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18/09/17

Îles Chesterfield : un joyau intact de biodiversité

La mission de Tara sur les îles Chesterfield se termine. Avant de rejoindre Nouméa et le lagon calédonien d’ici le …

La mission de Tara sur les îles Chesterfield se termine. Avant de rejoindre Nouméa et le lagon calédonien d’ici le 20 septembre prochain, nous profitons encore de ces derniers instants privilégiés loin de toute civilisation pour prendre encore le pouls de la biodiversité exceptionnelle de cet archipel calédonien. Trois spots ont été explorés par l’équipe de Tara Pacific et le premier bilan est extrêmement positif.

 

Que ce soit à terre, ou sous la surface de ces eaux cristallines, Christian Voolstra (KAUST), notre coordinateur scientifique et toute son équipe sont formels : « Nous sommes ici en présence d’un sanctuaire. Ici, nous n’avons constaté aucun événement de blanchissement en cours ou passé. Cet écosystème corallien est en très bonne santé comme à son premier jour. C’est extrêmement rare aujourd’hui, c’est peut-être la première fois d’ailleurs que je vois ça. Les îles Chesterfield sont une source d’espoir pour l’avenir. Nous sommes pourtant sous la même latitude que les récifs de la Grande barrière de corail ou de la Nouvelle Calédonie qui sont, eux, meurtris. Nous avons hâte de comprendre pourquoi cet écosystème va si bien ».

 

8 photo 2_tortue Chester crepuscule_Francois AuratFrançois Aurat / Fondation Tara Expéditions

Un programme complet réalisé

Nos biologistes-plongeurs n’ont encore pas économisé leur peine pour ramener tous les échantillons nécessaires pour caractériser cette nouvelle île de recherche, dans la sémantique scientifique de l’expédition. Toutes les plongées prévues ont été réalisées, y compris la biodiversité, le carottage qui s’est révélé très compliqué. La mèche de la foreuse est restée bloquée plusieurs heures dans le corail et, au terme de cinq plongées supplémentaires, elle a finalement été récupérée, non sans mal.

 

Une biodiversité exemplaire

Pendant toutes ces plongées de multiples espèces de coraux ont encore été aperçues avec des couleurs et des formes de toutes factures. Côté faune sous-marine, des thons, des bonites, des mérous, des balistes, des poissons perroquets, des maninis ou poissons-chirurgiens et des requins de récif pointe noire ont été aperçus et aussi, chez ces prédateurs, des espèces comme les requins Silver tip d’une envergure de trois mètres.

 

photo 16_variete oiseaux ile longue Chestefield
Variété d’oiseaux sur l’Île Longue des Chesterfield – François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

À terre, nous aurons pu observer des quantités d’oiseaux marins tels que les fous, les sternes, les shearwaters *, les frégates à jabot rouge. Pour toutes ces espèces, les petits venaient à peine de naître et luttaient déjà pour survivre. Sur la plage de l’île longue nous avons pu approcher des tortues vertes, en pleine période de reproduction, dont on a dénombré jusqu’à trente spécimens adultes.

 

Un joyau calédonien

Les îles Chesterfield, réserve du parc Marin de la mer de corail, sont donc un joyau dont la France doit absolument prendre soin, car elles ont déjà valeur de sanctuaire dans cette région du Pacifique et, surtout, dans ce contexte de hausse durable des températures. Concernant la bonne santé des Chesterfield, la biologiste Claudia Pogoreutz (KAUST) avance une hypothèse : les causes sont peut-être à chercher du côté des oiseaux et de leur guano** que l’on sent bien avant de débarquer sur ces îles.

 

Les quinze taranautes du bord garderons en tout cas un souvenir inoubliable de cette courte semaine passée dans cet archipel que l’anthropocène semble avoir, à part quelques macro- déchets plastiques, encore épargné.

Vincent Hilaire

 

* perdrix endémiques de cette région du Pacifique

** fientes des oiseaux marins

*** Époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre.

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© Francois Aurat / Fondation Tara Expéditions
13/09/17

Au mouillage dans les eaux turquoises des îles Chesterfield

Ce lundi 11 septembre à 8h30 locales, les moteurs de Tara ont été stoppés. La traversée depuis la Grande Barrière …

Ce lundi 11 septembre à 8h30 locales, les moteurs de Tara ont été stoppés. La traversée depuis la Grande Barrière de Corail, environ 500 milles nautiques (plus de 900 km), fut éprouvante. Dans cette route vers l’est, le vent aura toujours été face à nous. Une fois l’ancre bien crochetée dans ces fonds de sable à une dizaine de mètres de profondeur, l’équipe science déjà équipée, n’a pas perdu une seconde pour se mettre à l’eau. Trois spots sont à prospecter d’ici vendredi au plus tard, dans cet archipel français inhabité situé à 550 kilomètres au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie.

 

Au petit jour, la vue de l’île Reynard était un plaisir et un soulagement, l’espoir d’un peu de calme. Les quatre derniers jours aucun d’entre nous n’avait vraiment dormi une nuit complète, sans compter les quarts. « On dirait Clipperton » me disait François Aurat, notre officier de pont dont on vient de fêter l’anniversaire. Une nuée d’oiseaux, fous de bassan, frégates volaient au-dessus de cette touffe verte surgie de l’océan Pacifique. L’anémomètre indiquait toujours des vents à 20 nœuds (37 km/h).

 

4- photo 22_Arrivee l'ile Reynard_Vincent Hilaire copieDécouverte de l’Îlot Reynard, dans le lagon des Îles Chesterfield. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Mouillage difficile

Une première tentative de mouillage devant cet îlot était tentée, mais, en prudent capitaine, Simon Rigal laissait les deux moteurs de la goélette au point mort. Le récif autour de l’île ne protégeait pas assez Tara qui roulait d’un bord à l’autre, hypothéquant toute manœuvre de mise à l’eau des pneumatiques.

L’ancre fut donc relevée et le cap mis, plus au sud, sur une autre partie de cet immense récif des Chesterfield. Pour donner une idée, cet archipel mesure 120 km de long pour 70 km de large et il est composé de 11 îlots entrecoupés de nombreuses barrières de corail.

 

De la mer de Corail à Chesterfield

Ce groupe d’îles doit son nom au navire d’un capitaine anglais, Matthew Boyd, qui explora la mer de Corail dans les années 1790 et faillit y faire naufrage le 2 juin 1793.

Fréquenté surtout ensuite par les baleiniers, l’archipel est devenu français le 15 juin 1878, lors de sa prise de possession par le lieutenant de vaisseau Louis Adolphe Guyon. Le but était principalement d’en exploiter le guano. Apparemment, les îles furent abandonnées jusqu’à ce que le commandant Arzur, dans le vaisseau de guerre français Dumont d’Urville, inspecte les récifs Chesterfield et y érige une plaque en 1939.

 

6- photo 6_lever de soleil Ile Reynard_Vincent Hilaire copieLever de soleil sur l’îlot Reynard. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Des îles françaises bien méconnues

Les récifs de Chesterfield font maintenant partie du territoire de la Nouvelle-Calédonie et depuis 2014 du Parc Marin de la mer de Corail, la plus vaste aire marine protégée française.

Le lagon de Chesterfield couvre une superficie d’environ 3500 km2. Une barrière de corail entoure le lagon, interrompue par de larges passes, sauf sur son côté est. La majeure partie de la lagune est exposée aux alizés et à la houle océanique du sud-est. Elle est relativement profonde avec une bathymétrie* moyenne de 51 m.

 
P2250982© François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 
Isolées, les Chesterfield sont réputées pour offrir une biodiversité sous-marine exceptionnelle. De nombreuses tortues vertes viennent y pondre toute l’année, les requins y sont nombreux d’autant qu’en dehors de la barrière, les fonds atteignent assez rapidement plusieurs centaines de mètres.

C’est dans ces eaux riches que, depuis ce matin, l’équipe science de Tara Pacific poursuit sa mission d’échantillonnage.

 

Vincent Hilaire

 

* La bathymétrie est la science de la mesure des profondeurs et du relief de l’océan pour déterminer la topographie du sol de la mer.

© Nicolas de la Brosse - Fondation Tara Expéditions
01/09/17

Vidéo : Heron Island, le paradis des baleines

Heron Island et l’ensemble du sud de la Grande Barrière de corail sont des lieux privilégiés pour la reproduction des …

Heron Island et l’ensemble du sud de la Grande Barrière de corail sont des lieux privilégiés pour la reproduction des baleines à bosses.

Pendant notre séjour dans l’aire marine protégée des Capricornia Cays National Park, nous avons pu rencontrer à plusieurs reprises des mères et leurs baleineaux de quelques mois.

Des moments d’une infinie poésie capturées par deux des marins du bord, François Aurat et Nicolas de la Brosse.

© Fondation Tara Expéditions

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© François Aurat / Fondation Tara Expéditions
31/08/17

Tara au mouillage devant Heron Island

Ce mercredi 30 août à 7h00 locales, Tara est arrivée à Heron Island. Ce confetti vert posé sur un camaïeu …

Ce mercredi 30 août à 7h00 locales, Tara est arrivée à Heron Island. Ce confetti vert posé sur un camaïeu de bleus, à deux heures de la côte est de l’Australie, a toutes les allures d’un paradis sur terre. Une centaine de personnes vivent en permanence sur cet îlot d’à peine 16 hectares, dont une dizaine en activité dans le Heron Island Research Station *. Pour les taranautes, Heron signifie aussi le redémarrage de l’étude des écosystèmes coralliens, avec des échantillons de coraux, de poissons, d’eau de mer et d’air. Cette expédition Tara Pacific qui vient d’entrer dans sa deuxième année, est une fantastique machinerie qui permettra de recueillir des quantités de données impressionnantes.

 

3-photo 1_arrivee Heron_ Francois AuratArrivée à Heron Island, Tara vue du ciel. © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Le jour se levait à peine que le pont de Tara s’agitait déjà. Il y avait Simon Rigal, notre capitaine et Jonathan Lancelot, l’homme de quart à cette heure. François Aurat préparait son drone mais ne savait pas encore qu’il allait saisir quelques minutes plus tard ces images extraordinaires d’une baleine à bosse et de son baleineau.

Le soleil diffusait une lumière orangée, rasante. Heron sortait tout doucement de l’horizon, une oasis au milieu de nulle part.

 

1-photo 9_sur la route d'Heron_ Vincent HilaireCoucher de soleil sur la route d’Heron Island. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Attentif à la progression de la goélette dans ces derniers miles, Simon pensait déjà à son mouillage pour permettre à nos biologistes-plongeurs d’être au plus près de Tara pendant leurs travaux sous-marins.

C’est alors que François, réfugié dans le wet lab ** pour piloter son drone à l’ombre, m’appelait : « Regarde Vincent, regarde ! ». Dans l’écran de retour soutenu par une sangle autour du cou de François, une baleine et son baleineau se prélassaient dans la passe entre Heron et le récif Wistari, fouettant de temps en temps l’eau calme de leurs nageoires caudales. Un réveil tout en douceur pour ce tandem sûrement récent. Heron est connue pour être une nurserie appréciée par ces mammifères marins qui viennent ici mettre bas.

 

6-photo 6_arrivee Heron_ baleines_Francois AuratUne baleine à bosses et son baleineau dans la passe entre Heron et le récif Wistari. © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Tara au mouillage, les voiles affalées, pas de répit sur le pont. Emmenés par le chef des opérations hyperbares Jonathan Lancelot, nos biologistes-plongeurs, Christian Voolstra (KAUST), Claudia Pogoreutz (KAUST), Benjamin C. C. Hume (KAUST) et Ryan McMinds (Oregon State University) préparaient leurs équipements pour des premiers repérages autour du récif.

Cet après-midi, les quatre scientifiques sont à l’eau pour réaliser des échantillonnages de biodiversité à deux profondeurs différentes, les pêcheurs de poissons chassent les espèces caractéristiques.

De son côté, un peu plus loin autour du récif, Jonathan Lancelot réalise le carottage d’un porites. Ces coraux tout en épaisseur permettent, comme les arbres, de remonter le temps et donc de comprendre les évolutions climatiques sous la surface de l’eau, dans un écosystème donné.

 

13-photo 44_experiences corail centre de recherche_Vincent HilaireLes premiers échantillons de corail de cette deuxième année d’expédition. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Heron Island est un spot de biodiversité exceptionnel avec 900 espèces de poissons et près de 72% des espèces de coraux présentes dans toute la Grande Barrière. Alors que le troisième épisode de blanchissement mondial vient de s’achever mettant à mal la moitié de la barrière australienne, Heron semble, selon les chercheurs du centre, résister à cette situation puisque le corail est ici, pour l’instant, en bonne santé.

 

Vincent Hilaire

 

*Centre de recherche sur le corail de l’université du Queensland

** Laboratoire humide

© Vincent Hilaire / Tara Expéditions Fondation
30/08/17

[Vidéo] Manly Beach : l’Océan à Sydney

L’Australie est la plus grande île peuplée du monde. Le rapport des australiens à l’océan est donc particulier, il fait …

L’Australie est la plus grande île peuplée du monde. Le rapport des australiens à l’océan est donc particulier, il fait partie de leur culture.

Surf, beach-volley, voile, plongée, marche etc. Beaucoup d’australiens vivent pleinement ce que leur offre la mer.

Comment évoquent-ils leur relation avec cet élément au quotidien ? Que leur apporte-t-il ? Comment voient-ils les dangers qui menacent son équilibre ?

 

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expeditions

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions
25/08/17

Cap sur la Grande Barrière de Corail

Ce jeudi matin à 10 heures locales, Tara a repris sa route cap au nord-est après avoir parcouru en sens …

Ce jeudi matin à 10 heures locales, Tara a repris sa route cap au nord-est après avoir parcouru en sens inverse cette magnifique Baie de Sydney. Les conditions étaient encore optimales : soleil, ciel bleu, avec en plus, dès la sortie du goulet, un vent portant de sud établi à 25 nœuds. Il nous faudra environ quatre jours pour rallier un premier spot au sud de la Grande Barrière de Corail : la magnifique île de Heron Island. Un confetti vert sur un océan de nuances de bleus.

 

Après avoir quitté le quai de l’Australian Maritime Museum en marche arrière, Simon Rigal notre capitaine, a relancé les deux moteurs de Tara vers l’avant, vers de nouvelles aventures. Les sept nouveaux arrivants, principalement des scientifiques, ont pu goûter au privilège de traverser à bord de la goélette l’une des plus belles baies naturelles au monde. Pour certains, nous quittions un peu à regrets Sydney tant cette ville est paisible et agréable.

 

1-credit clementine moulinTara manœuvre pour sortir du Darling Harbour à Sydney après une escale d’une semaine. © Clémentine Moulin / Fondation Tara Expéditions

 

Mais ce qui nous attend devant l’étrave, en dehors de la carte postale, est l’un des clous de cette deuxième année de Tara Pacific : the Great Barrier Reef *. La plus grande structure corallienne de la planète construite par ce surprenant animal, le polype. Ce qu’il a fait là, lui qui a une taille variant d’un millimètre à peine à trente centimètres au maximum, est visible depuis l’espace. Le polype, un architecte-constructeur ? Un pléonasme !

 

À la faveur de ces vents portants, ce qui contrastait avec la précédente navigation face à la mer, les marins n’ont pas tardé à hisser les voiles de Tara et dérouler le foc yankee. Quelques heures après avoir quitté Sydney nous marchons à un peu plus de sept nœuds en moyenne, très confortablement.

 

Nous devrions être en vue de Heron Island lundi prochain, six cent miles nautiques soit environ 1000 km plus au nord. D’ici là, nous ferons du cabotage en arrondissant notre route vers la gauche, vers l’ouest, jusqu’à destination : Newcastle, Port Macquarie et la Gold Coast avant de laisser à bâbord l’île Frazer. Nous ne voyons déjà plus la côte, mais elle n’est pourtant pas bien loin comme en attestent les cartes marines.

 

10-photo 15_Fanche parle aux dauphins_Vincent Hilaire© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Tout à l’heure, après que les voiles furent réglées, un banc de quatre grands dauphins est venu nous saluer à l’étrave, nous offrant quelques sauts et pirouettes dont ils ont le secret.

Les premiers quarts ont commencé. Nous nous installons à nouveau, en douceur cette fois, dans ce rythme si particulier que nous impose la mer.

 

Vincent Hilaire

*La Grande Barrière de corail

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions
22/08/17

Vidéo : Navigation de Whangarei à Sydney

Cette deuxième année de l’expédition Tara Pacific a débuté par une navigation de presque 2500 kilomètres entre la Nouvelle-Zélande et …

Cette deuxième année de l’expédition Tara Pacific a débuté par une navigation de presque 2500 kilomètres entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Dès les premiers miles nautiques, les Taranautes ont trouvé un vent et une mer de face et cela n’a plus changé jusqu’à Sydney.

La fin de l’hiver austral offre souvent des conditions de ce type, avec des dépressions d’ouest à répétition. Tara n’aura pas échappé à la règle.

Au terme d’une navigation éprouvante, il aura fallu un peu plus d’une semaine à la goélette pour rallier le calme de Darling Harbour et le quai de l’Australian Maritime Museum.

 

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expeditions

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© François Aurat / Fondation Tara Expéditions
21/08/17

Charlène ou « L’école de la ténacité »

Quelques notes d’accordéon s’échappent de sa cabine à l’avant de Tara. Ce moment, comme beaucoup d’autres, Charlène Gicquel le savoure …

Quelques notes d’accordéon s’échappent de sa cabine à l’avant de Tara. Ce moment, comme beaucoup d’autres, Charlène Gicquel le savoure particulièrement. Cette capitaine de marine marchande bientôt âgée de 33 ans attendait avec appétit ces premiers miles à bord de la goélette. Depuis plus de treize ans pour être exact.

 

Charlène, c’est ton premier contrat à bord de Tara en tant que chef mécanicien. Tu seras en doublure de Daniel Cron jusqu’à Sydney et après ce sera le grand saut (sourires). Dans quel état d’esprit es-tu en ce moment ?

Il y a un peu d’anxiété puisque je ne connais pas encore le bateau en exploitation, en conduite, même si j’ai participé au chantier à Whangarei. Je suis contente d’embarquer avec Simon Rigal comme capitaine puisqu’il est aussi chef mécanicien sur les « Abeilles »*. Ça me permettra d’échanger avec lui au début en cas de panne et d’éviter de faire une connerie.

Je pensais plutôt être officier de pont mais finalement j’aimerais bien m’inscrire dans la durée en machine sur Tara. Cela demande tellement d’énergie et d’investissement au départ que c’est intéressant de persévérer dans cette fonction. Le challenge est donc en cours et je veux d’abord finir au mieux ce premier contrat.

Pour venir ici, au bout de toutes ces années d’attente et d’espoir, j’ai démissionné du voilier le Ponant où j’étais second capitaine.

Vous comprenez mieux comment ce bateau m’a tapé dans l’œil un jour à Marseille (rires) ! Depuis, c’était devenu une obsession d’avoir ma place à bord.

 

1-Photo-1_Auquartdenuit_Vincent-Hilaire-Fondation-Tara-ExpeditionsCharlène Gicquel, cheffe mécanicien, surveille Tara dans son quart de nuit. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Rien ne te prédestinait particulièrement à ces métiers maritimes. Il n’y avait aucun atavisme familial. Ton poste aujourd’hui, tu as été le chercher patiemment de tes premiers stages de voile à la marine marchande, en passant par des expériences alternatives ?

Oui, c’est un long parcours. À douze ans, comme beaucoup d’ados, je commence mes premiers stages de voile en Bretagne, à Cancale. Mon père a grandi à Vannes, mais sa famille ne naviguait pas.

Et puis, l’été de mes quinze ans, je découvre le catamaran avec lequel je fais le plein de sensations. À l’issu de ce stage, le moniteur m’avait dit : « Si tu veux l’année prochaine, tu peux bosser avec moi comme aide monitrice. »

Tout cela a donc cheminé logiquement jusqu’à un monitorat de voile à dix-huit ans. J’ai alors participé à mes premières croisières et l’idée a germé progressivement que « faire sa vie avec un métier en lien avec la mer, ça pourrait être bien ! ».

Je pensais alors à la construction navale ou l’océanographie. Une copine m’a parlé de la marine marchande et là il y a eu un tilt ! J’ai présenté le concours en Terminale sans me faire trop d’illusions et ça a marché. Je suis partie pour intégrer l’Hydro à Marseille, en 2003.

Un an plus tard, Tara faisait escale à Marseille, dans le Vieux-Port. C’est la première fois que je la voyais. J’ai commencé à postuler une première fois, en espérant qu’un jour j’en serai.

 

photo 5_Charlene Gicquel-resize© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Pendant tes années de marine marchande, tu découvres les porte-conteneurs, les pétroliers mais tu continues à postuler pour rejoindre la goélette notamment pour la dérive arctique ?

Oui, Tara c’est clairement une fixette (rires) ! J’apprenais sur les navires de commerce, mais je cherchais autre chose. Un jour Simon Rigal, que je connaissais déjà m’a parlé des bateaux du Père Jaouen, le Bel Espoir et le Rara Avis. Ces embarquements ont changé ma vie et là je me suis dit : « C’est comme ça que j’ai envie de vivre mon métier ». Ces nouvelles navigations m’ont ouvert des horizons hallucinants.

Les équipiers à bord de ces bateaux avaient des bagages très différents, on partait tous de zéro quel que soit notre parcours avant. Cela permettait à tout le monde de s’enrichir, de partager les connaissances, de progresser, c’était très stimulant.

Après cette année 2006-2007 génial, j’ai commencé à avoir des propositions pour des navigations en milieu polaire, en Norvège et au Spitzberg. C’est comme ça que j’ai postulé et me suis envolée ensuite pour un hivernage sur la base Dumont d’Urville en Antarctique en 2009 comme second mécanicien, volontaire civile à l’aide technique.

 

Là, tu fais quand même des infidélités à Tara !

Oui et j’ai continué à mon retour de l’Antarctique puisque je suis partie un peu plus tard en 2010-2011 sur le Belem pour deux saisons complètes, tout en finalisant ensuite ma cinquième année de marine marchande. En 2012, j’ai postulé alors pour l’expédition Tara Oceans, mais il n’y avait pas encore de place pour moi. Mais, j’ai compris cette fois qu’avec mes diplômes et mon expérience, ça devenait désormais possible.

J’ai embarqué ensuite une première fois sur le Ponant avant d’enchainer une année complète sur l’Hermione.

Et là il y a quelques mois au printemps 2017, Simon, encore lui, m’a rappelé pendant mes congés alors que j’étais de retour sur le Ponant pour me dire que Tara Expéditions recherchait un mécano, et me voilà, treize ans plus tard !

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire

 

* Les Abeilles sont des navires de remorquage et de sauvetage

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions
18/08/17

Tara amarrée à Sydney

Après huit jours d’une navigation intense, nous avons atterri aujourd’hui à Sydney à 9h locales. Jusqu’au bout, il aura fallu …

Après huit jours d’une navigation intense, nous avons atterri aujourd’hui à Sydney à 9h locales. Jusqu’au bout, il aura fallu toute l’expérience du Capitaine Simon Rigal et de l’équipage pour savoir négocier correctement ces vents d’ouest oscillants de 15 à 50 nœuds, mais bien établis. Fourbus, les dix du bord savourent de toucher terre après ce bord de près de 1215 miles nautiques soit près de 2300 km. Une semaine d’escale se profile avec des rencontres avec la presse locale, des conférences scientifiques et des visites publiques.

 

DCIM100GOPROG0052920.Tara par 40 nœuds de vent. © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Vers six heures ce matin, avant le lever du soleil, les premières tours sont sorties timidement de l’horizon. Sydney se réveillait en douceur devant nos yeux, face à une mer apaisée, enfin. Lancée à plus de dix nœuds avec les deux moteurs, grand-voile et misaine arrisées, Tara se lançait dans le sprint final.

Après avoir joué au sous-marin et à saute-mouton une bonne partie du voyage depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande) cette arrivée bien méritée était à la hauteur de l’énergie mise par chacun, suivant ses possibilités, pour faire le job.

« Nous avons un peu tout connu dans cette navigation musclée » résumait Simon. « Il est vrai qu’en cette saison, les dépressions s’enchainent entre la côte est de l’Australie et la Nouvelle-Zélande, c’est comme en Atlantique Nord ».

En arrivant en début de matinée ce 17 août, nous en évitons d’ailleurs encore une autre très formée avec en moyenne des prévisions de vent d’ouest à 40 nœuds. Ouf !

 

10-photo 6_envoi des couleurs localesNicolas de la Brosse, second, hisse les couleurs locales. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Après cet épisode maritime, l’entrée de la baie de Sydney était donc un moment très attendu. Une arrivée par la mer dans l’une des plus belles baies du monde est toujours un cadeau. Avec François Aurat, nous jouions au jeu des souvenirs : « Tu te rappelles notre arrivée à Rio pendant Tara Oceans ? (sourires) et celle de New-York ? Ah oui, mais là on n’était pas ensemble ».

Après une dernière pointe laissée par tribord surmontée encore par un très joli phare blanc, le célèbre Opéra de Sydney s’est offert à nous dans un ciel azur baigné de soleil. Depuis le tender, le pneumatique sur lequel nous sommes avec Dominique Limbour, notre cuisinière et François, je shoote la traditionnelle photo d’arrivée avec une partie de l’équipage à l’avant. Ça me rappelle celle de New-York avec la statue de la liberté derrière Tara et Daniel Cron qui levait le bras comme la célèbre sculpture du français Auguste Bartholdi.

 

15-photo 27_Tara devantopera SydneyPassage de Tara devant le célèbre opéra de Sydney. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Une fois passés sous le Harbour Bridge, sorte de Brooklyn Bridge local avec deux drapeaux australiens au sommet, nous avons bifurqué à main gauche pour rejoindre le quai de l’Australian National Maritime Museum, à Darling Harbour. Clémentine Moulin, responsable de la logistique de Tara Expéditions, nous y attendait pour attraper les amarres et seconder Dominique.

Depuis, les formalités de douane ont été réalisées et les marins s’emploient à dessaler le pont, l’accastillage et les voiles. C’est un Tara en croute de sel qui nous a amené ici !

Dès demain, la presse est conviée à une conférence de présentation de Tara Pacific, en présence de Serge Planes, le directeur scientifique de l’expédition.

Et comme à chaque escale, des visites publiques puis scolaires sont aussi programmées samedi, dimanche et lundi.

Le 24 août prochain, nous quitterons Sydney pour mettre le cap sur Heron Island au sud de la grande barrière de corail. Puis, nous naviguerons vers l’est pour rallier les Iles Chesterfield et la Nouvelle-Calédonie.

Nous serons désormais quinze à bord avec une équipe scientifique à nouveau au grand complet.

 

Vincent Hilaire

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions
11/08/17

Simon Rigal, capitaine joker atout coeur

Plutôt habitué à embarquer depuis dix ans sur les remorqueurs de type Abeille, Simon est de retour à bord jusqu’en …

Plutôt habitué à embarquer depuis dix ans sur les remorqueurs de type Abeille, Simon est de retour à bord jusqu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une pige nécessaire pour la poursuite de l’expédition Tara Pacific puisque Martin Hertau, capitaine titulaire avec Samuel Audrain, est actuellement en formation à l’école de Marine Marchande de Nantes. Les premiers miles nautiques de Simon en tant que capitaine à la barre de la goélette remontent à fin août 2005. Il avait alors 27 ans et réalisait un rêve en conduisant une campagne ornithologique en Géorgie du Sud.

 

Simon tu reviens douze ans après tes premiers pas à bord de Tara, pourquoi ?

Quand Romain Troublé, le directeur de la Fondation Tara Expéditions, m’a appelé pour me proposer cet intérim, j’étais touché, ça m’a fait plaisir. Nous n’avions jamais perdu contact depuis la Géorgie, ils m’invitaient presque à toutes les occasions. Mais là c’était un sésame pour revenir à bord, en expédition. J’ai donc demandé et obtenu de la part de la direction des Abeilles, que je remercie au passage, un congé sans solde et me voilà. Revenir ici, ça me donne l’impression de boucler la boucle, c’est comme un pèlerinage, ça me fait du bien. Après la Géorgie du Sud, j’avais conduit Tara de Lorient à la mise en glace pour l’expédition Tara Arctic. Puis, je suis devenu papa. Alors j’ai l’impression en étant de nouveau à bord de retrouver des sensations. Des souvenirs refont surface et avec eux je renoue avec cette aventure maritime qu’on vit ici et que j’aime. Je suis aussi ravi de retrouver des gens, Daniel Cron, Nicolas de la Brosse, Charlène Gicquel, Samuel Audrain et Marion Lauters, que nous avons laissé en Nouvelle-Zélande. Je vois que tout le monde évolue bien, tout comme le projet. Et puis la Nouvelle-Zélande et l’Australie sont des coins que je ne connais pas.

 

4-retrouvailles - Charlene Gicquel - Fondation Tara Expeditions© Charlène Gicquel / Fondation Tara Expéditions

 

Oui, tu viens de reprendre la barre laissée il y a quatre jours par Samuel qui est aujourd’hui l’un des deux capitaines titulaires, mais vous vous connaissez tous les deux depuis longtemps, il était alors marin ?

Avec Samuel on s’est connu au début de l’année 2005, lors de l’expédition Clipperton conduite par Jean-Louis Étienne sur le Rara Avis, l’un des bateaux du Père Jaouen. Avant cette expé, alors que j’étais en 5ème année de marine marchande, on passe un jour à Camaret avec un autre bateau du père Jaouen. Tara était là et tout l’équipage en ciré jaune en train de boire un pot. J’étais avec Nicolas Quentin (futur chef mécanicien de Tara). On n’a pas osé leur parler, pourtant ce bateau nous faisait tellement rêver. Quelques temps ont passé et, après Clipperton, Sam avait été embarqué sur Tara ainsi que Nico Quentin. Ils m’ont dit que la fondation cherchait un skipper et j’ai reçu un premier coup de téléphone. Je me suis dit alors si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. C’est comme ça que mon histoire avec Tara a commencé.

 

6-photo 8_Simon Rigal, nouveau capitaine_Vincent Hilaire _ Fondation Tara Expeditions© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

C’était vraiment un pied à l’étrier puisqu’ensuite tu as enchainé plus d’un an d’embarquement avec Tara avec deux belles missions au programme ?

J’ai embarqué à Camaret à la fin du mois d’août 2005, quelques mois après Clipperton. Tara était en chantier de préparation pour une campagne dans le Grand Sud : Géorgie, Patagonie, Diego Ramirez etc. J’étais un jeune capitaine de 27 ans et je me retrouvais à la barre de ce bateau génial. Un jour alors que nous allions à l’Ile de Groix bien avant de partir pour le Cap Vert et la Géorgie, je me suis dit que quand on y croit très fort, des fois on peut y arriver. Avec Tara, j’avais en plus accès à tout ce que j’aime : un mélange d’aventure, de cultures, de science et d’art. La campagne en Géorgie a été passionnante. Nous étions avec le British Antarctic Survey pour des comptages de pétrels géants, albatros, otaries à fourrure. Il y avait aussi un glaciologue qui posait des capteurs pour constater l’avancée des glaciers en Antarctique. Nous avons mené ensuite une seconde campagne avec Sally Poncet, biologiste australienne spécialiste de l’Antarctique, et Ellen Mac Arthur.

 

Et déjà, alors que tu étais tout en bas, la préparation d’une autre campagne était en vue pour vous tout en haut du globe, la dérive arctique ?

Avec Tara, on ne s’ennuie jamais (rires) ! Oui, après ces deux campagnes dans le sud, il fallait d’abord ramener le bateau en France après un dernier stop dans les îles Diego Ramirez et donc passer ensuite le Cap Horn. Tara Arctic se profilait déjà avec un nouveau chantier de plusieurs mois pendant le printemps 2006. Et moi, j’en étais déjà à deux ans de navigation en continu dans le Pacifique (Clipperton), l’Antarctique, la Géorgie et bientôt l’Océan Glacial Arctique, avec l’Atlantique ! Tara Arctic était vraiment un projet exceptionnel. Romain m’a demandé de driver le bateau jusqu’à la banquise. Je n’ai pas voulu rester ensuite parce que j’étais fatigué de ces deux ans de circumnavigation. J’avais gardé en tête l’idée de revenir à bord pour le deuxième hivernage de l’expé et ramener après le bateau à Lorient. Mais, peu de temps après, je suis devenu papa et j’ai commencé dans la foulée ma carrière aux Abeilles.

 

Tara en Arctique au début du mois de septembre 2006© F. Latreille / Fondation Tara Expéditions

 

Dix ans ont passé, tu retrouves Tara aujourd’hui, comment se porte la goélette selon toi ?

Sur le plan technique, il a deux moteurs neufs et deux nouvelles hélices qu’on est en train de roder. On a aussi amélioré avec succès les échappements au récent chantier en Nouvelle- Zélande. Les voiles sont clean. Tara vieillit bien. C’est le fruit d’un gros, gros boulot des marins. Sur plan scientifique, tout a aussi beaucoup évolué dans le bon sens. Mais Tara reste Tara, avec ce look futuriste des années 90 (sourire). Il tape toujours autant face à la mer (rires) !  Un bateau né d’une idée folle mais qui suit son cours. Cette goélette est un projet à elle toute seule. Je tire mon chapeau à tous ceux qui ont donné tellement pour que l’aventure grandisse encore et encore, qu’elle ne s’arrête pas. La contrepartie c’est que Tara te fait grandir ensuite et Sam, marin il y a dix ans, capitaine aujourd’hui, en est le plus bel exemple.

 

L’actuel chef mécanicien de l’Abeille Languedoc n’a pas fini de butiner son plaisir jusqu’en Papouasie.

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire

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© Vincent Hilaire / Tara Expéditions Fondation

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