Les heures sombres du corail

© David Hannan

Alors que Tara vient de quitter la Grande Barrière de Corail, nous avons eu la chance de croiser à Sydney les pas de Ove Hoegh-Guldberg, professeur à l’Université du Queensland, Australie. Il est l’un des plus éminents chercheurs et spécialistes du corail dans le monde.

Le troisième événement mondial de blanchissement du corail vient de se terminer en mai dernier, avec de nouvelles conséquences dramatiques pour l’ensemble des récifs et notamment en Australie. Ove évoque pour nous quelles sont les perspectives possibles d’évolution d’une situation qui n’est pas pour autant, selon lui, désespérée.

 

« Pscchh….pscchhhh… » les biologistes fraîchement arrivés sur Tara testent sur le pont arrière le matériel de plongée qui vient de leur être attribué par Jonathan Lancelot, le directeur de plongée. Dans quelques jours, ils s’immergeront avec ces bouteilles dans des eaux qui abritent la plus grande structure corallienne encore vivante sur la planète.

 

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Le chef scientifique, Christian Voolstra essaie son matériel de plongée – © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Classée par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité en 1981, la GBR * fait 2300 kilomètres de long et représente une surface équivalente à celle de l’Allemagne. Cette huitième merveille du monde abrite à elle seule 600 espèces de coraux, 3000 récifs, 1625 espèces de poissons, 133 espèces de requins et raies etc.

Ce jardin sous-marin, doté d’une biodiversité exceptionnelle, c’est celui d’Ove depuis plus de quarante ans.

 

6- NASA 3_P11 NASA _ GSFC _ LaRC _ JPL, MISR ÉquipeLe sud de la grande barrière de corail – © P11 NASA _ GSFC _ LaRC _ JPL, MISR Équipe

Vincent Hilaire :

« Ce troisième épisode de blanchissement mondial du corail vient de s’achever après trois ans de stress continu induit par la hausse des températures des océans. À ce jour, 50% des coraux de la GBR seraient morts. Est ce qu’on est entré selon vous dans une situation irréversible ici ? »

Ove Hoegh-Guldberg :

« Il n’y a plus aucun doute maintenant sur le changement climatique mondial en cours et son impact direct sur les coraux, occasionnant leur blanchissement. Nous sommes entrés dans une période noire durable de la vie des récifs et les dégâts devraient continuer peut-être désormais à un rythme annuel si nous ne faisons rien.

Les autres causes directes de la destruction des récifs sont les tempêtes, les ouragans, les cyclones, les typhons. Ces deux phénomènes additionnés détruisent massivement le corail.

 

Vincent Hilaire :

« D’après nos informations, le Parc Marin de Nouvelle-Calédonie n’échapperait pas à cette tendance à l’issue de cette troisième vague massive de blanchissement. Classé plus récemment par l’UNESCO en 2008, ce deuxième plus grand récif de la planète après la GBR connait la même tendance. Que savez-vous à ce sujet ? »

Ove Hoegh-Guldberg :

« Oui, les impacts sont à peu près les mêmes dans cette partie sud-ouest du Pacifique, on est autour de 50% de mortalité. Ce que je voudrais dire par rapport à la situation de l’Australie et de la France, c’est que nous sommes deux coral reef superpowers **. Je m’explique : même si nous arrivons un jour à 90% du corail détruit dans cette zone du Pacifique, nos deux pays doivent chercher et trouver des solutions. S’unir pour faire appliquer absolument l’Accord de Paris sur le climat. C’est comme cela que nous réduirons les impacts des émissions de CO2. Nous savons que la clé est le maintien des températures en dessous de 2°C. Dans certains récifs, les vagues de chaleur qui touchent l’océan opèrent dans une moindre mesure. Ces colonies coralliennes nous donnent donc de l’espoir. Une résilience est possible, tout n’est pas uniforme.

Mais si nous ne faisons rien pour agir sur le facteur climatique, nous n’aurons plus de récifs coralliens dans le futur.

Avec Tara Pacific et tout le travail qui va être fait ensuite par les chercheurs sur la base de ces échantillons, la première banque génomique de la GBR va être constituée. Nous allons mieux connaître et comprendre les processus qui guident la vie du corail.

Si la volonté politique suit, on y arrivera. »

 Vincent Hilaire

 

*GBR : Great Barrier Reef (Grande barrière de corail)

** Coral reef superpowers : Superpuissances coralliennes

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