EN DIRECT DU BATEAU

12/05/17

31 jours d’autonomie en mer

La goélette fait route vers le Pacifique Sud depuis quelques jours, direction les îles Fidji et plus précisément Lautoka, où …

La goélette fait route vers le Pacifique Sud depuis quelques jours, direction les îles Fidji et plus précisément Lautoka, où elle est attendue le 1er juin. A son bord : 6 marins, 5 scientifiques et une journaliste. Tous vont vivre en complète autonomie pendant un mois de navigation. En haute mer, pour les Taranautes le rythme est soutenu, il suit celui des stations de prélèvements, des tâches quotidiennes et des quarts de nuit. Zoom sur la plus longue traversée de l’expédition Tara Pacific.

 

744 heures de navigation. Une expérience unique pour 13 personnes vivant en autonomie complète à bord d’un vaisseau océanographique. Mais qu’est-ce que l’autonomie en mer ? Lorsqu’on consulte le dictionnaire pour extraire la définition du mot « autonomie », voici ce qu’il en ressort : « Temps pendant lequel un appareil peut fonctionner sans intervention extérieure. » Rapportée à la goélette, on aurait trop vite fait de limiter cette explication au stock de nourriture et de gasoil.

Alors bien sûr, l’indépendance énergétique est l’une des préoccupations majeures de Samuel Audrain, Capitaine : « Le gasoil est un point important, car nous devons arriver à l’heure. Mais le gasoil a un coût et il alourdit le bateau. Il nous faut donc faire des calculs… Nous sommes partis avec 25 000 litres, un peu plus de la moitié du plein. Et dès que les conditions le permettent, nous adaptons les voiles et le cap pour pouvoir nous bénéficier au maximum du vent. Ca fait le bonheur de chacun, ça stabilise le bateau, ça économise les moteurs, et nous avançons beaucoup plus vite. Et puis notre emprunte carbone n’en est que meilleure ! ».

 

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Toutes voiles dehors, la goélette file à 7 noeuds © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Samuel poursuit : « L’autonomie en eau est aussi un point crucial. Nous avons une cuve de 6000 litres et un désalinisateur. Et en cas de problème sur cette machine, nous avons embarqué 390 litres d’eau en bouteille qui, en théorie, nous permettraient de tenir une semaine… »

Lorsqu’on embarque à bord de Tara, on doit être conscient des risques liés à l’éloignement des soins médicaux. Pour autant, en cas de pépin, les marins ne seraient pas dépourvus. Le bateau bénéficie de la « dotation A », une dotation médicale se composant de matériels et de médicaments déterminés par le type de navigation pratiquée, le nombre et la fonction des personnes à bord… La lettre « A » signifie que la goélette bénéficie d’une pharmacie très bien fournie et que les marins ont suivi des formations qui leur permettent d’établir un bilan vital, de suturer ou encore de perfuser en cas de besoin.

Mais au sujet de la sécurité, le mot d’ordre est limpide : « Interdit de se blesser à bord ! ». Nicolas Bin, Second, se charge de le répéter à chaque nouvel arrivant lors du briefing sécurité. « Chacun doit veiller à sa sécurité et celle de ses équipiers. » Il faut donc économiser le sommeil des Taranautes qui se relaient tous lors des quarts de nuit. « On essaie de faire en fonction des capacités de chacun, car il faut tenir dans le temps. Les équipiers doivent trouver leur propre rythme, entre heures de sommeil et travail. Faire attention au repos des équipiers c’est finalement un point important de la sécurité à bord », souligne le Capitaine.

 

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L’équipage a simulé un exercice d’homme à la mer © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Sommeil entrecoupé, travail soutenu et chaleur, une telle traversée est finalement assez éloignée de l’image que l’on peut s’en faire. Rappelons que Tara est un bateau polaire qui navigue actuellement en zone tropicale. Equipage et matériel sont comme les coraux, ils souffrent des températures trop élevées. Samuel Audrain précise : « Les instruments de navigation ne supporteraient pas les températures que les marins peuvent supporter de temps en temps ». La climatisation permet donc de maintenir une température raisonnable dans le PC Com ou le laboratoire sec où les instruments essentiels tournent 24h/24.

Pour Marion Lauters, marin-cuisinière, chaleur et gestion des stocks ne font pas bon ménage. Alors forcément sa « petite inquiétude, c’est le frais ». « A bord de Tara nous n’avons pas énormément de place dans les frigos. L’autre espace qui est un peu consacré à la cuisine, c’est la cale avant qui n’est pas isolée et varie en fonction des températures extérieures (plus de 30°C en ce moment). Et puis, il y a un groupe électrogène dans cette cale, j’ai donc négocié avec le Chef Mécanicien pour qu’on ne le fasse pas fonctionner. » Concernant le stock de nourriture en revanche, pas d’inquiétude ! La fée cuisinière connaît parfaitement les quantités consommées à bord : « Je multiplie ce qu’on mange par le nombre de semaines et de personnes. Le café c’est à peu près 250g par jour, comme pour le beurre. La farine, entre 800 g et 1Kg par jour… » Pour cette traversée, personnes ne manquera de quoique ce soit. Le risque serait plutôt le surpoids !

Etre autonome à bord de Tara sur une aussi longue durée nécessite donc plus que quelques régimes de bananes vertes, qu’un stock de conserves et des litres de gasoil. Une telle traversée requiert une bonne dose d’anticipation, une logistique millimétrée et une équipe compétente.

Noëlie Pansiot

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© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions
11/05/17

Chronique d’une escale taïwanaise

Il y a plus de 8 jours, Tara arrivait sous bonne escorte dans le port de Keelung, à Taïwan. Les …

Il y a plus de 8 jours, Tara arrivait sous bonne escorte dans le port de Keelung, à Taïwan. Les petits voiliers de l’Université Nationale Taïwan Ocean accueillaient les Taranautes avec beaucoup d’entrain, donnant le ton de toute l’escale. Et c’est au son de grands tambours que les marins amarraient le bateau pour une semaine, à seulement quelques pas du fameux marché aux poissons.

 

Voilier_Universite_credit_Noelie_Pansiot-2210154Les Taranautes escortés par les voiliers de l’Université Nationale Taïwan Océan © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Avec une trentaine de nœuds dans les voiles pendant 36h, la goélette n’a pas été longue à parcourir les 330 miles séparant l’île d’Okinawa, au Japon, à celle de Taïwan. Et à peine arrivée sur le quai, les Taranautes étaient conviés à une cérémonie d’accueil suivi d’un dîner. Une soirée pendant laquelle, l’équipe a pu explorer la diversité culinaire locale. Puis, jour après jour, l’escale s’est déroulée dans une bonne humeur certaine, grâce à une organisation millimétrée par l’Université Nationale Taïwan Ocean (NTOU) et les équipes de notre fidèle soutien agnès b. Taïwan : conférences scientifiques, visites publiques à bord, inauguration d’une belle exposition à Taipei…

La venue de Tara à Keelung est le résultat d’une fructueuse collaboration entre l’équipe à terre de Tara et le dynamique Président de NTOU, M. Ching-Fong Chang. Et le projet semble avoir trouvé un écho tout particulier : « Avec Tara, nous nourrissons les mêmes préoccupations. L’Océan est malade : réchauffement, pollution, surpêche… », expliquait M. Chang. « Nous sommes entourés par la mer, nous possédons 100 600 km de côte et 120 îles. L’océan est donc très important pour Taïwan, mais le gouvernement ne semble pas sensible au sujet. La venue de Tara à Keelung est une bonne chose pour l’éducation des enfants et du public. C’est un signe positif. »

 

Ceremonie_acceuil_Keelung_credit_Noelie_Pansiot-2200321Arrivée de Tara à Keelung dimanche 23 avril. © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions.

 

Comme à chaque escale, les visiteurs se sont relayés sur le pont, avec l’aide d’une efficace équipe de bénévoles traducteurs, présente tous les jours, de 9h à 18h, sous le soleil, comme sous la pluie. Visites après visites, les binômes Taranautes – Bénévoles ont raconté l’histoire du vaisseau scientifique… Chacun y est allé de son anecdote, a usé d’un trait d’humour et déployé des astuces personnelles pour maintenir l’attention de son auditoire.

Michel Flores, de l’Institut des Sciences Weizmann, misait sur la participation du public : « Savez-vous combien de personne peuvent tenir à bord du bateau ? ». Tandis que d’autres évoquaient une histoire d’amour qui finit mal entre corail et zooxanthelle, lors d’un épisode de blanchissement…  Entre chaque visite, les équipiers se sont activés pour fignoler les détails de la « grande traversée » qui les mènera de Taïwan à Fidji pendant le mois à venir. Après une réunion sur les protocoles « Océan et Aérosols », les scientifiques ont fini d’installer leurs instruments à bord. Tandis que les marins s’attelaient aux derniers préparatif du bateau. Marion Lauters, marin cuisinière, a pour sa part rempli les stocks de nourritures pendant les 3 derniers jours de l’escale, courant de magasins bio en supermarchés.

 

Nicolas_Bin_manoeuvre_credit_Noelie_Pansiot-photoshopNicolas Bin, Second, en pleine manœuvre.  © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Dimanche après-midi, après avoir largué les amarres, Nicolas Bin, faisait sonner la corne de brume, avant de jouer de sa voix. Plaçant ses deux mains cerclées autour de sa bouche, le second n’hésite jamais à faire vibrer ses cordes vocales pour reproduire le bruit du klaxon d’une vieille voiture, laissant ainsi entrevoir une certaine ressemblance avec le loup de Tex Avery. Un dernier signe de la main pour saluer les bénévoles et le public restés sur le quai. Dans un an, c’est promis, les mâts oranges de Tara seront à nouveau dans le port de Keelung. Merci à tous !

Zàijiàn ! (au revoir en mandarin)

 

Samuel_salue_voilier_Universite_credit_Noelie_Pansiot-2210160Samuel Audrain, Capitaine, salue les bénévoles. © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions.

 

Noëlie Pansiot

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© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions
06/05/17

Vidéo : Journal d’un artiste

A chaque expédition, la goélette Tara embarque plusieurs artistes en résidence, sélectionnés par un jury présidé par le comité agnès …

A chaque expédition, la goélette Tara embarque plusieurs artistes en résidence, sélectionnés par un jury présidé par le comité agnès b. Nicolas Floc’h, photographe, plasticien et enseignant à l’Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne vient de passer un mois à bord, entre le Japon et Taïwan. Il évoque ici son travail sur les habitats marins et nous fait part de son expérience à bord.

 

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

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© Nicolas Floc'h / Fondation Tara Expéditions
29/04/17

Vidéo : Récifs artificiels au Japon

A bord de Tara, une place est réservée aux artistes. 8 d’entre eux, – sélectionnés par un jury présidé par …

A bord de Tara, une place est réservée aux artistes. 8 d’entre eux, – sélectionnés par un jury présidé par agnès b., se relayent sur la goélette pendant ces deux années d’expédition à travers le Pacifique.

Nicolas Floc’h est le troisième artiste en résidence. Photographe et plasticien, ce Breton d’origine a embarqué au Japon pour plonger sur les récifs coralliens, aux côtés des scientifiques. A travers son travail, il développe un projet dédié à un autre type d’habitats sous-marins : les récifs artificiels, des structures conçues et immergées par l’Homme.

 

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© Nicolas Floc'h / Fondation Tara Expéditions
24/04/17

Sayonara Nippon ! Bye Bye Japan !

A bord, nous nous accordons tous à dire que « c’était un beau départ ! ». Après avoir sillonné les …

A bord, nous nous accordons tous à dire que « c’était un beau départ ! ». Après avoir sillonné les côtes du Japon pendant 2 mois, la goélette a finalement quitté Chatan au son des sanshins et des applaudissements. Un mois dédié à l’éducation et la sensibilisation, le second à la science. Deux mois durant lesquels nous avons accueilli près de 4500 visiteurs. 30 jours durant lesquels 16 personnes ont partagé travail scientifique et vie à bord.

Cette dernière matinée sur l’île d’Okinawa s’est révélée à l’image des escales Tara : dense et rythmée. A 7h30, un premier groupe d’équipiers avait rendez-vous au Service de l’Immigration pour officialiser leur sortie du territoire. Un rapide coup de tampon pour sceller une expérience difficile à résumer. Pendant ce temps-là, d’autres Taranautes bouclaient leurs valises après avoir effectué un dernier tour dans les entrailles de la baleine, à la recherche d’un objet avalé par l’animal. Une brosse à dent oubliée dans une salle de bain, un tee shirt resté sur le fil à linge en cale arrière …

 

Yuko_Kitano_credit_Francois_AuratYuko Kitano, taxonomiste et Taranaute. © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

A 9h, Yuko Kitano, chercheuse à l’Université de Miyazaki, guidait une dernière visite du bateau auprès de jeunes moussaillons d’à peine 4 ou 5 ans. Yuko est un peu devenue la mascotte de Tara au fil des dernières semaines. La trentaine, menue, de grands yeux expressifs, la jeune femme a déployé une énergie folle tout au long de cette mission. De retour de plongée, munie de son carnet de notes, Yuko prenait soin d’écrire les mots en français qu’elle retenait et répétait à la perfection. Un ou deux gros mots qui, pour chacun, symbolisent l’apprentissage d’une nouvelle langue. Et puis le fameux « c’est bon » qui clôturait chaque repas préparé par notre fée cuisinière, Marion Lauters.

 

Au_revoir_Sarah_Romac_Marion_Lauters_credit_Noelie_Pansiot-2200096Sarah Romac, Ingénieur à la Station Biologique de Roscoff et Marion Lauters, marin cuisinière, au moment du départ. © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

A 11h, Sarah Romac, Ingénieur, Natacha Roux, Doctorante et Maggy Nugues, Ecologue, ouvraient le bal des au revoirs et des embrassades. Pour sa quatrième mission à bord de Tara Pacific, Sarah est repartie avec un petit chapelet de bleus sur les jambes, résultat d’un travail d’échantillonnage à bord d’un bateau où il est aisé de se cogner sans s’en apercevoir. Elle s’est dite « ravie » de ce leg qui lui a encore permis d’apprendre sur des sujets qu’elle n’étudie pas à la Station Biologique de Roscoff. Pour Maggy Nugues, du CRIOBE, il s’agissait du deuxième embarquement. « D’un point de vue scientifique, ce leg était extrêmement riche. Et j’ai pris conscience de tout ce que nous avions fait en quelques semaines lorsque j’ai découvert les photographies sous-marines de l’artiste embarqué, Nicolas Floc’h. » Maggy poursuit : « Pendant ces 3 semaines et demi nous avons vécu loin des soucis de tous les jours. Nous étions proches de la nature, au contact des éléments. Ca ouvre à la méditation ! Nous sommes donc tous un peu tristes de partir… »

A 14h, heure officielle du départ, Sylvain Agostini s’est vu offrir le drapeau du Japon signé par tous les Taranautes, sur le quai, lors de la cérémonie de départ. Le coordinateur scientifique de cette mission aura été un élément central dans l’organisation de ce leg et a largement contribué au succès de cette mission, ne comptant pas ses heures de travail. Avant de quitter la goélette, son drapeau sous le bras, Sylvain a glissé un dernier mot à l’équipage pour résumer son expérience à bord de Tara : « scientifiquement intéressante et humainement exceptionnelle. »

 

15-Samuel_Audrain_et_Sylvain_Agostini_credit_Noelie_Pansiot-2200167Samuel Audrain, Capitaine offre le drapeau du Japon à Sylvain Agostini, coordinateur scientifique au Japon, © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Toute l’équipe de la Fondation Tara Expéditions, à terre comme en mer, souhaite remercier chaleureusement toutes les équipes agnès b., les équipes des universités, la NHK, notre agent maritime Yusuke Yoneyama, et bien d’autres encore pour leur formidable travail, leur soutien et leur accueil qui ont permis à Tara de passer 2 mois exceptionnels au Japon, à la rencontre du public, des scientifiques, des médias. Une nouvelle aventure en soi, et pour chacun, que nous renouvellerons en mai 2018. A l’année prochaine

 

Noëlie Pansiot

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© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions
16/04/17

Kikaijima, entre passé et présent

Arriver par la mer c’est appréhender un lieu autrement, prendre le temps de le découvrir. D’abord son relief, puis ses …

Arriver par la mer c’est appréhender un lieu autrement, prendre le temps de le découvrir. D’abord son relief, puis ses couleurs et enfin sa géologie. De loin, la petite île de Kikai ne dévoile pas tous ses atouts : des falaises calcaires, une surface plate, des champs de canne à sucre et un climat indiquant l’arrivée en zone tropicale… Pendant deux jours, les Taranautes ont eu le temps de l’observer à distance, au mouillage. 48h d’attente, avant de fouler son sol, ou plutôt ses débris de coraux. Le temps nécessaire aux scientifiques pour réaliser leurs ballets sub-aquatiques, répétant les mêmes gestes sur la scène du récif corallien.

 

At_sea_credit_Nicolas_FlochTara a quitté l’île principale japonaise, et met le cap vers Kikaijima  © Nicolas Floc’h / Fondation Tara Expéditions

 

En japonais, Kikaijima signifie « l’île du plaisir ». De quoi attiser la curiosité d’une équipe de marins ! Située entre l’est de la mer de Chine et le Pacifique, entre zone tempérée et zone tropicale, Kikaijima est pour le moins atypique. Chaque année, le plateau corallien qui constitue cette petite île s’élève un peu plus. Car sous les pieds de ses 7600 habitants, la tectonique des plaques opère discrètement.

Il y a 100 000 ans, Kikaijima était un récif corallien comme les autres : une colonie d’animaux bâtissant une oasis de biodiversité sous la surface. Puis, poussé par les forces telluriques* pendant des millénaires, le récif a atteint la surface et culmine à présent à 214 m au-dessus du niveau de la mer. Pas étonnant alors, que cette île isolée de l’archipel d’Amani attire l’attention des géologues. Sa vitesse d’élévation actuelle les impressionne : 2 mm par an. L’une des plus rapides au monde, avec l’île de la Barbade, dans les Caraïbes ou la Péninsule d’Huon, en Papouasie Nouvelle-Guinée.

Aujourd’hui, la vie à Kikaijima n’a rien à voir avec la frénésie des grandes villes nippones. Et pour les insulaires vivant sur ces 53 km2 de calcaire, les préoccupations quotidiennes sont probablement plus importantes que les originalités géologiques de l’île. En débarquant sur Kikai, on en perçoit vite la douceur de vivre. Un peu de pêche, un peu d’agriculture… Un seul grand supermarché, où était épinglée une affiche annonçant la venue de Tara. Et depuis seulement deux ans, un nouveau bâtiment domine le port de pêche : The Coral Reef Institute. Un lieu imaginé par Tsuyoshi Watanabe et Atsuko Yamazaki, que les Taranautes ont rencontrés sous le joli ficus de l’Institut, lors d’une soirée organisée en leur l’honneur.

 

Comité_accueil_credit_Noelie_Pansiot-2190107Chaleureux comité d’accueil à l’arrivée de Tara devant l’île de Kikaijima © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Tsuyoshi Watanabe est maître de conférence à l’Université d’Hokkaido et spécialiste en paléoclimat et géologie : « Après avoir voyagé autour du monde, nous avons réalisé que les gens d’ici ne savaient rien au sujet du corail. En général, les scientifiques visitent un lieu, collectent quelques échantillons, les rapportent dans leurs laboratoires. Nous avons donc décidé d’établir cet Institut afin de partager nos connaissances. A présent, les enfants de l’île connaissent le corail et ça nous rend fier. »

Il faut donc fouiller dans le passé, se pencher sur la géologie de l’île ou s’intéresser à sa géographie pour en comprendre toute sa singularité. « Ce plateau corallien a connu différentes périodes climatiques… », précise Tsuyoshi. « En l’étudiant, nous pouvons remonter dans le temps, pour mieux comprendre l’écosystème corallien passé, sa paléo biodiversité… Cela pourrait nous donner de précieuses informations sur le futur de notre environnement. Kikaijima se situe à une frontière entre passé et présent. C’est une île unique ! »

 

Noëlie Pansiot

 

Tellurique* : qui concerne la Terre.

 

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© Nicolas Floc'h / Fondation Tara Expéditions
15/04/17

Vidéo : Shikine, laboratoire de l’acidification de l’Océan

Etudié depuis les années 90, le concept d’acidification des océans est assez récent. Le CO2 dégagé par les activités humaines …

Etudié depuis les années 90, le concept d’acidification des océans est assez récent. Le CO2 dégagé par les activités humaines acidifie les océans et impacte la croissance des coraux comme celle des organismes calcifiés.

Aux abords de l’île de Shikine, au Japon, les scientifiques Taranautes ont pu plonger sur un site naturellement acidifié en raison des émissions sous-marines et volcaniques de CO2. Les données collectées devraient donc les aider à mieux comprendre ce qui se joue sous la surface.

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expeditions

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© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expeditions
02/04/17

Tsukiji, le plus grand marché aux poissons du monde

La mégalopole tokyoïte abrite le plus grand marché de poissons au monde, dans le quartier de Tsukiji, depuis 1935. Cinq …

La mégalopole tokyoïte abrite le plus grand marché de poissons au monde, dans le quartier de Tsukiji, depuis 1935.

Cinq jours sur sept, les professionnels de la filière se retrouvent sous de gigantesques halles pour acheter et revendre des tonnes de poissons et de fruits de mer pêchées à travers tous les océans. Le thon rouge est vendu à prix d’or à la criée matinale, où seuls quelques touristes sont les bienvenus, sans appareil photo.

Kazuki Miyaji, se rend au marché de Tsukiji toutes les semaines, pour le plaisir. Ce passionné de poisson, nous conduit à travers les étales d’un lieu fascinant, qui interpelle sur les quantités de poissons prélevés à l’échelle mondiale. Suivez le guide…

© Noelie Pansiot / Fondation Tara Expéditions
30/03/17

Un laboratoire naturel nippon

Le leg scientifique japonais a débuté depuis peu. La goélette longera la côte nippone vers le sud, en quête d’indices …

Le leg scientifique japonais a débuté depuis peu. La goélette longera la côte nippone vers le sud, en quête d’indices sur l’état de santé des coraux. Au sud de la Baie de Tokyo, chaque site étudié réunit les caractéristiques de l’Océan de demain. Les scientifiques vont y étudier parallèlement les effets des changements de températures et l’augmentation de l’acidité (pH) de l’eau sur les écosystèmes marins.

Sous la surface, le concept de « changement climatique » prend tout son sens. Ce grand bouleversement impacte les coraux de manière extrêmement visible. Les deux paramètres qui impactent aujourd’hui particulièrement la santé du corail sont le réchauffement et l’acidification de l’océan.

 

 

Tara_a_Shikine_credit_Francois_Aurat-0009Tara à Shikine pour étudier les effets de l’acidification sur le corail. © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Réchauffement et blanchissement
Pour comprendre ce qui se joue ici, il faut expliquer ce qu’est le corail… cet animal qui, de loin, ressemble à un caillou. Rapprochons-nous pour l’observer à la loupe. Le corail est un animal à part, une sorte de petite méduse inversée, appelé « polype », qui bâtit son squelette à l’extérieur de son organisme. Sa particularité réside aussi dans le fait qu’il ne parvient pas à se nourrir tout seul. Le corail a besoin d’une micro-algue pour puiser son énergie : la zooxanthelle. En utilisant la photosynthèse*, cette algue lui apporte les nutriments nécessaires à sa survie. Les scientifiques parlent de « symbiose » pour évoquer cette collaboration entre algue et corail.

Mais leur mariage est fragile. Une hausse de température de l’océan, de seulement 1°C, peut entraîner la mort d’un récif en quelques jours. Stressés par la chaleur, coraux et algues signent leur divorce. Les coraux perdent leurs micro-algues. A moins que ce ne soit les coraux qui chassent les algues. Les chercheurs s’interrogent encore sur ce processus. Privés d’algues et donc de nutriments, les coraux blanchissent et dépérissent. On parle alors de « blanchissement ».

 

_15A3862Shikine, -7 mètres. © Nicolas Floch / Fondation Tara Expéditions

 

CO2 et acidification
L’acidification représente l’autre menace majeure. Il s’agit d’un concept assez récent, puisque les premières recherches sur le sujet datent seulement des années 90. Le CO2 dégagé par les activités humaines acidifie les océans et impact la croissance des coraux. La santé des récifs s’avère menacée.

Sylvain Agostini, coordinateur scientifique au Japon, explique : « Il existe seulement quelques sites comme celui de Shikine au Japon, comme en Italie ou en Papouasie Nouvelle Guinée. Le site de Shikine  se situe sur une zone volcanique. Le magma qui brûle sous la croute terrestre dégage du CO2 et forme des bulles qui s’échappent des fonds marins. La zone est donc naturellement acidifiée ! En général, les scientifiques travaillent sur la question de l’acidification en aquarium sur seulement quelques espèces. A Shikine, c’est tout l’écosystème qui est baigné dans cette eau acidifiée depuis plusieurs générations. »

En plongeant dans les eaux fraîches de Shikine, les Taranautes effectueront un bond dans le temps. L’acidification du site choisi est telle, qu’elle correspond aux estimations prévues en 2100. Pour les chercheurs embarqués, cette zone à fort potentiel scientifique constitue un véritable laboratoire naturel sous-marin.

 

_15A3278Maggy Nugues effectue le transect corail-algue. © Nicolas Floch / Fondation Tara Expéditions 

Noëlie Pansiot

Photosynthèse* : processus bioénergétique qui permet aux plantes et aux algues de synthétiser de la matière organique en utilisant la lumière du soleil.

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© Pete West / BioQuest Studios / Fondation Tara Expéditions
28/03/17

Takeshi Kitano, Ambassadeur de Tara.

Au Japon, Tara ouvre un nouveau chapitre. Le projet rayonne aujourd’hui en dehors des frontières françaises et est reconnu d’utilité …

Au Japon, Tara ouvre un nouveau chapitre.
Le projet rayonne aujourd’hui en dehors des frontières françaises et est reconnu d’utilité publique. Rien n’aurait été possible sans le soutien des amis et partenaires de Tara : agnès b., Fondation Véolia, Fondation Prince Albert II de Monaco et bien d’autres.

Dans l’archipel nippon, la goélette est parrainée par une personnalité incontournable : Monsieur Takeshi Kitano, cinéaste et acteur d’envergure. Très jeune, il découvre Cousteau et commence à se passionner pour l’océan. Ambassadeur de Tara au Japon depuis plus de 2 ans, il a pu enfin découvrir la goélette à l’occasion de sa première venue dans l’archipel. Visite en images.

 

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© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

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