« Le Triangle de corail, berceau d’origine des coraux » - ITW de Rebecca Vega Thurber | Tara, un voilier pour la planète

« Le Triangle de corail, berceau d’origine des coraux » – ITW de Rebecca Vega Thurber

© Vincent Hilaire - Tara Expeditions Foundation

Avant de quitter les eaux des Iles Salomon, Rebecca Vega Thurber (Oregon State University) biologiste et coordinatrice scientifique de ce leg dresse un premier bilan des plongées réalisées sur les trois sites salomonais, alors que Tara mettait le cap sur la Papouasie Nouvelle-Guinée.

 

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 Rebecca Vega Thurber, biologiste et coordinatrice scientifique de la mission aux îles Salomon et en Papouasie Nouvelle-Guinée

 

Rebecca, à quoi vous attendiez-vous avant de faire vos premières immersions ici ? En échantillonnant les Iles Salomon, Tara Pacific vient de faire son entrée dans le triangle de Corail. À lui tout seul, rappelons que le Triangle de corail accueille 30% de la totalité des récifs coralliens.

« Comme vous venez de le rappeler, le Triangle de corail est reconnu pour sa très importante biodiversité ainsi qu’une couverture corallienne exceptionnelle. Pour moi, avant ces premières plongées, je m’attendais donc à découvrir le cœur du système corallien mondial, les plus beaux récifs du monde. Je n’ai pas été déçue, bien au contraire et pourtant en tant que microbiologiste, j’en ai vu des barrières et des colonies (sourire) ! »

 

Quels mots utiliseriez-vous pour décrire ce que vous avez vu sous l’eau ?

« J’étais éblouie. Cela dépassait toutes mes attentes : des espèces de coraux comme je n’en avais jamais vues. Une couverture corallienne des fonds extrêmement dense. J’étais en présence d’une structure en 3D, avec tous les types de colonies possibles à tous les étages.

Ces impressions sont particulièrement vraies pour le premier site, où là j’étais carrément estomaquée par la taille des poissons, la variété des espèces et leur forme. Dans ce premier spot, il y avait vraiment de tout. Cela montre combien ces colonies sont en bonne santé.

 

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Acropora rose © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Après, le deuxième site était aussi incroyable avec des tombants de coraux incroyables, une biodiversité encore extraordinaire. Je n’avais pas assez de sacs sous l’eau pour collecter toutes ces espèces de coraux (rires). Sur le troisième, là on était clairement dans une autre situation. C’était toujours très beau mais il y avait beaucoup de macro-algues et donc déjà des déséquilibres écosystémiques. Quand on voit trop d’algues comme ça, c’est que les poissons ne les mangent pas. La cause est souvent à chercher du côté de la surpêche et/ou la pollution des eaux. »

 

Avez-vous une idée du nombre d’espèces de coraux que vous avez pu observer dans les eaux salomonaises ?

« Il y a beaucoup d’espèces que je voyais pour la première fois de ma vie. Quelquefois dans un même endroit sous l’eau, je voyais 25 tailles différentes de 24 espèces. Je dirais donc, mais vraiment sans faire un comptage strict, que nous avons vu peut-être 450 espèces différentes entre ces trois spots. »

 

Sans préjuger des résultats à venir grâce à tous les échantillons prélevés ici, comment expliquez-vous cette bonne santé générale à l’issue de cette entrée dans le Triangle de corail ?

« Le Triangle de corail, c’est là où beaucoup d’évolutions passées ont eu lieu. On peut le comparer à l’Afrique pour l’Humanité, c’est le berceau de toutes les colonies du monde. Ces coraux-mères, si l’on peut dire, se sont diffusés à partir de là dans toutes les régions du monde. Ils sont donc pré-adaptés à des eaux peu profondes, où il y a beaucoup de lumière du jour et des températures élevées. Ils ont peut-être déjà évolués et se sont adaptés aussi aux nouvelles conditions extrêmes qui règnent dans les océans.

 

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Deux poissons clown dans une anémone pourtant très urticante pour les autres espèces © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

La grande diversité des espèces de poissons aide les coraux à maintenir une résistance au changement climatique. Ils travaillent ensemble, comme une communauté. Quand un récif perd sa diversité, il perd sa capacité à résister aux changements, à faire le tampon amortissant ces chocs.

Les trois dernières années il y a eu des événements de blanchissement un peu partout ailleurs, ces récifs ne sont pas à l’abri. Avec la pression exercée par les activités humaines et notamment la surpêche et l’exploitation forestière, les Salomon sont peut-être les prochaines victimes sur la liste. »

Propos recueillis par Vincent Hilaire

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