« Les petites îles de Méditerranée sont des sentinelles avancées en mer »

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Aujourd'hui, jeudi 22 mai, Tara célèbre la journée internationale de la biodiversité, dédiée cette année à la diversité biologique insulaire.

Les îles constituent en effet des écosystèmes uniques au fort taux d’endémisme. La Méditerranée abrite à elle seule près de 15 000 îles et îlots : plus de 1 000 se situent dans le bassin occidental méditerranéen, comme les îles d’Hyères, où Tara a fait escale dernièrement.

Gardien de ces petits territoires émergés, le Conservatoire du littoral œuvre pour leur promotion et leur protection. Fabrice Bernard, Délégué Europe et International, nous présente l’initiative PIM, qu’il coordonne avec un groupe d’experts.

Que signifie le sigle PIM ?

Il s’agit de l’initiative pour les Petites Iles de Méditerranée (PIM) que nous développons depuis une dizaine d’année afin d’assister les gestionnaires des îles de Méditerranée, de les aider à mieux gérer et préserver ces territoires.

Pourquoi est-ce important de les protéger ?

Jusqu’à présent ces territoires étaient un peu oubliés : ils étaient occupés par des militaires, étaient difficiles d’accès… Aujourd’hui, là où l’accès se révèle plus facile, on dénombre de plus en plus de visiteurs. Donc ces espaces, longtemps protégés, sont désormais soumis à des pressions humaines. Or, ils abritent une biodiversité colossale que nous devons protéger.

Alors certes, lorsqu’on regarde des reportages animaliers à la télévision le dimanche, on y voit des zèbres et des girafes, qu’on ne trouve pas en Méditerranée. Il n’y a ni zèbres, ni girafes ! En revanche, on peut observer des espèces microscopiques, des petits lézards ou des plantes qu’on ne voit nul part ailleurs. Des espèces qui ont longtemps été à l’abri de la destruction qu’a connu notre littoral français. Nous nous sommes rendu compte qu’elles ont évolué différemment du reste du continent : elles bénéficient d’un brassage génétique moindre, elles sont issues de croisements différents, etc. Parfois sur quatre ou cinq îles très proches, nous observons des animaux qui ont évolué séparément et qui sont légèrement différents les uns des autres. C’est d’ailleurs comme ça que Darwin a développé toute sa théorie de spéciation.

Quelles sont les espèces emblématiques ?

A Port-Cros, par exemple, on trouve des espèces très intéressantes comme le phyllodactyle : un tout petit gecko, qui ne pèse que quelques grammes. Un reptile devenu rare, voire inexistant sur la plupart des zones continentales. On trouve aussi des oiseaux, comme le puffin cendré et le puffin yelkouan. Ce sont des oiseaux un peu particuliers parce qu’ils nichent à l’intérieur de terriers. Ils viennent se reproduire à Port-Cros et ne pondent qu’un œuf par an. Ce sont donc des espèces très fragiles. Une fois la saison de reproduction terminée, ces oiseaux repartent dans les quarantièmes rugissants pour se nourrir un an ou deux, avant de revenir dans le même nid, pour retrouver le même partenaire et pondre un nouvel œuf.

La Méditerranée est soumise à de fortes pressions anthropiques. Qu’en est-il ?

Lorsqu’on parle de la Méditerranée à l’échelle mondiale, on parle souvent de tourisme : on imagine le soleil et la Costa Brava ! La Méditerranée accueille un tiers du tourisme mondial, ce qui est colossal.

Et qui dit tourisme, dit construction : chaque année environ 200 km de côtes sont détruits, ou plutôt construits. Ce développement se fait souvent au détriment d’espaces naturels, au détriment d’espaces sur lesquels vit une biodiversité ordinaire et extraordinaire. C’est justement cette biodiversité qui est à l’origine des écosystèmes et des paysages qui attirent les visiteurs, qui constituent des espaces merveilleux pour les touristes.

Pourquoi parler de « sentinelles » lorsque vous évoquez ces îles?

Ces petites îles sont très sensibles au dérangement. Ce qui signifie que nous pressentons plus rapidement les bouleversements sur ces territoires que sur le continent. Ces îles peuvent donc servir de laboratoire pour suivre l’impact des changements globaux, pas seulement les changements climatiques, mais l’ensemble des changements comme la surexploitation des ressources, la destruction des habitats, l’apparition d’espèces invasives etc. Les petites îles de Méditerranée sont donc des thermomètres, ce sont des sentinelles avancées en mer qui vont nous signaler si nos actions de préservation fonctionnent ou non, car ce seront les premiers lieux à souffrir des impacts des mauvaises pratiques humaines.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Pour plus de renseignements :

Journée internationale de la biodiversité dédiée à la diversité biologique insulaire

Site Internet de l’initiative pour les Petites Îles de Méditerranée