain Couzinet-Jacques est à la fois discret et amical. Son humeur sans accroche est révélatrice : il est heureux d’être à bord avec nous.

Artiste en résidence, Sylvain est diplômé de l’Ecole des Beaux-arts de Marseille et de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles. Focus sur l’artiste du moment.

Comment définirais-tu ton travail de photographe ?

L’outil photographique comme je l’entends est une étape d’un processus parfois long de transformation et les installations que je produis convoquent autant l’image fixe qu’animée, la sculpture ou l’installation lumineuse ou sonore. Je définis la pratique de l’image comme transdisciplinaire. Il est parfois peu aisé pour moi de dire ce que je fais et ce que sera l’objet final. J’essaye de déjouer les limites du médium ; je vise les confins.

Quel regard portes-tu sur Tara ? Comment penses-tu procéder à bord ?

A bord de Tara, rien d’évident. Comment parler de l’expérience d’être à bord, d’être sur Tara ? Comment parler de la mission qui fait la vraie valeur de la goélette, celle des scientifiques qui jour et nuit prélèvent de leurs stations les échantillons d’eau et organismes pollués par les particules de plastiques ? Etre artiste invité donne l’immense privilège d’observer, mais impose la règle simple du devoir d’évoquer cela. La mer Méditerranée, ses paysages sublimes et sa mer d’apparence calme, le plastique et la pollution, la quête scientifique qui doit se renouveler constamment et inventer de nouveaux paradigmes. Les marins sont ici par engagement, Tara est un bateau unique. De l’amitié qui nait entre nous, il faudra l’honorer. Je dois faire quelque chose qui sera reconnu par eux, qui nous parle de l’expérience Tara et de sa mission méditerranéenne.

Tara est une éloge à la lenteur, à la patience. Je prendrai mon temps. Une résidence d’artiste à bord de ce bateau c’est évidemment singulier. Le temps de la réflexion qui alimente la pratique est une chose rare et précieuse. Sur Tara, il est constitutif. Je prends note des protocoles des scientifiques, je les écoute me parler des microplastiques, de l’état alarmant de la Méditerranée. La mission autour du plastique me sert à construire ma résidence à bord.

J’écris et lis, je prends quelques polaroids, régulièrement je photographie les terres que nous approchons et les horizons lointains, je guette les échantillons récoltés. Un projet se dessine lentement dans mon esprit, autour du plastique et de l’image. Je suis attentif à ce qui m’entoure : c’est cela être résident à bord de Tara.

Tu partages le quotidien de l’équipage depuis plus de 2 semaines, que peux tu nous dire de la vie à bord ?

C’est vraiment une place privilégiée d’être là. J’ai été très vite adopté par l’équipage, ce qui a facilité grandement ma place d’observateur et de photographe. Les rituels de la vie à bord sont des balises rassurantes dans une journée et imprègnent complètement ma réflexion : être de quart en pleine nuit nécessite d’être reposé, il faut l’anticiper et abréger la soirée. Cette disposition mentale et physique influe sur ma manière de travailler.

Je dois avouer que je suis complètement émerveillé, j’essaye d’en apprendre le plus possible sur la navigation. Les marins sont d’une patience infinie avec mes questions, tout comme les scientifiques. Vraiment c’est un bonheur d’être là !

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

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