Tara Pacific : focus sur les coraux, du polype au récif

© L. Thiault/Tara Expeditions

La nouvelle expédition de Tara à destination du Pacifique se prépare. Alors que l’équipage de Tara s’apprête à mettre le cap sur les récifs coralliens, les scientifiques de Tara Pacific finalisent le protocole de recherche. Mais avant cela, que sait-on du corail ? Découvrir la vie et la formation du corail, c’est effectuer une véritable plongée dans un monde complexe, fait de polypes, de calcaire, donnant vie à d’immenses colonies qui forment les récifs.

S’intéresser aux coraux en se focalisant sur le polype est aussi réducteur qu’étudier une fourmilière en ne regardant qu’une fourmi. Après une première plongée dans le monde des coraux, il est temps de prendre un peu de recul pour comprendre comment ces  minuscules animaux arrivent à bâtir de véritables monuments minéraux, villages et cathédrales sous-marins.

Quel rapport entre un polype, minuscule parent des méduses, et la grande barrière de corail, visible depuis l’espace ? Chez les scléractiniaires, les coraux tropicaux, chaque polype crée un squelette externe, un support de calcaire qui servira de protection à l’animal et persistera après sa mort. Au cours de sa vie, un polype n’aura de cesse de se multiplier, formant par bourgeonnement de nouveaux polypes qui formeront de nouveaux squelettes calcaires et qui viendront grossir la colonie.

Qu’il s’agisse de coraux en forme de branche, de cerveau ou de plateau, seule la surface externe, en contact avec l’eau de mer, est recouverte de polypes et est donc vivante. Sous cette mince pellicule d’êtres vivants ne reste que le minéral, l’accumulation de millions de squelettes. Comme les cernes d’un tronc d’arbre, les plus gros coraux permettent alors de revenir dans le passé, de retracer la vie de la colonie sur des siècles, voire plus : certaines colonies auraient aujourd’hui jusqu’à 4 000 ans (mais on parle bien ici de l’âge de la colonie et non du polype).

©L. Thiault/Tara Expeditions

Au fil de l’accroissement de la colonie, et donc de la masse calcaire, des fragments finissent par s’effondrer sous leur poids ou par être arrachés par le courant et les vagues. Emportés quelques mètres plus loin, ils peuvent se fixer à nouveau sur le fond pour former une nouvelle colonie, véritable clone de la colonie initiale. Les différentes colonies, dont les anfractuosités seront peu à peu comblées par les sédiments et résidus d’autres organismes (coquilles de mollusques, tests d’oursins, etc.), formeront au final un récif corallien s’étendant parfois sur des kilomètres.

Pour se disperser encore plus loin, les coraux sont aussi capables de proliférer par reproduction sexuée  : un spermatozoïde fécondant un ovocyte pour former une cellule-œuf. Pour les trois quarts des espèces, hermaphrodites, chaque polype libère à la fois des gamètes mâle et femelle. Ce mode de reproduction sexué est longtemps passé inaperçu, car particulièrement bref : chez de nombreuses espèces, la libération massive de gamètes n’a lieu qu’une nuit par an !

En l’espace de quelques heures, les polypes mâles, femelles et hermaphrodites de dizaines d’espèces différentes libèrent simultanément leurs gamètes dans l’océan, formant une véritable neige sous-marine remontant à la surface. Chaque ovocyte fécondé donne alors naissance à une petite larve, la planula, qui est transportée au gré des courants avant de trouver un fond ou un support (que l’on nomme souvent substrat) sur lequel se fixer. Un premier polype apparaît, crée un squelette calcaire, se multiplie : une nouvelle colonie est née !

Yann Chavance

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