Transport d’échantillons, protection des espèces et règles internationales : mode d’emploi

© Sarah Fretwell / Tara Expeditions Foundation

C.I.T.E.S – Cinq lettres majuscules derrière lesquelles se cachent des règles très précises, des permis de prélèvement et d’exportation des échantillons et surtout un casse-tête quasi-permanent pour le staff logistique de Tara Pacific. CITES signifie « Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction ». Sa signature remonte à 1973 et eu lieu à Washington, à l’initiative de 39 états. Ils sont aujourd’hui une centaine de signataires dans le monde, avec des niveaux d’engagement différents.

 

Devant son écran d’ordinateur, entre deux échanges par Skype ou par e-mails avec l’autre bout de la planète, Clémentine Moulin, responsable logistique pour la Fondation Tara Expéditions à Paris, répond à nos questions alors qu’elle consacre des journées entières à l’obtention des fameux CITES. Sans eux, les douanes de chaque pays traversé par Tara, peuvent bloquer le transfert des colis transportant les échantillons de coraux, véritable sésame de l’expédition. Car certains coraux prélevés pendant cette expédition, font partie des espèces protégées par l’une des trois annexes de cette convention.

Depuis le début de cette expédition, il est donc impossible d’exporter des échantillons collectés dans un pays si le CITES export n’est pas signé par ce pays. Une fois les échantillons arrivés en France, par exemple, il faut obligatoirement un CITES import pour qu’ils puissent être livrés aux laboratoires partenaires dans l’hexagone, comme le Genoscope d’Evry en France. Vous commencez à entrevoir un peu mieux la complexité de cette mission, à quoi il faut ajouter que tout cela doit se faire en temps réel, au fil de l’expédition.

 

Becky Vegathurber, microbiologiste à l’Université de l’Oregon, prépare les tubes qui accueilleront les échantillons de coraux.

Becky Vegathurber, microbiologiste à l’Université de l’Oregon, prépare les tubes qui accueilleront les échantillons de coraux © Yann Chavance / Tara Expedition Foundation

 

Avant de délivrer un CITES import pour la France, par exemple, qu’est ce qui est vérifié par les autorités publiques délivrant ce permis ?

« Prenons le dernier exemple en date. À Nouméa, nous avons débarqué tous nos échantillons de coraux des trois mois précédents. J’ai donc dû demander un CITES import à la Nouvelle-Calédonie pour décharger ces échantillons sur le quai et un CITES re-export, toujours à la Nouvelle-Calédonie, pour que nous puissions les charger dans l’avion à destination de la France.   En France, lorsque ces échantillons sont arrivés à Paris, il me fallait obtenir un CITES pour l’importation. Comme c’est le Museum National d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN) qui émet un avis pour la délivrance du CITES, le MNHN étudie et vérifie la raison pour laquelle ces échantillons ont été prélevés, dans quelles conditions, sur quels sites et en quelles quantités, compte tenu de la situation de chaque espèce dans le pays d’origine de l’échantillonnage. Tout était ok, alors le CITES-import a été délivré par l’autorité publique. En France, c’est la DRIEE (Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Energie) qui est compétente. Elle dépend elle-même de la direction de l’eau et de la biodiversité, chapeautée elle-même par le Ministère de l’écologie. Mais chaque pays traversé a ses spécificités, ce serait trop simple sinon (rires) ! ».

Les CITES sont-ils obligatoires dans tous les pays du Pacifique traversés par l’expédition ?

« Oui pour la plupart. Certains pays ont signé la convention, d’autres ont adhéré ou l’ont ratifié. Cela signifie qu’il y a, en plus, certains niveaux différents de lecture de l’accord et de son application pour le corail. D’ici notre retour à Lorient en octobre 2018, comme nous allons encore traverser 13 pays, il me reste encore quelques permis CITES à obtenir. Le prochain est d’ailleurs le CITES de Papouasie où nous sommes actuellement.
les visites se multiplient autour de Tara_VH

En Papouasie, Tara au mouillage avant de partir prélever des échantillons © Vincent Hilaire / Tara Expeditions Foundation

 

Pourquoi faut-il à chaque fois alors un permis CITES, si Tara ne fait pas de shipping * dans chaque pays, s’il n’y a pas d’export ?

« Le CITES n’est pas qu’un outil douanier, c’est avant tout un outil de protection des espèces menacées pour éviter leur dilapidation et disparation à cause du commerce. Une partie du corail en fait partie, inscrite dans l’annexe II de la convention de Washington. Sans le CITES, le corail noir ou le corail rouge de méditerranée auraient peut-être disparu, transformés en bijoux ou objets d’ornement. Par rapport aux valeurs et à l’éthique des expéditions scientifiques menées par Tara, le CITES est une évidence. Le panda et le rhinocéros sont par exemple inscrits à l’annexe I de la convention, la plus contraignante. Cela n’empêche pas ces espèces d’être quand même aujourd’hui menacées d’extinction ».

Vincent Hilaire

      * déchargement, conditionnement et envoi des échantillons aux laboratoires partenaires

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