Sandra Bessudo, une vie dédiée à Malpelo

© Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

Si les prélèvements de coraux sont au coeur de l’expédition Tara Pacific, sur sa route entre le Golfe de Panama et l’Ile de Pâques, l’équipe de Tara avait à cœur de soutenir la Fondation Malpelo. Cette Fondation se consacre depuis 30 ans à l’étude et la préservation des requins. Une étape un peu particulière pour l’équipage, consacrée à la pose de balises GPS sur des requins baleines. Sur l’île colombienne de Malpelo, Sandra Bessudo se bat pour préserver son incroyable biodiversité marine. D’un rocher inhospitalier menacé par les activités de pêche illégale, la biologiste franco-colombienne en a fait un sanctuaire marin unique au monde, réputé pour ses richesses naturelles hors du commun. Rencontre.

 

A Malpelo, la diversité de la faune sous-marine est aussi impressionnante que sa quantité en certains endroits.
A Malpelo, la diversité de la faune sous-marine est aussi impressionnante que sa quantité en certains endroits © David Hannan / Ocean Ark Alliance

 

Comment avez-vous découvert Malpelo ?

Je suis tombée amoureuse de Malpelo en 1987, c’était la première fois que je venais sur l’île. Je me souviens parfaitement de ma première plongée, je pense que je ne l’oublierai jamais : c’était dans des conditions un peu particulières, sur un bateau de pêche que nous avions aménagé avec d’autres moniteurs de plongée à l’époque. Nous ne connaissions pas du tout le site, il y avait donc un peu d’adrénaline : on voyait ces bancs de requins marteaux et nous nous demandions ce qui pourrait se passer, s’ils pouvaient nous faire quelque chose. Nous restions très attentifs, mais avec le temps nous avons commencé à connaître ces animaux et nous sommes rendus compte qu’ils étaient totalement inoffensifs.

 

Requins marteaux à Malpelo
Requins marteaux à Malpelo © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Pourquoi avoir consacré votre vie à la protection de Malpelo ?

Dès les premières plongées, j’ai vu l’incroyable richesse naturelle de l’île, mais j’ai aussi vu tous les problèmes qu’il y avait. A cette époque-là, il y avait plusieurs bateaux de pêche directement ancrés sur le corail, avec sur le pont plein de requins morts. Lorsque l’on plonge avec les requins, puis que l’on voit ces mêmes requins sur le pont, c’est difficile. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour protéger Malpelo, pour préserver ces espèces magnifiques.

 

Qu’avez-vous fait alors ?

Je me suis investie, notamment auprès du Président colombien, pour que l’île soit déclarée Aire Marine Protégée. Nous avons ensuite créé une fondation, en 1999 : la fondation Malpelo et Autres Ecosystèmes Marins. Avec cette fondation, nous avons développé différents programmes d’écotourisme, de surveillance, de communication, d’éducation et, bien sûr, un programme scientifique, avec un suivi de données de nombreuses espèces sur le long terme. En 2006, l’Unesco a déclaré Malpelo Patrimoine Naturel de l’Humanité : c’est gratifiant, cela récompense aussi toutes ces années de travail.

 

Tara au mouillage devant l’île de Malpelo (Colombie)
Tara au mouillage devant l’île de Malpelo (Colombie) © Fondation Tara Expéditions

 

Que représente la venue de Tara à Malpelo ?

Cela faisait longtemps que nous discutions avec Romain Troublé, le directeur de la Fondation Tara, afin de voir si nous pouvions faire quelque chose ici, en Colombie, bien évidemment à Malpelo. Nous avions déjà travaillé ensemble lors de la COP21 à Paris, pour que les océans soient pris en compte dans les négociations comme un écosystème capital dans la lutte contre le changement climatique. Cette semaine à Malpelo représente beaucoup, c’est la première fois que nous avons un bateau comme le Tara qui vient en Colombie pour nous aider à faire de la recherche. C’est très important pour nous, afin de continuer nos programmes scientifiques en coopération avec d’autres pays, mais aussi pour montrer aux gens l’importance de ce genre de mission. Avec la suite de Tara Pacific, cela nous permettra également de comparer le sanctuaire de Malpelo avec des dizaines d’autres sites sur la planète.

Propos recueillis par Yann Chavance

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