Aleksandra Mir | Tara, un voilier pour la planète

Aleksandra Mir

© Alexandra Mir

« J’ai participé à l’expédition Tara Antarctique en 2005 en tant qu’amie de Pierre Huygues. Pierre ne m’a pas donné de rôle défini, et je n’étais pas une collaboratrice officielle sur son projet. Il avait aussi invité une équipe de tournage qui a travaillé avec lui à la recherche d’un pingouin blanc. J’étais donc complètement libre de profiter de l’expérience du voyage tout simplement, comme je voulais, sans avoir à faire un travail précis. Ce fut le génie et la générosité de Pierre.

Mais comme je suis une artiste et que le voyage était très long, j’ai spontanément ressenti l’envie d’apporter ma propre contribution, quoique modeste, en veillant à ne pas empiéter sur son travail. Plus important peut-être encore, j’ai gardé une trace écrite de toutes les conversations à bord. Le format de mon écriture était inspiré du journal de bord officiel du capitaine, où il note toutes les données techniques d’un voyage pour des raisons de sécurité, mais aussi juridiques.

Mon journal de bord ne portait pas sur des données techniques, mais reflétait le dialogue entre les 17 personnes foncièrement différentes – de différent sexe, culture, âge, expérience, autorité, profession et objectif existentiel – qui co-habitaient pendant ce voyage. Parmi nous, figuraient Les Marins et Les Artistes, et quelques autres personnages singuliers, comme Le Médecin, Le Guide et Le Capitaine.

Nous devions partager un espace très intime, loin de la civilisation, pendant plusieurs semaines.

Notre dialogue est source d’une réflexion sur l’activité quotidienne à bord du bateau, sur les sensations que suscitaient ces paysages changeants d’eau et de glace, sur la faune extraordinaire qui nous entourait, ainsi que sur les tensions sexuelles et professionnelles qui n’ont jamais été pleinement exprimées, mais doucement réprimées sous une couverture de plaisanteries grinçantes, puisque nous ne pouvions pas nous permettre de laisser les disputes et l’anarchie nous envahir. Après une nuit de tempête quand les marins luttaient avec des voiles qui se  déchiraient dans le vent, tandis que les Artistes se cachaient dans leurs couchettes, un Marin a posé la question de la fonction des Artistes à bord. Un Artiste a répondu «Nous sommes le véhicule de la Civilisation». Finalement, les rôles ont été échangés car les marins ont commencé à faire de l’art et les artistes ont appris finalement à être utile à bord.

A la fin du voyage, j’ai imprimé mon journal avec des illustrations dans un magasin de photocopies à Ushuaia, et j’ai donné à chacun une copie. Je sais que ce geste a été très apprécié, une sorte de journal intime partagé. »

Vous pouvez consulter l’ensemble du journal de bord, en cliquant ici 

Le journal de bord se transforme en pièce de théâtre en 2015.

Pour visionner une ballade vidéo (Aleksandra Mir, Antarctica, Video 02’27″, 2005 – 2015) avec un petit bateau en papier sur Tara, cliquez ici

Aleksandra Mir

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