Tournage du film Tara, l’Archipel des Rois – ITW Pierre de Parscau

© The cup of tea

A l’occasion de la sortie du nouveau film « Tara, l’Archipel des Rois », son réalisateur revient sur l’aventure du tournage en décembre 2016 à Wallis et Futuna. Ce nouveau documentaire aux allures d’enquête scientifique est l’occasion de découvrir les coulisses d’un inventaire de biodiversité inédit et de comprendre les traditions de ce territoire méconnu.

 

Après le film Tara, l’odyssée du corail, pourquoi avoir choisi Wallis et Futuna pour ce second documentaire consacré à l’expédition Tara Pacific ?

D’une part, on entend si peu parler de ces îles d’outre-mer, puisqu’elles sont les plus éloignées de la métropole, qu’il y a eu un véritable intérêt de la part de France Ô pour cet archipel. D’autre part, ce que Tara et l’équipe scientifique embarquée allaient réaliser était inédit : au cœur de son expédition Tara Pacific, consacrée au corail, Tara allait permettre de réaliser un inventaire de biodiversité dans les eaux de l’archipel, ce qui n’était pas arrivé depuis une trentaine d’années. Nous ne savions pas du tout ce que nous allions découvrir et cette part de mystère est un point de départ très intéressant pour un film. Et c’est très émouvant de documenter un inventaire qui aura une valeur historique, il va permettre à la science d’avoir un point zéro de la biodiversité de ces îles et de pouvoir suivre son évolution. Ce film est donc à la fois une suite de Tara, l’Odyssée du corail. On y retrouve Tara et une partie de l’équipage bien sûr, mais ce film a aussi son caractère propre qui doit beaucoup à l’atmosphère très particulière de Wallis et Futuna.

 

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L’archipel de Wallis et Futuna abrite une biodiversité abondante et encore préservée des impacts du changement climatique - © The cup of tea

 

Quelles ont été les découvertes des scientifiques durant cette mission ?

L’équipage a été très surpris de découvrir autour de Futuna des récifs en très bonne santé alors que les précédents sites du Sud Pacifique avaient été très impactés par le réchauffement. Nous arrivions des îles Samoa où il a parfois fallu des jours pour trouver des coraux vivants. Cette abondance d’espèces dans un écosystème encore très préservé du changement climatique a aussi permis d’inventorier plus de 500 espèces de poissons et d’en découvrir certaines jusqu’ici inconnues. Olivier Thomas qui étudie les éponges a quant à lui découvert près de 70% d’espèces nouvelles autour de Futuna et d’Alofi dont certains qui pourraient avoir un véritable intérêt pharmaceutique. Le chemin est encore long mais on peut espérer que les ressources marines de ces îles pourraient à terme se transformer en une croissance économique.

 

Comment s’est déroulée l’aventure du tournage ?

La météo a été très capricieuse durant ces semaines de tournage, nous étions en pleine saison cyclonique et il a fallu composer avec des pluies très régulières. Mais finalement je crois que ça donne du relief au film et l’on sent que ça n’a pas été facile non plus pour l’équipage de Tara. L’autre défi était de tourner dans la forêt primaire de l’ile d’Alofi pour suivre le travail du botaniste Jean-Yves Meyer. Il a travaillé dans beaucoup d’iles du Pacifique et nous a tout de suite mis en garde : la seule sur laquelle il n’avait pas trouvé de remèdes contre les moustiques était Alofi… Je crois que l’équipe se souviendra longtemps de ces marches dans la forêt. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec les marins et les scientifiques présents lors de cette mission, ce tournage marquait pour moi la fin de 3 mois passés à bord de Tara, une expérience inoubliable.

 

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 Un inventaire de biodiversité inédit a été réalisé lors du passage de l’expédition Tara Pacific à Wallis et Futuna - © The cup of tea

 

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris durant ce tournage ?

Après avoir traversé plusieurs îles du Pacifique, l’archipel de Wallis et Futuna m’a vraiment étonné par son identité forte. La coutume y occupe toujours une place importante et il nous a fallu obtenu l’autorisation des trois rois de ces îles pour pouvoir travailler sur ce territoire. Ce n’est pas tous les jours qu’on se retrouve à saluer des rois… Ces îles sont extrêmement isolées des continents et on ressent la force de caractère qu’il a fallu à leurs habitants pour s’adapter à cet environnement. Nous avons pu aussi constater le grand sens de l’accueil des wallisiens et des futuniens lors des cérémonies du kava et des soirées sous les falés. Ce sont des moments très forts de partage qui ont beaucoup marqué l’équipage de TARA. À notre arrivée nous leur avons fait part des découvertes scientifiques et de l’état très dégradé des récifs que nous avions rencontré au cours de l’expédition. Nous avons pris conscience de leurs inquiétudes et de leur impuissance face à des phénomènes d’ampleur planétaire.

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