Sylvia Earle, grande dame des océans, à l’ONU pour la Haute Mer

© J.Girardot/Tara Expéditions

Réunis depuis presque dix ans au sein de l’ONU pour explorer les modalités de la gouvernance internationale de la Haute Mer, les délégués des 193 pays membres se retrouvent à nouveau en ce début d’année 2015 à New York. Objectif: tenter de se mettre enfin d’accord  sur cet instrument juridique international que représentera une avancée historique et majeure pour protéger l’Océan.

Pour cette semaine qui s’annonce décisive dans ce processus, les organisations de la société civile sont présentes en force pour maintenir la pression sur les Etats qui résistent encore  à l’idée d’un instrument international pour la gestion durable de la biodiversité en Haute Mer.  Après les déclarations des ONGs de la High Seas Alliance – dont Tara Expéditions – nous avons eu le plaisir d’entendre la voix de Sylvia Earle, une de grandes porte paroles de la société civile pour l’océan, qui s’exprimait pour la première fois devant les officiels de l’ONU sur la question de la Haute Mer. Nous vous proposons de découvrir son discours :

« Merci, chers co-présidents, de m’offrir le privilège de parler officiellement au nom de Mission Blue, et officieusement au nom de ceux qui n’ont pas droit à la parole. Au nom des enfants d’aujourd’hui et de demain, au nom de nos descendants qui applaudiront ou condamneront nos décisions – ou notre incapacité à en prendre – visant à établir une gouvernance, un accord fort et significatif, mis en œuvre avec la Convention des Nation Unies  sur le droit de la mer (UNCLOS), pour la biodiversité de la moitié de la planète : la Haute Mer. L’Océan au delà des juridictions nationales. Bien sur, les accords existants doivent être respectés, mais il est clair que le cadre actuel ne répond pas et ne peut pas répondre à certaines situations qui sont aujourd’hui  devenues des réalités.

Les Nations Unies ont vu le jour en 1945. J’ai personnellement vu le jour dix ans après, et, enfant, je n’étais que peu attentive aux actions historiques dont il était alors question. Les enfants de dix ans aujourd’hui ont plus de chance d’être mis au courant de l’importance des décisions qui sont prises ici. Ils ont, et nous aussi avons accès au savoir comme jamais auparavant, à des informations qui n’existaient pas lorsque j’étais enfant.

En moins d’un demi siècle, nous avons acquis les moyens de comprendre ce que nos ancêtres ne pouvaient pas appréhender : l’océan est vivant – vivant – il est le moteur du climat et du temps, il génère la majorité de l’oxygène présent dans l’atmosphère, absorbe une grande partie du dioxyde de carbone dégagé dans l’atmosphère, représente 97 % de l’eau sur Terre et 97 % du volume de la biosphère. Aujourd’hui nous savons. L’espèce humaine altère la nature de l’Océan et ainsi, la nature de la nature, à cause de ce que nous y rejetons et de ce que nous en enlevons. L’Océan est vaste et résistant, mais il n’est pas assez vaste pour résister à tout. Ce que nous enlevons à la mer, ce que nous rejetons dans la mer mine la chose la plus importante que l’Océan nous apporte : notre existence même.

Les nouveaux rapports de cette semaine dans Science, le New York Times et The Economist sont, parmi d’autres, la preuve de la réduction drastique de la quantité et de la diversité des organismes marins dans les décennies récentes. Ils suscitent de réelles inquiétudes sur les conséquences sur l’humanité de nos actions. Il y a un lien direct entre la vie dans les océans et la résistance aux impacts du réchauffement de la planète, de l’acidification de la mer, et de la mutilation des organismes vivants dans l’océan sur une planète qui travaille pour nous.

Le status quo n’est ni approprié ni acceptable. Il est grand temps pour la Haute Mer, la moitié bleue du monde, d’être reconnue comme étant le cœur bleu de la planète, la pierre angulaire de la survie de l’espèce sur Terre, la vaste et vulnérable partie de la planète qui jusque récemment était restée en dehors des limites des juridictions nationales, mais aussi hors de portée d’une exploitation par les humains dans une optique de gains à court terme.

Nous avons aujourd’hui, maintenant, l’opportunité de combler les fossés qui existent dans la gouvernance de la moitié du monde, la moitié bleue qui permet de garder une Terre hospitalière pour la vie telle que nous la connaissons. Armés d’un savoir nouveau, nous avons l’opportunité, aujourd’hui, maintenant, cette semaine, d’encourager une gouvernance qui protègera la Haute Mer, comme jamais nous n’en avions eu auparavant dans l’histoire. Et peut-être, comme jamais nous n’en aurons à l’avenir.

Les enfants de dix ans nous regardent. »

 André Abreu, responsable Environnement et Climat chez Tara Expéditions

 

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