Sazan : une préservation franco-albanaise

© Y.Chavance/Tara Expéditions

L’île de Sazan, qui se dessine au large face au quai où est amarré, Tara à Vlora en Albanie, est au centre d’un projet de préservation unissant structures françaises et albanaises. Une collaboration officiellement actée sur le pont même de la goélette, en escale à Vlora depuis trois jours et jusqu’à demain

 En dix ans d’aventures sur les mers, Tara avait déjà été tour à tour plate-forme scientifique, lieu de séminaires, espace de discussions politiques, ou encore outil de sensibilisation pour le grand public. Avec notre escale à Vlora, en Albanie, la goélette s’est cette fois transformée pour quelques heures en cadre symbolique pour la signature d’un important contrat, scellant une politique de conservation commune entre le Conservatoire du Littoral français et son homologue albanais, l’Agence Nationale du Littoral. Au centre des liens entre les deux structures, l’île de Sazan, la plus grande d’Albanie, trônant face à la baie de Vlora : une richesse naturelle à préserver, dans un pays où les douleurs politiques ont longtemps chassé les consciences écologiques.

En 2010, le littoral autour de l’île est classé Aire Marine Protégée : cette AMP nommée Karaburun/Sazan devient la première – et encore aujourd’hui la seule – d’Albanie. Une initiative qui a poussé le Conservatoire du Littoral français à entamer une collaboration avec ses homologues locaux sur la question de cette île. « Nous avions déjà travaillé jusqu’en 2006 avec les structures albanaises, notamment sur des actions de conservation des lagunes, rappelle Céline Damery, chargée de mission au département Europe et International du Conservatoire du Littoral, qui gère notamment ce dossier albanais. Nous sommes revenus ici en 2011 car nous souhaitions profiter de la dynamique engagée avec la création de l’AMP pour proposer notre assistance institutionnelle et technique, et les accompagner dans la mise en œuvre d’une politique de gestion des côtes ».

En 2012 et 2013, le Conservatoire du Littoral lance ainsi via son initiative PIM, pour Petites Iles de Méditerranée, des campagnes d’études sur la biodiversité de Sazan. Des prospections qui révèleront vite la richesse naturelle de l’île : quelques 300 espèces pour la flore, 40 au niveau ornithologique, ou encore dix nouvelles espèces d’insectes jusqu’ici inconnues en Albanie. Ce riche inventaire, suivi d’une évaluation écologique et d’un état des lieux de la pollution terrestre, permet alors d’imaginer un plan de gestion de l’île. Car jusqu’ici, Sazan n’est en réalité qu’à moitié concernée par l’AMP nouvellement créée. « Les eaux entourant l’île font partie de l’AMP, mais la partie terrestre est propriété du ministère de la Défense et n’a aujourd’hui aucun statut de protection, explique Céline Damery. Nous voulions travailler sur ce projet, car cela peut être un site exemplaire pour l’Albanie, avec une vraie gestion intégrée entre terre et mer ».

Depuis le début de cette année, la réflexion sur la création d’une Aire Protégée Terrestre fait donc son chemin entre interlocuteurs français et albanais, jusqu’à la signature mercredi dernier sur Tara de la convention actant cette collaboration, sous les yeux des caméras locales et des responsables politiques. « C’est une nouvelle étape dans la coopération avec les autorités albanaises, en termes d’échanges de savoir-faire et de partage d’expérience sur les enjeux de gestion des côtes » se félicite ainsi la responsable française du projet. Du coté des équipes de Tara, fiers d’accueillir symboliquement cette signature, ce fut également l’occasion de mettre en lumière ce type d’initiatives locales. Pour que notre mission scientifique en Méditerranée soit aussi un relais des actions positives que nous croisons sur notre route.

Yann Chavance

 

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