Célébration de la Journée mondiale de la biodiversité 2014 | Tara, un voilier pour la planète

Célébration de la Journée mondiale de la biodiversité 2014

© Y. Chavance/Tara Expéditions

A l’occasion de la journée internationale de la biodiversité, dédiée cette année à la diversité biologique insulaire, Tara donne la parole à Dessima Williams, Présidente de l’Alliance des Petits Etats Insulaires (Alliance of Small Island States – AOSIS) de 2009 à 2011 et ambassadeur de Grenade à l’ONU.

Porte-parole  des territoires insulaires, Mme Williams sait qu’ils sont nombreux à devoir relever les mêmes défis : politiques de développement, inquiétudes environnementales ou encore effets du changement climatique. A travers ce témoignage, elle revient ce qui fait la particularité des îles : des écosystèmes uniques, qui se révèlent indispensables à la subsistance, à l’économie et au bien-être de 600 millions d’habitants insulaires.

En tant qu’ancienne présidente de l’AOSIS* (Alliance of Small Island States) et Ambassadeur de la Grenade, que voulez-vous nous dire au sujet des îles ? Quelles sont les spécificités des îles ?

Les 43 îles de l’ AOSIS (présidé par la Grenade de 2007 à 2011) sont très diverses en taille, origine ethnique, histoire, économie, écologie, etc. Cependant, les SIDS (petits états insulaires en voie de développement) ont de grandes ressemblances: ils travaillent tous vers un développement durable face à des obstacles tels que leur petite taille, les défis du changement climatique, et l’absence de contrôle effectif sur les politiques internationales. Avec de petites populations, les îles font face à des défis spécifiques: l’éloignement des grands marchés et les routes de transport; le coût élevé des carburants, de l’administration; le manque de compréhension de la part des nombreuses institutions dans les régions métropolitaines, et les agressions constante des politiques économiques et commerciales internationales. Déterminé à survivre face à ces obstacles, les peuples des îles démontrent une grande résilience. Néanmoins, sans ressources suffisantes, une grande partie du potentiel des SIDS ne se réalisera pas et leurs  peuples seront à risque.

 

Et la biodiversité des îles? Pourquoi les îles sont-ils si fragiles et vulnérables?

En raison de leur éloignement des continents, les îles sont généralement moins exposées, moins  “perturbées”, et des espèces uniques qui ne se trouvent pas ailleurs s’y développent (e.g. Madagascar). La diversité biologique des îles est donc une source incroyable d’espèces végétales et animales uniques, aussi bien terrestres que marines. La fragilité des îles vient surtout de l’invasion soudaine et massive des écosystèmes qui ont été protégés auparavent.  Nous reconnaissons également que la dégradation causée par les activités humaines (mauvaises politiques d’aménagement du territoire, dumping, extraction de sable) abime l’environnement des îles et contribue à leur fragilité.

 

Que peuvent faire les instances internationales pour protéger la biodiversité des îles ?

La communauté internationale peut et doit soutenir les îles, les protéger et les aider à développer leurs atouts. Heureusement, l’UNESCO, l’UNEP et d’autres organismes de l’ONU mènent cet effort en reconnaissant et en soutenant le patrimoine des îles. 2014 est l’Année internationale des petits états insulaires en voie de développement (IY-SIDS). Une grande conférence à Samoa en septembre sera l’occasion pour le monde entier d’établir des partenariats avec des îles pour protèger et améliorer leur biodiversité. Les partenariats peuvent inclure le planning pour un développement durable, y compris des mesures d’adaptation, et la fourniture de moyens de mise en œuvre – le renforcement des capacités financières et technologiques, ainsi que le soutien à la prévention et la réduction des risques de catastrophe.

Une façon de protéger la biodiversité des îles est de soutenir des actions fortes d’adaptation au changement climatique. Par exemple soutenir l’approvisionnement en eau, la reconstruction et protection des mangroves; soutenir aussi des politiques agricoles et commerciales intégrées, l’utilisation équitable des terres, etc. En outre, un régime d’atténuation climatique fort devrait être adopté (à Paris en 2015), guidé par l’objectif international d’augmentation d’environ 1,5 degrés centigrade en moyenne sur la planète.

 

Les îles sont-ils les sentinelles du monde ?

Dans un certain sens, oui, les îles sont les sentinelles du monde. Je vous propose deux exemples. Les riches et souvent uniques ressources terrestres et maritimes des îles peuvent nous renseigner sur le patrimoine de l’humanité. En même temps, ils signalent souvent des pertes qui ont eu lieu dans d’autres régions de la planète. Voyant le patrimoine des îles, certaines sociétés adaptent leurs politiques et choisissent des activités de restauration – par exemple la gestion du littoral et la plantation d’arbres. Une autre fonction de sentinelle des îles est dans le domaine des impacts du changement climatique. Ce que la science du climat prévoit est actuellement en train de se passer dans les îles – destruction due à l’élévation du niveau de la mer, ouragans violents et intempestifs, sécheresses, inondations et autres. La sonnette d’alarme climatique a un fort retentissement et beaucoup de crédibilité. En effet, les îles ont déplacé le changement climatique du domaine de la spéculation et des prévisions pour l’avenir, aux actualités – ce que se passe maintenant. Les îles «sentinelles» sont déjà en service! Entendez notre message s’il vous plaît: la biodiversité des îles est la vie elle-même! Soutenez les îles.

Dessima M. Williams PhD., diplomate

 

*Note du traducteur:

L’AOSIS est une coalition de petits pays insulaires et côtiers de faible altitude qui partagent des défis et des préoccupations similaires concernant l’environnement, en particulier leur vulnérabilité aux effets néfastes du changement climatique. La coalition fonctionne principalement comme un lobby ad hoc, et est une voix de négotiation pour les petits états insulaires en développement (PEID) dans le contexte de l’ONU.

L’AOSIS a un effectif de 43 états, issus de tous les océans et  régions du monde: Afrique, Caraïbes, Océan Indien, Méditerranée, Pacifique et mer de Chine du Sud.

 

Article associé :

- « Les petites îles de Méditerranée sont des sentinelles avancées en mer »