EN DIRECT DU BATEAU

18/08/17

Tara amarrée à Sydney

Après huit jours d’une navigation intense, nous avons atterri aujourd’hui à Sydney à 9h locales. Jusqu’au bout, il aura fallu …

Après huit jours d’une navigation intense, nous avons atterri aujourd’hui à Sydney à 9h locales. Jusqu’au bout, il aura fallu toute l’expérience du Capitaine Simon Rigal et de l’équipage pour savoir négocier correctement ces vents d’ouest oscillants de 15 à 50 nœuds, mais bien établis. Fourbus, les dix du bord savourent de toucher terre après ce bord de près de 1215 miles nautiques soit près de 2300 km. Une semaine d’escale se profile avec des rencontres avec la presse locale, des conférences scientifiques et des visites publiques.

 

DCIM100GOPROG0052920.Tara par 40 nœuds de vent. © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Vers six heures ce matin, avant le lever du soleil, les premières tours sont sorties timidement de l’horizon. Sydney se réveillait en douceur devant nos yeux, face à une mer apaisée, enfin. Lancée à plus de dix nœuds avec les deux moteurs, grand-voile et misaine arrisées, Tara se lançait dans le sprint final.

Après avoir joué au sous-marin et à saute-mouton une bonne partie du voyage depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande) cette arrivée bien méritée était à la hauteur de l’énergie mise par chacun, suivant ses possibilités, pour faire le job.

« Nous avons un peu tout connu dans cette navigation musclée » résumait Simon. « Il est vrai qu’en cette saison, les dépressions s’enchainent entre la côte est de l’Australie et la Nouvelle-Zélande, c’est comme en Atlantique Nord ».

En arrivant en début de matinée ce 17 août, nous en évitons d’ailleurs encore une autre très formée avec en moyenne des prévisions de vent d’ouest à 40 nœuds. Ouf !

 

10-photo 6_envoi des couleurs localesNicolas de la Brosse, second, hisse les couleurs locales. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Après cet épisode maritime, l’entrée de la baie de Sydney était donc un moment très attendu. Une arrivée par la mer dans l’une des plus belles baies du monde est toujours un cadeau. Avec François Aurat, nous jouions au jeu des souvenirs : « Tu te rappelles notre arrivée à Rio pendant Tara Oceans ? (sourires) et celle de New-York ? Ah oui, mais là on n’était pas ensemble ».

Après une dernière pointe laissée par tribord surmontée encore par un très joli phare blanc, le célèbre Opéra de Sydney s’est offert à nous dans un ciel azur baigné de soleil. Depuis le tender, le pneumatique sur lequel nous sommes avec Dominique Limbour, notre cuisinière et François, je shoote la traditionnelle photo d’arrivée avec une partie de l’équipage à l’avant. Ça me rappelle celle de New-York avec la statue de la liberté derrière Tara et Daniel Cron qui levait le bras comme la célèbre sculpture du français Auguste Bartholdi.

 

15-photo 27_Tara devantopera SydneyPassage de Tara devant le célèbre opéra de Sydney. © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Une fois passés sous le Harbour Bridge, sorte de Brooklyn Bridge local avec deux drapeaux australiens au sommet, nous avons bifurqué à main gauche pour rejoindre le quai de l’Australian National Maritime Museum, à Darling Harbour. Clémentine Moulin, responsable de la logistique de Tara Expéditions, nous y attendait pour attraper les amarres et seconder Dominique.

Depuis, les formalités de douane ont été réalisées et les marins s’emploient à dessaler le pont, l’accastillage et les voiles. C’est un Tara en croute de sel qui nous a amené ici !

Dès demain, la presse est conviée à une conférence de présentation de Tara Pacific, en présence de Serges Planes, le directeur scientifique de l’expédition.

Et comme à chaque escale, des visites publiques puis scolaires sont aussi programmées samedi, dimanche et lundi.

Le 24 août prochain, nous quitterons Sydney pour mettre le cap sur Heron Island au sud de la grande barrière de corail. Puis, nous naviguerons vers l’est pour rallier les Iles Chesterfield et la Nouvelle-Calédonie.

Nous serons désormais quinze à bord avec une équipe scientifique à nouveau au grand complet.

 

Vincent Hilaire

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions
11/08/17

Simon Rigal, capitaine joker atout coeur

Plutôt habitué à embarquer depuis dix ans sur les remorqueurs de type Abeille, Simon est de retour à bord jusqu’en …

Plutôt habitué à embarquer depuis dix ans sur les remorqueurs de type Abeille, Simon est de retour à bord jusqu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une pige nécessaire pour la poursuite de l’expédition Tara Pacific puisque Martin Hertau, capitaine titulaire avec Samuel Audrain, est actuellement en formation à l’école de Marine Marchande de Nantes. Les premiers miles nautiques de Simon en tant que capitaine à la barre de la goélette remontent à fin août 2005. Il avait alors 27 ans et réalisait un rêve en conduisant une campagne ornithologique en Géorgie du Sud.

 

Simon tu reviens douze ans après tes premiers pas à bord de Tara, pourquoi ?

Quand Romain Troublé, le directeur de la Fondation Tara Expéditions, m’a appelé pour me proposer cet intérim, j’étais touché, ça m’a fait plaisir. Nous n’avions jamais perdu contact depuis la Géorgie, ils m’invitaient presque à toutes les occasions. Mais là c’était un sésame pour revenir à bord, en expédition. J’ai donc demandé et obtenu de la part de la direction des Abeilles, que je remercie au passage, un congé sans solde et me voilà. Revenir ici, ça me donne l’impression de boucler la boucle, c’est comme un pèlerinage, ça me fait du bien. Après la Géorgie du Sud, j’avais conduit Tara de Lorient à la mise en glace pour l’expédition Tara Arctic. Puis, je suis devenu papa. Alors j’ai l’impression en étant de nouveau à bord de retrouver des sensations. Des souvenirs refont surface et avec eux je renoue avec cette aventure maritime qu’on vit ici et que j’aime. Je suis aussi ravi de retrouver des gens, Daniel Cron, Nicolas de la Brosse, Charlène Gicquel, Samuel Audrain et Marion Lauters, que nous avons laissé en Nouvelle-Zélande. Je vois que tout le monde évolue bien, tout comme le projet. Et puis la Nouvelle-Zélande et l’Australie sont des coins que je ne connais pas.

 

4-retrouvailles - Charlene Gicquel - Fondation Tara Expeditions© Charlène Gicquel / Fondation Tara Expéditions

 

Oui, tu viens de reprendre la barre laissée il y a quatre jours par Samuel qui est aujourd’hui l’un des deux capitaines titulaires, mais vous vous connaissez tous les deux depuis longtemps, il était alors marin ?

Avec Samuel on s’est connu au début de l’année 2005, lors de l’expédition Clipperton conduite par Jean-Louis Étienne sur le Rara Avis, l’un des bateaux du Père Jaouen. Avant cette expé, alors que j’étais en 5ème année de marine marchande, on passe un jour à Camaret avec un autre bateau du père Jaouen. Tara était là et tout l’équipage en ciré jaune en train de boire un pot. J’étais avec Nicolas Quentin (futur chef mécanicien de Tara). On n’a pas osé leur parler, pourtant ce bateau nous faisait tellement rêver. Quelques temps ont passé et, après Clipperton, Sam avait été embarqué sur Tara ainsi que Nico Quentin. Ils m’ont dit que la fondation cherchait un skipper et j’ai reçu un premier coup de téléphone. Je me suis dit alors si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. C’est comme ça que mon histoire avec Tara a commencé.

 

6-photo 8_Simon Rigal, nouveau capitaine_Vincent Hilaire _ Fondation Tara Expeditions© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

C’était vraiment un pied à l’étrier puisqu’ensuite tu as enchainé plus d’un an d’embarquement avec Tara avec deux belles missions au programme ?

J’ai embarqué à Camaret à la fin du mois d’août 2005, quelques mois après Clipperton. Tara était en chantier de préparation pour une campagne dans le Grand Sud : Géorgie, Patagonie, Diego Ramirez etc. J’étais un jeune capitaine de 27 ans et je me retrouvais à la barre de ce bateau génial. Un jour alors que nous allions à l’Ile de Groix bien avant de partir pour le Cap Vert et la Géorgie, je me suis dit que quand on y croit très fort, des fois on peut y arriver. Avec Tara, j’avais en plus accès à tout ce que j’aime : un mélange d’aventure, de cultures, de science et d’art. La campagne en Géorgie a été passionnante. Nous étions avec le British Antarctic Survey pour des comptages de pétrels géants, albatros, otaries à fourrure. Il y avait aussi un glaciologue qui posait des capteurs pour constater l’avancée des glaciers en Antarctique. Nous avons mené ensuite une seconde campagne avec Sally Poncet, biologiste australienne spécialiste de l’Antarctique, et Ellen Mac Arthur.

 

Et déjà, alors que tu étais tout en bas, la préparation d’une autre campagne était en vue pour vous tout en haut du globe, la dérive arctique ?

Avec Tara, on ne s’ennuie jamais (rires) ! Oui, après ces deux campagnes dans le sud, il fallait d’abord ramener le bateau en France après un dernier stop dans les îles Diego Ramirez et donc passer ensuite le Cap Horn. Tara Arctic se profilait déjà avec un nouveau chantier de plusieurs mois pendant le printemps 2006. Et moi, j’en étais déjà à deux ans de navigation en continu dans le Pacifique (Clipperton), l’Antarctique, la Géorgie et bientôt l’Océan Glacial Arctique, avec l’Atlantique ! Tara Arctic était vraiment un projet exceptionnel. Romain m’a demandé de driver le bateau jusqu’à la banquise. Je n’ai pas voulu rester ensuite parce que j’étais fatigué de ces deux ans de circumnavigation. J’avais gardé en tête l’idée de revenir à bord pour le deuxième hivernage de l’expé et ramener après le bateau à Lorient. Mais, peu de temps après, je suis devenu papa et j’ai commencé dans la foulée ma carrière aux Abeilles.

 

Tara en Arctique au début du mois de septembre 2006© F. Latreille / Fondation Tara Expéditions

 

Dix ans ont passé, tu retrouves Tara aujourd’hui, comment se porte la goélette selon toi ?

Sur le plan technique, il a deux moteurs neufs et deux nouvelles hélices qu’on est en train de roder. On a aussi amélioré avec succès les échappements au récent chantier en Nouvelle- Zélande. Les voiles sont clean. Tara vieillit bien. C’est le fruit d’un gros, gros boulot des marins. Sur plan scientifique, tout a aussi beaucoup évolué dans le bon sens. Mais Tara reste Tara, avec ce look futuriste des années 90 (sourire). Il tape toujours autant face à la mer (rires) !  Un bateau né d’une idée folle mais qui suit son cours. Cette goélette est un projet à elle toute seule. Je tire mon chapeau à tous ceux qui ont donné tellement pour que l’aventure grandisse encore et encore, qu’elle ne s’arrête pas. La contrepartie c’est que Tara te fait grandir ensuite et Sam, marin il y a dix ans, capitaine aujourd’hui, en est le plus bel exemple.

 

L’actuel chef mécanicien de l’Abeille Languedoc n’a pas fini de butiner son plaisir jusqu’en Papouasie.

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire

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© Vincent Hilaire / Tara Expéditions Fondation
10/08/17

Nouveau départ pour Tara : direction Sydney pour le début de la seconde année de Tara Pacific

Arrivée en Nouvelle-Zélande le 18 juin dernier, Tara vient d’appareiller ce mercredi pour sa deuxième année de l’expédition Tara Pacific, …

Arrivée en Nouvelle-Zélande le 18 juin dernier, Tara vient d’appareiller ce mercredi pour sa deuxième année de l’expédition Tara Pacific, consacrée au corail. Le chantier d’entretien annuel est donc achevé, et avec lui s’ouvre un nouveau chapitre de cette odyssée maritime. D’ici fin octobre, la goélette et ses scientifiques auront déjà réalisé des centaines de nouveaux échantillons de coraux dans les deux plus grandes structures construites par cet animal sur la planète, en Australie et en Nouvelle-Calédonie.

 

DCIM100MEDIADJI_0001.JPG© François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Après des pluies torrentielles depuis presque une journée, deux heures avant notre départ, le soleil a lentement repris du terrain dans le ciel pour nous offrir une fin d’après-midi exceptionnelle. Les paysages qui entourent Whangarei et sa rivière ressemblent en France à ceux de la Suisse normande ou du Limousin.

Avant la fin de la traditionnelle séance de clearance*, Simon Rigal, notre capitaine, ne boudait pas son plaisir lorsqu’il demanda à Charlène Gicquel, chef mécanicien en doublure jusqu’à Sydney, de mettre en route les deux moteurs. Voyant que tout était en bonne voie avec le douanier kiwi, Simon avait hâte de quitter Whangarei et réaliser la manœuvre de départ en profitant de cette belle embellie, au sec.

Samuel Audrain, capitaine sortant et Marion Lauters, cuisinière sortante ont joué les lamaneurs sur le quai et largué progressivement les amarres reprises sur le pont. Lentement, après une légère marche avant sur la dernière garde pour décoller de la terre ferme, Simon a embrayé en marche arrière jusqu’au bout du dock.

Saluée une dernière fois par Marion et Samuel, Tara a alors mis cap à l’est et un sillage s’est formé derrière la coque grise. Devant l’étrave, il y avait alors une quinzaine de kilomètres à parcourir de nuit désormais, pour quitter cette belle ria sinueuse et rejoindre la mer.

 

photo 14_Nicolas de la Brosse prepare les voiles_Vincent Hilaire - Fondation Tara Expeditions

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Moins de deux heures plus tard, les premiers signes de roulis indiquaient que nous avions quitté ce lit calme et abrité pour retrouver l’élément. Comme un dromadaire avance sur une mer de sable, face aux dunes, la goélette se lançait comme à son habitude dans un lancinant mouvement vers l’avant dont elle a le secret.

Nous naviguerons ainsi au moteur pendant presque une journée avant de rencontrer des conditions beaucoup plus musclées. Les fichiers météo annoncent des vents d’ouest à 30 nœuds ** pour les quelques jours à venir.

Cela veut dire que nous entamerons notre navigation vers Sydney face au vent et que les heures qui viennent risque d’être un peu pénible pour les dix qui sont à bord et n’auront pas d’autres choix que de s’amariner à la hâte. Pour stabiliser la goélette et réduire sa danse, les marins viennent de hisser la grand-voile et la misaine.

Nous sommes attendus à Sydney le 18 août, 1215 miles nautiques*** plus loin, accompagnés dans cette première nuit en mer par une quasi pleine-lune.

C’est la deuxième fois que la goélette se présentera à Darling Harbour. En mars 1990, Jean-Louis Étienne achevait sa Transantarctica avec six autres explorateurs, dans cette ville australienne.

 

Vincent Hilaire

 

* dédouanement

** 55 kilomètres/heure

*** 2250 kilomètres

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions
08/08/17

10 ans de passion, et pas un pop up !

Après plus de deux jours de voyage toujours vers l’ouest, je suis arrivé dimanche 6 août à Auckland (Nouvelle-Zélande). Les …

Après plus de deux jours de voyage toujours vers l’ouest, je suis arrivé dimanche 6 août à Auckland (Nouvelle-Zélande). Les deux heures de route pour Whangarei engloutis, comme à chaque fois dans tous les ports du monde où je l’ai retrouvée, Tara s’est manifestée en me montrant amicalement le haut de ses deux mâts orangés. Après une première bonne nuit, ma cinquième mission à bord commence. Je retrouve plein d’anciens frangins et frangines d’aventures comme on dit dans le milieu : Nicolas de la Brosse, second capitaine, François Aurat, officier de pont, Samuel Audrain, capitaine sortant, Marion Lauters, cuisinière sortante, Daniel Cron, chef mécanicien. Ma famille à la mer se reconstitue donc à nouveau pour trois mois et demi jusqu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Nous allons écrire ensemble une nouvelle page de ces dix ans d’expéditions et de passion que j’ai eu la chance de vivre, de l’Arctique à l’Antarctique.

 

retrouvailles - Charlene Gicquel - Fondation Tara Expeditions
Les retrouvailles avec l’équipage à Whangarei © Charlène Gicquel – Fondation Tara Expéditions

 

Tout avait bien commencé au départ de chez moi. Le chauffeur de taxi était à l’heure et nous n’avons pas tardé à rejoindre le terminal 2A de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. « La Nouvelle-Zélande, c’est pas la porte à côté ça ! » avait-il commenté avant que nous passions en revue quelques sujets de l’actualité française.

À huit heures et demie du matin, il y avait déjà une belle file d’attente pour l’enregistrement dans l’aérogare. Au bout d’une demi-heure, j’accédais à un comptoir. Routine classique de présentation des papiers pour ces trois vols qui allaient me conduire dans l’hémisphère sud, à l’autre bout du monde. Mon bagage allait être enregistré quand un pop-up* apparu sur l’écran devant l’hôtesse d’Air Tahiti Nui. « Je ne peux pas finir de vous enregistrer, vous n’avez pas de billet retour, l’ordinateur bloque ».

J’expliquai alors que c’était normal puisque que je rejoignais un bateau et qu’ensuite, après ma navigation, je débarquerais ailleurs. Malgré cette explication, le pop-up avait vraiment pris le dessus. Je dus donc interrompre la fin des formalités alors que mes cartes d’embarquement étaient dûment éditées. Il me fallait désormais plaider ma cause auprès d’un superviseur. Le dossier de présentation de l’expédition Tara Pacific, la lettre de mission, je dus tout produire à un premier superviseur. Mais le pop-up résistait encore, imposant toute son hégémonie.

Trois quarts d’heure après mon arrivée, je me retrouvais maintenant dans la même aérogare devant le superviseur principal. Un nouvel oral de passage où il fallait être obligatoirement bon : dossier de présentation, explication de la mission, de l’inutilité d’un billet retour etc. « On ne peut pas vous laisser partir sans billet retour, Monsieur. Je dois appeler l’immigration en Nouvelle-Zélande pour les prévenir et c’est eux qui déciderons… ». Il leur faudra une adresse sur place. Malgré l’expérience de ce type de situations, à deux heures du décollage, mon départ n’était donc plus sûr.

L’adresse récupérée, le « super-superviseur » revenait un quart d’heure plus tard en ligne avec Auckland. Dans la langue de Shakespeare, je dus expliquer à nouveau les raisons de ce non-retour. Heureusement, mon interlocutrice était de bonne volonté et à l’écoute. Après avoir détaillé un peu plus notre mission, l’avoir rassuré sur les papiers en ma possession pour la clearance** à mon arrivée en Nouvelle –Zélande, je lui expliquais que Tara était en fait l’ancien Seamaster de Peter Blake. D’un coup, je venais de neutraliser le pop-up : l’aura de Sir Peter Blake en était venue à bout. J’enregistrai donc mon bagage en soute, avant de passer le contrôle et d’embarquer dans la foulée. Paris-Los Angeles fut accompli en onze heures de vol, avant un premier transit de dix heures sur place. Mais aux Etats-Unis, j’allais découvrir que le pop-up avait un cousin !

Une heure avant de monter dans mon deuxième avion pour un Los Angeles-Papeete, une voix masculine me conviait à me présenter à un comptoir dans les haut-parleurs du terminal. « Hello Sir, why don’t you have a ticket back ? »***. Mais le pop-up ne me faisait plus peur. Mes arguments étaient bien rangés en ordre de bataille : « Monsieur, j’ai eu la même question à Paris. Mais malgré ce point la police des frontières de Nouvelle-Zélande m’a donné son accord pour une entrée sur ce territoire, sinon je n’aurai pas pu prendre l’avion en France. Et puis, je dispose déjà des papiers de clearance pour l’Australie, notre prochaine escale ». « Ok, i’ll check with my boss, Sir »****

Le cousin américain et ses complices ne sont plus jamais revenus à la charge.

Vincent Hilaire

*Pop up : fenêtre contextuelle
** Clearance : dédouanement
*** « Bonjour Monsieur, pourquoi vous n’avez pas de billet retour ? »
**** « Ok, je vais vérifier avec mon supérieur, Monsieur »

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© Julien Girardot / Fondation Tara Expéditions
26/07/17

« A bord et en chantier, le garagiste c’est moi ! » – Daniel Cron, chef mécanicien

Interview de  Daniel CRON à Whangarei, Nouvelle-Zélande où Tara s’est arrêtée le temps d’un chantier. Moteurs, électricité, peinture, la baleine …

Interview de  Daniel CRON à Whangarei, Nouvelle-Zélande où Tara s’est arrêtée le temps d’un chantier. Moteurs, électricité, peinture, la baleine d’aluminium se refait une santé à mi-parcours, dans l’hémisphère sud, par un temps hivernal.

Daniel, Tara est restée en chantier plusieurs mois à Lorient avant le départ de l’expédition. Pourquoi faut-il renvoyer Tara en chantier un an après le départ ?

Un bateau, c’est un peu comme une voiture, il faut l’entretenir et pour ce faire l’emmener chez un garagiste. Le garagiste ici, c’est moi : c’est le « chef mécanicien », qui doit veiller au bon fonctionnement des moteurs pour la propulsion, des groupes électrogènes pour l’électricité, du dessalinisateur pour l’eau potable et tout plein d’autres petites choses… Un « chantier » c’est un peu l’équivalent du « contrôle technique » du véhicule, à la différence près que Tara est bien plus qu’une voiture, et qu’à la partie « mécanique », il faut ajouter toute la dimension « voile » ! En expédition, on essaye toujours de faire un minimum d’un mois de chantier chaque année, mais pour préparer une nouvelle expédition certains chantiers peuvent durer de 4 à 6 mois d’affilé ! Enfin, la « baleine » – c’est le petit nom de Tara – a 28 ans à présent, ce qui est âgé pour un bateau, et nécessite de ce fait d’être traitée avec d’autant plus de soin année après année…

 

Tara_au_chantier2-credit_Noelie_Pansiot-Fondation Tara Expeditions.jpgLa remise en état pour la seconde année de l’expédition Tara Pacific se poursuit hors de l’eau. © Fondation Tara Expéditions

Qui travaille sur le chantier ? Est-on marin et mécanicien en même temps ?

« Être en chantier » pour un marin, c’est littéralement changer de mode de vie ! On met entre parenthèses l’expédition le temps des travaux, tous les scientifiques rejoignent leurs labos, on sort le bateau de l’eau, c’est toujours impressionnant! Et là commence un ballet de va-et-vient entre magasins et gens d’ateliers qui viennent nous épauler pour les travaux… Plus de « quart de nuit », ni de prélèvements scientifiques, on vit le temps du chantier comme vous, les « terriens », mais toujours à bord …Chose rare pour nous, nous prenons d’autant plus plaisir à réussir à communiquer facilement avec nos proches, à se faire un restaurant, à aller à la piscine, voire parfois même partir en vadrouille découvrir le pays… Ça fait aussi du bien de sortir un peu du bateau. On reste généralement une petite équipe de 6-7 marins où chacun met la main à la pâte et devient quelque part un peu « mécano ». Les journées sont denses, on ne compte pas les heures, un chantier c’est toujours intense !

 

DCIM100MEDIADJI_0087.JPGSortie de l’eau de Tara pour des réparations à sec. © Nicolas de la Brosse / Fondation Tara Expéditions

Quels sont les travaux effectués ?

Les travaux en chantier sont effectués généralement soit parce qu’on a manqué de temps avant pour le faire – difficile entre « science » et navigation – soit parce qu’il est impossible d’arrêter l’équipement pour le réparer en navigation, ou tout simplement parce qu’ils nécessitent des outils très spécifiques que nous n’avons pas à bord. À chaque chantier son lot de « petits travaux » récurrents, quasi obligatoires chaque année : nettoyage de coque, vérification des vannes d’eau de mer (pour éviter de couler bêtement), peinture, soudure, nettoyage, et chose importante bien sûr, tout ce qui touche à la sécurité ! Tout est à vérifier : du matériel médical (en cas d’accident), au matériel de pompier (en cas d’incendie), en passant par les divers moyens de détresse (en cas d’abandon du navire…). En plus de tout cela, s’ajoutent de « gros travaux » prévus spécifiquement pour ce chantier-ci, en Nouvelle-Zélande, comme par exemple la pose de « silencieux » sur les échappements des moteurs pour réduire le bruit, l’installation de nouvelles hélices pour aller plus vite et consommer moins de carburant, la pose d’un nouveau dessalinisateur pour produire l’eau potable, et j’en passe… On essaye en permanence d’améliorer le quotidien du bateau et de le rénover quand le besoin s’en fait sentir !

Daniel_Cron_credit_Fondation Tara Expeditions
Daniel Cron, chef mécanicien, vérifie l’état des deux moteurs. © Fondation Tara Expéditions

Comment vont les moteurs de Tara ?

Tara a beau être un voilier, nous avons pour autant à bord 2 moteurs qui nous permettent d’avancer lors des manœuvres de port ou lorsqu’il n’y a pas assez de vent. Chacun d’entre eux entraîne une hélice ! Le mécanicien ayant conscience de l’importance à leur accorder pour leur bon fonctionnement, il passe son temps à les bichonner ! Avec le temps, c’est comme si une vraie relation s’était installée entre nous trois (rires). J’ai comme un rapport particulier avec ces « machineries, au point même de les personnifier ! Aujourd’hui tout le monde à bord connaît mieux ces « dames » sous leurs noms respectifs de « Brigitte » et « Thérèse » qui se trouvent respectivement à « Bâbord » et à « Tribord »… Allez savoir si elles n’ont pas, elles-mêmes des sentiments inavoués … (rires).

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© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions
17/07/17

Tara en chantier en Nouvelle Zélande

Depuis le 18 juin dernier, après une première année d’expédition consacrée au corail, Tara a touché terre à Whangarei, dans …

Depuis le 18 juin dernier, après une première année d’expédition consacrée au corail, Tara a touché terre à Whangarei, dans le nord de la Nouvelle-Zélande.

Emmenés par Samuel Audrain capitaine depuis Kobe, six marins participent au chantier d’entretien à mi-parcours. Il s’agit d’un suivi classique avec carénage, auquel s’ajoute la vérification de points plus névralgiques, comme les moteurs.

Mais à la fin de cette semaine, les marins vont interrompre pendant une semaine ce travail pour rejoindre Auckland. Invitée par le Sir Peter Blake Trust, Tara et son équipage participeront à de multiples festivités.

 

9_Arrivee_NZ_iminente_credit_Noelie_Pansiot-2230082Après 8 jours de navigation Tara arrive en Nouvelle-Zélande avec les premiers rayons du soleil. © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

À peine arrivé des Fidji, l’équipage s’est mis à la tâche. Pour Samuel, il était important de rallier la Nouvelle-Zélande à cette date et en cette saison, pour deux raisons : « Déjà, il ne fallait pas trop trainer dans l’hémisphère nord avec la saison des cyclones qui arrive et rester dans le timing pour la suite de l’expé. De plus, à Whangarei, nous disposons d’un plateau technique idéal pour ce chantier. Les prestataires sont efficaces, compétents et disponibles pour nous permettre de faire ce que nous avons prévu d’ici le prochain départ, le 9 août. »

VH : Oui, comme toujours à bord de Tara le temps est compté, comment vous êtes vous organisés avec les prestataires locaux justement ?

SA : « Depuis quelques semaines, nous avons établi deux listes pour ce chantier. La première, c’est celle que nous avons commencé à confier à ces prestataires. Nous savons que nous pouvons leur déléguer ces tâches, parmi lesquelles déjà de nombreuses soudures.

Ensuite il y a la liste pour nous avec, sans être exhaustif, la révision et la pose de silencieux sur les deux nouveaux moteurs Brigitte 2 et Thérèse 2 qui fêtent leur première année de fonctionnement. Nous voulons encore réduire le niveau sonore de l’ensemble.

Dans les micro-chantiers importants déjà réalisés cette semaine, nous avons peint aussi entièrement la caisse à eau douce.

En revenant d’Auckland, aux alentours du 19 juillet, c’est la seconde partie du chantier qui commencera. Nous allons sortir Tara de l’eau pour le carénage et en profiter aussi pour déposer les lignes d’arbre des deux moteurs.

Le système qui est censé les refroidir, les réfrigérer, ne nous donnent pas satisfaction. La température augmente encore trop et nous devons trouver une solution. Installer une nouvelle chambre de réfrigération plus performante est la bonne piste. Nous en profiterons aussi pour installer les deux nouvelles hélices.

Nous resterons à sec une dizaine de jours à priori, après quoi nous achèverons les derniers points du chantier à quai ».

 

Samuel Audrain (capitaine) vérifie le câblage de la timonerie depuis le carréSamuel Audrain (capitaine) vérifie le câblage de la timonerie depuis le carré. © Maeva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

VH : Cela fait donc plus de dix jours que vous avez commencé à ausculter Tara, comment trouvez vous la goélette après cette première année d’expédition dans des latitudes chaudes ?

SA : « Je trouve que plus le temps passe et mieux Tara se porte ! La prochaine fois que nous rentrerons à Lorient, il ne sera pas très difficile d’être à nouveau très rapidement opérationnel.

Ce chantier d’entretien annuel sera aussi l’occasion de plusieurs visites et certifications. Comme nous sommes marine marchande, nous aurons la visite annuelle du Bureau Veritas, notre organisme de certification qui nous donne le droit de naviguer.

Il y aura également une visite de contrôle officielle du système d’incendie et une visite sanitaire obligatoire qui a lieu tous les six mois. »

 

19_Arrivee_a_terre_credit_Noelie_Pansiot-2230178La goélette sera en chantier pendant quelques jours avant son escale à Auckland.. © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

VH : Tara, ex-Seamaster, revient aujourd’hui pour la première fois dans la patrie de son précédent propriétaire, feu Sir Peter Blake. Avant les grandes festivités d’Auckland qui vont durer une semaine, avec beaucoup de visites à bord, comment les locaux vous ont accueuilli dans cette localité calme de Whangarei ?

SA : « Dès que nous nous sommes engagés dans le chenal nous conduisant à notre poste d’amarrage à Whangarei, nous avons aperçu des gens qui photographiaient Tara depuis les collines environnantes. Certains nous ont dit après qu’ils avaient reconnu le bateau et qu’ils étaient très surpris de le revoir ici. Depuis des photos ont été publiées dans la presse locale, en marge d’une couverture importante de la presse nationale.

Lorsque nous avons commencé le chantier avec les prestataires locaux, ils nous ont dit : Bienvenus à la maison ! ».

Nul doute que quand Tara appontera à Auckland samedi 1er juillet prochain à 13 h locales, un grand frisson parcourra l’équipage à bord.

L’hommage devrait être immense, le souvenir du marin à la généreuse moustache blonde y est encore très présent.

D’autant que la Nouvelle-Zélande vient de remporter aux Bermudes la 35ème Coupe de l’America. La dernière fois que ce trophée avait été ramené par les kiwis dans leur île, c’était avec Peter Blake.

 

Vincent Hilaire

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© Nicolas de la Brosse / Fondation Tara Expéditions
07/07/17

Retour au pays de l’America’s Cup par Romain Troublé

Fin de l’année 2000, la goélette Seamaster – qui sera rebaptisée Tara trois ans plus tard – menée par Sir …

Fin de l’année 2000, la goélette Seamaster – qui sera rebaptisée Tara trois ans plus tard – menée par Sir Peter Blake sortait pour la dernière fois du Viaduct Harbour d’Auckland pour un long périple. A l’instar de Sir Edmund Hilary, le célèbre navigateur Peter Blake avait prouvé à ses compatriotes kiwis qu’ils étaient capables de s’imposer au reste du monde. Véritable meneur d’hommes, il remporta à peu près toutes les grandes courses et records autour du monde, comme entre deux bouées de régate lors de la Coupe de l’America en 1995 et 2000.

 

« Rencontrer Peter, faire la Coupe, vivre ici à Auckland
m’accompagnera sans aucun doute toute ma vie »

 

C’est très émouvant de revenir ici. En 2000 et 2003, il y a 17 ans aussi… j’ai eu la chance de naviguer dans l’Hauraki Gulf à bord du défi français pour la Coupe de l’America. Nous n’avons pas gagné, mais rencontrer Peter, faire la Coupe, vivre ici à Auckland m’accompagnera sans aucun doute toute ma vie, comme toutes les expériences fortes que tout un chacun peut vivre dans une vie. C’est aussi à cette période, en 2002, qu’Etienne Bourgois, fondateur du projet Tara, est venu se faire construire un bateau et fait la rencontre d’Alistair Moore, qui, quelques années plus tard lui glissera que Seamaster serait peut-être en vente. Nous connaissons la suite…

 

« L’histoire de Tara est folle depuis sa construction,
son existence d’hier et d’aujourd’hui ne tient qu’à des rêves »

 

unnamed1© Ivor Wilkins

 

Etre de retour ici, pour Etienne et pour moi, et à bord de Tara est quelque chose de très spécial, de très fort. Faire revenir Tara dans le Viaduct Harbour après toutes ces années et toutes ces aventures aux quatre coins de la planète Océan est très émouvant. Emotion intense partagée par les quelques centaines de kiwis qui viennent visiter Tara cette semaine, nous ressentons véritablement l’aura de Peter à chaque rencontre. Je dis souvent que Tara est l’un de ces rares bateaux doté d’une âme, son histoire est folle depuis sa construction, son existence d’hier et d’aujourd’hui ne tient qu’à des rêves, à la passion qui a animé J.L. Etienne, Sir Peter Blake, et la bande Tara pour les mener à bout.

 

Etre ici, c’est formidable… mais il semble que le destin nous ait joué un de ses tours. L’équipe néo-zélandaise, engagée dans la Coupe de l’America aux Bermudes le mois dernier, a non seulement eu le talent de remporter le trophée haut la main – Bravo ! – mais a eu la bonne idée de la rapporter hier à Auckland, après l’avoir perdue voilà 14 ans.

 

Hamish Hooper _ ETNZ© Hammish Hooper / ETNZ

 

« Beaucoup de regards croisés, de pouces levés, de « Good job guys ! », de « Bravo ! », de photos et autre selfies de la part des 10 000 spectateurs kiwis »

 

Historique et immense hasard, conjonction de routes, j’étais là, sous la pluie battante, avec la dream team Tara, au cœur de la parade célébrant le retour d’Emirates Team New Zealand, au beau milieu de centaines de bateaux. Beaucoup de regards croisés, de pouces levés, de « Good job guys ! », de « Bravo ! », de photos et autre selfies de la part des 10 000 spectateurs kiwis présents. Sans doute la plus belle des reconnaissances pour Agnès b., Etienne, l’équipe Tara, nos partenaires et pour moi que celle du public ici. Le sentiment que Tara est à la hauteur de l’héritage de Peter… ce n’était pas gagné, et désormais à nous tous de continuer.

 

« Une très belle de façon de boucler une boucle »

 

Revenir ici dans ces conditions, et à ce moment précis, est pour moi une très belle de façon de boucler une boucle. Mais au-delà nous avons la conviction avec Etienne que c’est le début d’un nouveau cycle. La fondation Sir Peter Blake et la ville d’Auckland ont été formidables en réservant un accueil unique et émouvant à Tara. Les équipes de la fondation Blake sont aussi passionnées que nous pour partager, engager le public et la nouvelle génération sur le chemin de la science ou du développement durable. De belles retrouvailles qui vont nous permettre d’accueillir de jeunes Blake Ambassadors à bord en expédition, d’emporter l’adhésion de kiwis, et pourquoi pas de mécènes, aux missions de la Fondation Tara Expéditions. Stand-by tack !

 

Romain Troublé,
Directeur général de la Fondation Tara Expéditions

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19/06/17

Portrait de Second – Nicolas Bin

La liste des responsabilités qui incombent au rôle du Second est longue, très longue. S’il fallait n’en citer qu’une, la …

La liste des responsabilités qui incombent au rôle du Second est longue, très longue. S’il fallait n’en citer qu’une, la plus importante, serait sans aucun doute la sécurité. A 36 ans, Nicolas Bin appréhende cette tâche avec sérieux, rigueur, sens des responsabilités et une très bonne connaissance du bateau… voilà tout ce que le N°2 de Tara doit posséder pour ce job. Avant qu’il ne quitte le bord, et après 5 mois de mission, voilà un portrait haut en couleur du Second de Tara.

« Dis, tu pourras parler de mon short et de mes bottes dans ce portrait ? » Malgré ses responsabilités, le Second ne manque pas d’humour. Cheveu tout juste grisonnant, plutôt jovial, il apprécie les jeux de mots. Formé à l’école de voile des Glénans, Nicolas n’a pas tout de suite songé au métier de marin. Après le bac, il hésite entre poursuivre le conservatoire de musique et débuter la fac de sport. Mais le mélomane, ceinture noir de judo, choisira une troisième voie : celle de la mer.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aime dans la voile, Nicolas répond : « C’est l’un des derniers espaces de liberté ; ce qui me plait ce sont les voyages et les rencontres… D’un point de vue technique, j’aime les belles manœuvres, les bons réglages… Lorsque j’avance à la voile, j’imagine toujours le bateau vu de l’extérieur, j’essaie de visualiser son esthétique. » Malgré ses origines alsaciennes, le trentenaire a commencé à naviguer à l’âge de 10 ans, avec son père, du côté de Plobsheim. « Lorsque j’étais enfant, le moment de la dernière baignade des vacances était un moment spécial, c’était une séparation avec la mer et je lui faisais mes « au revoir » … »

Après 1 an et demi comme bénévole aux Glénans, le jeune homme passe un Brevet d’Etat de voile à Quiberon, puis un Brevet de Patron de Plaisance à la voile à Cherbourg. De 2005 à 2007, il travaille entre la France et les Antilles, en tant que Chef de base itinérant à l’UCPA, où il forme les moniteurs. S’ensuivent pas mal de convoyages entre l’Egypte et Marseille, mais aussi des transatlantiques… Toutefois, parmi tous ces bateaux, un seul a vraiment retenu son attention : « Etoile filante, un ancien catamaran de course de 60 pieds. Je l’aimais beaucoup parce qu’il était physique, qu’il avait une allure très profilée. Et puis, c’était mon premier grand bateau. » Le Strasbourgeois alterne ensuite des saisons en Corse et à Ushuaia, part se réchauffer du côté de la Polynésie Française, sur un bateau de charter plongée.

A bord de Tara, le Second est au cœur des échanges humains. A chaque rotation d’équipe scientifique, il se charge d’accueillir les nouveaux arrivants. Port des VFI*, fonctionnement du bateau, planning des quarts de nuit… Son briefing sécurité et vie à bord est bien rodé et aucun détail n’est oublié. Il réunit les nouveaux embarqués autour de la grande table du carré pour leur exposer les us et coutumes de la vie en collectivité et la joie des tâches ménagères partagée. Il ne manque jamais de ponctuer sa présentation ainsi : « Interdiction de se blesser à bord. Chacun doit veiller à sa sécurité et à celle des autres. Et puis je dis souvent : quand y a un doute, y a pas de doute. Si vous sentez une odeur suspecte, entendez un bruit suspect, prévenez un marin… »

 

First Mate Nico Bin getting his first look at Japan_photo credit Sarah Fretwell_0Q8A3656© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Pour Loïc Caudan, l’un des deux Chefs mécaniciens, c’est « agréable et facile de travailler avec Nico. Je pense qu’on a un peu la même façon d’appréhender le boulot à bord. Il est toujours motivé pour filer un coup de main, quelle que soit la tâche à accomplir, même la plus ingrate. Et puis, le rôle du Second est très important pour la gestion humaine : c’est lui qui fait le lien entre l’équipage et le capitaine ou les scientifiques et l’équipage. Et Nicolas est très bon dans ce rôle, il met tout le monde à l’aise. Ah ça ! pour faire le joli cœur… ».

Charmeur, voire même crooner. Il ne résiste jamais devant un piano. « Je pense qu’il aurait pu vivre à une autre époque », explique Daniel Cron, l’autre Chef mécanicien. « Il a un petit côté jazzy retro, je l’aurais bien vu jouer dans les bars enfumés de la Nouvelle Orléans, avec les grands de l’époque : Amstrong, Parker… ».

Lorsqu’on évoque le nom de Nicolas auprès de Samuel Audrain, le Capitaine, il ne tarit pas d’éloge à son égard : « C’est un Second idéal ! C’est un mec qui sait naviguer, qui possède de l’expérience à la voile, ce qui est important à bord de Tara. Il aime les choses bien faites. Nico c’est aussi un mec sensible avec qui on peut parler. Et puis c’est vraiment agréable de pouvoir partager autre chose que le boulot. Nous nous retrouvons souvent pour jouer de la musique. »

 

P2170647© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Après une journée de travail, les deux hommes se donnent rendez-vous pour « débrayer », Samuel à l’accordéon et Nicolas au piano. PC Com, timonerie ou atelier se transforment alors en salle de répétition. Le duo joue et rejoue les mêmes mélodies à l’infini : Libertango ; Tango pour Claude ou encore Besame Mucho… Quelques fois, à la demande des Taranautes, les musiciens s’installent dans le carré. Les équipiers se mettent alors à chanter ou à danser, plus ou moins bien, mais toujours dans une bonne humeur générale. Sourires vissés aux lèvres, Sam et Nico s’en donnent alors à cœur joie jusqu’à satiété.

 

Noëlie Pansiot

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07/06/17

« Bula Fiji »

Après 31 jours de navigation à travers l’océan Pacifique, les marins ont finalement frappé les amarres. Le 1er juin, à …

Après 31 jours de navigation à travers l’océan Pacifique, les marins ont finalement frappé les amarres. Le 1er juin, à 14h heure locale, Tara entrait dans le port de Lautoka, une ville située à l’ouest de Viti Levu, dans l’archipel des îles Fidji. Mais cette escale aura été de courte durée. Le programme des premières 24h des Tauranautes a été très dense : avitailler, remplir les formalités, préparer le bateau pour la nouvelle mission scientifique…

 

Si certains Taranautes seraient volontiers restés encore quelques jours en mer d’autres, en revanche, étaient impatients de pouvoir fouler la terre, d’entendre le chant des oiseaux ou de revoir quelques brins d’herbe… Pour Samuel Audrain, Capitaine de Tara et marin dans l’âme : « Lorsqu’on est à bord aussi longtemps, on pénètre dans un autre espace-temps. Finalement, le temps passé en mer ne compte plus, une semaine ou deux de plus, ça ne change rien. »

 

Image ElyxElyx, ambassadeur digital des Nations Unies, qui a illustré les 17 Objectifs de Développement Durable, à bord de Tara pour participer à la Journée Mondiale de l’Océan depuis Fidji © Elyx by Yak

 

Depuis un mois, l’horizon et la mer étaient devenus notre quotidien. C’est le 1er juin, vers 6h du matin que la terre est apparue pour le rompre. Les premiers îlots se sont dressés à bâbord, alors que le pont fourmillait déjà de scientifiques prêts à déployer un filet à plancton et à filtrer des litres d’eau. Mais à une heure si matinale, personne ne réalisait encore que cette grande aventure hauturière touchait à sa fin. Vers 10h, Tara embouquait* la passe de Navula pour se diriger vers un mouillage de quarantaine, avant d’obtenir le feu vert des autorités sanitaires de Lautoka. Un peu plus loin, un petit groupe de dauphins escortait la goélette…

 

13_Lamaneurs_credit_Noelie_Pansiot-2220429Lamaneurs du port de Lautoka, sur l’île de Viti Levu © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

A 14h, le lamaneur frappait les amarres à quai. Aussitôt, des dockers nous lançaient les premiers mots de bienvenue : « Bula ! » En Fidjien, cela signifie « bienvenue ; bonjour ; au revoir… » Un mot qui depuis, résonne auprès de chaque nouvelle personne croisée. Ici, dans la seconde ville la plus importante des Fidji, les gens se saluent dans la rue.

 

Demain, les Taranautes reprendront la mer pour parcourir 25 miles de plus en direction du premier site de prélèvement, vers Kuta Island. Les scientifiques présents à bord suivront le protocole d’échantillonnage et marqueront ainsi le coup d’envoi de cette seconde année d’expédition. Pendant 5 jours, l’équipe va étudier 3 sites différents, puis Tara longera la côte sud de Viti Levu pour rejoindre sa capitale, Suva. Les Taranautes pourront ainsi suivre de près la conférence mondiale sur les océans qui se déroulera à New York. Ils participeront à des échanges en direct avec l’ONU pour apporter leur précieux témoignage.

 

10_Tara_baie_Kuata_credit_Noelie_Pansiot-0058Tara devant la petite île de Kuata, aux Fidji © Samuel Audrain / Fondation Tara Expéditions

 

*Bula Fiji : bienvenue aux Fidji.

*Embouquer : s’engager dans une passe.

Noëlie Pansiot

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31/05/17

Portrait de marin : Loïc Caudan

Loïc Caudan est un peu l’homme de l’ombre à bord de Tara, il se terre dans l’antre de la baleine …

Loïc Caudan est un peu l’homme de l’ombre à bord de Tara, il se terre dans l’antre de la baleine et veille discrètement sur ses organes vitaux. Qu’il officie en salle des machines, dans l’atelier, en cale avant ou sous les trappes de la coursive, il procède toujours avec soin, loin de l’agitation du pont, ce qui lui convient parfaitement. Lors de ses longs mois d’embarquement, il bichonne, répare, créé, entretient… Mais qui est donc ce Taranaute ? Portrait d’un « Chef Mécano » qui ne colle guère aux stéréotypes.

 

Pour Nicolas Bin, Second, Loïc est « un mec avec qui j’aime travailler et naviguer ! C’est quelqu’un qui va au bout des choses, qui ne fait pas les choses à moitié. » A bord, tout le monde s’accorde à dire de que le jeune homme est consciencieux et fiable. Mais pas seulement…

 

2-Loic_Caudan_credit_NPansiot-2170205Loïc Caudan, Chef mécanicien, à l’arrivée dans le port de Yokohama. © Noélie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

32 ans, marié, un enfant. Loïc a grandi dans le Val-d’Oise jusqu’à ses 20 ans. Il s’inscrit en Fac de géographie et décroche une licence qui lui permet d’appréhender diverses matières : « Histoire, sociologie, climatologie, géologie… ». En parallèle, il passe un monitorat « dériveur et voile habitable ». Suit une année de bénévolat à l’école de voile française. Les Glénans et un brevet d’Etat d’éducateur sportif à l’École Nationale de Voile de Quiberon. Loïc a trouvé sa voie ! « Au moins pour un temps… ». Il s’engage alors pendant trois saisons aux Glénans. Là, il n’hésite pas à se jeter par-dessus bord pour mettre ses élèves moniteurs à l’épreuve, lors d’exercices de sauvetage. « La session la plus laborieuse, 45 min dans une eau à 15°C. C’est long, même en combinaison ! », se souvient le chef mécanicien.

 

En 2010, le marin s’engage avec l’association du père Jaouen afin de se perfectionner dans l’entretien et la réparation des navires : « On m’a confié des responsabilités alors que je débutais. J’ai participé à la fabrication d’un palier de safran en bronze pour un bateau de 36m. Une expérience rare ! » C’est là qu’il acquiert les bases de ce qui deviendra son cœur de métier ici, à bord de Tara. Puis il se lance dans un grand projet personnel : achat et remise en état d’un voilier en acier et navigation le long des côtes d’Afrique, du Brésil et d’Uruguay.

 

A son retour de voyage, en 2012, il passe le brevet de mécanicien 750Kw et part se faire la main comme mécanicien bénévole sur l’expédition Under The Pole, au Groenland. « J’ai suivi le projet, du chantier à la fin du convoyage. Et c’est lors de cette première expérience polaire que j’ai géré mes premiers gros pépins sur des moteurs. De l’eau de mer s’était infiltrée dans les culasses. » Loïc se frotte par la suite à un autre milieu : celui de la pêche. Il embarque comme second mécanicien sur un chalutier de 35 mètres durant huit mois.

 

IMG_7934© Fondation Tara Expéditions

 

Le marin nourrit l’envie de travailler à bord de Tara depuis longtemps : « Je voulais continuer à être sur un bateau de travail, et faire de la voile, la façon la plus agréable de naviguer, à mon sens. » Depuis deux ans et demi, le trentenaire partage le poste de Chef Mécanicien sur la goélette scientifique. Daniel Cron, son alter ego à bord explique : « En général, c’est un peu frustrant, nous ne faisons que nous croiser sur Tara. Mais, une fois n’est pas coutume, je viens d’embarquer en tant qu’Officier de Pont. Nous avons donc l’opportunité de naviguer ensemble pendant un mois jusqu’aux îles Fidji. Et j’en suis très content ! Nous sommes les opposés au niveau caractère : lui plutôt taiseux, moi plutôt extraverti. D’ailleurs, Loïc rappelle de temps en temps que le silence ne l’oppresse pas. Au premier abord, il joue la caricature, fait un peu l’ours. Il faut un peu creuser sous le nounours en chocolat pour trouver la guimauve. C’est un faux méchant, mais un vrai grognon lorsqu’il s’agit de la consommation d’eau et d’électricité à bord. Et il a raison ! »

 

CREDITS MAEVA BARDY-ESCALE MIAMI-PASSATION LOIC CAUDAN ET DANIEL CRON-1© Maeva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Il faut dire que Loïc est à l’origine de toute la production d’énergie sur la goélette. Il sait donc combien coûte chaque goutte d’eau, connaît chaque dépense énergétique. Moteurs, groupes électrogènes, dessalinisateur, circuits électriques, circuits d’eau pour la science et même parfois sanitaire… Loïc veille sur les organes essentiels de Tara comme sur ses équipiers. Il ne rechigne jamais à se montrer serviable.

 

A bien y réfléchir, il est probable qu’il rechigne un peu, pour le jeu. Loïc déploie un humour cynique. Il ne manque ni de répartie, ni de culture générale. Haussement d’épaule et lever de sourcil, ses spécialités, attestent qu’il participe aux taquineries du bord. Et il faut souvent tendre l’oreille pour l’entendre lancer un bon mot. Il n’aime pas être au centre de l’attention. Aussi, lorsque la correspondante de bord pointe un appareil photo ou une caméra dans sa direction, le chef mécanicien se courbe et ferme les yeux. Elle lui demande alors de les ouvrir. Ce à quoi il répond du tac au tac « t’as qu’à me prendre en photo quand je les ouvre ! Il serait peut-être temps de trouver un vrai travail. » S’ensuivent alors quelques éclats de rires…

 

Noëlie Pansiot

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© Noélie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

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