COP21 : ITW Françoise Gaill, quand la science vient au devant de la scène internationale | Tara, un voilier pour la planète

COP21 : ITW Françoise Gaill, quand la science vient au devant de la scène internationale

© Forum Océan et Climat

Françoise Gaill, Directrice de recherche émérite au CNRS, et conseillère scientifique à l’Institut Ecologie & Environnement du CNRS (INEE) est spécialiste de l’Océan. Elle coordonne le comité scientifique de la Plateforme Océan & Climat mobilisée pour la COP 21.

Elle participe avec d’autres scientifiques à l’éclairage des enjeux « Océan » lors de cette 21ème Conférence climatique, afin qu’ils soient mieux pris en compte dans les négociations internationales. Françoise Gaill revient sur les enjeux d’une telle conférence pour le monde scientifique.

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Que représente la COP21 pour le milieu scientifique ?
C’est un des seuls moments où les scientifiques peuvent être sur le  devant de la scène internationale pour mettre en lumière de façon non académique et aborder des questions liées aux enjeux planétaires, sociales et politiques. C’est très important pour un scientifique car la connaissance est une valeur et sortir du labo c’est alors montrer au monde ce qu’on y fait vraiment. Et puis la société aussi peut découvrir qu’il est intéressant de travailler avec des scientifiques !

Comment agit une telle date butoir pour les scientifiques ?
La recherche c’est le plaisir intellectuel de la compréhension du monde qui passe par la production de connaissances. Pour cela, il faut avoir du temps, car la recherche est aride et obtenir des résultats, trouver quelque chose est difficile. Les chercheurs sont souvent peu impliqués dans ce genre d’événements planétaires car le milieu académique ne valorise pas forcément ces actions. Les jeunes scientifiques partagent plus que les autres l’envie d’y participer.

Votre façon de travailler a donc changé ?
Aujourd’hui, je suis plutôt « sage ». Contrairement aux chercheurs en activité, je ne produis plus de résultats originaux. Et c’est désormais autour des enjeux que porte la recherche que j’ai envie de me situer. Cela tombe bien car à force d’être trop académique, au bout d’un moment, on ne se régénère plus et on risque de s’épuiser. Il faut qu’il y ait un renouvellement dans la manière de poser les questions et de les aborder.

Quel est votre rôle ?
J’ai plutôt un rôle fédérateur autour de la biosphère océan. Je suis là pour mettre en relation des scientifiques de différents horizons et d’autres acteurs de l’océan autour de l’enjeu climatique. Maintenant, j’ai le temps de faire ça. Quand on est chercheur en activité, s’arrêter un an signifie perdre pied car la concurrence est rude. Maintenant c’est différent pour moi. Et tout s’est fait naturellement sans que je le veuille vraiment. En fait, c’est Tara qui m’a donné cette opportunité.

Vous avez retrouvé votre passion et un certain optimisme…
Je suis revenue à mes amours initiales. L’océan me passionne vraiment. Tout comme faire la promotion de l’océan auprès des jeunes qui arrivent. Et je suis optimiste car l’océan ayant été absent des négociations climatiques jusqu’à présent, on ne peut pas partir de plus bas. A un moment donné on va réussir quelque chose. Pour atteindre les objectifs de la COP21, une expertise collective scientifique conduite par le %GIEC%  a donné des hypothèses sur lesquelles on peut s’appuyer. Nous savons que une élévation des températures de 2ºC représente une limite à ne pas dépasser.

Y a-t-il un risque de revivre un échec comme à Copenhague en 2009 ?
On n’est jamais à l’abri d’un échec. Même si tout a été préparé un an à l’avance par des techniciens expérimentés. Jusqu’au dernier moment, la gestion humaine est difficile, incertaine. L’expérience de Copenhague a été tellement terrorisante pour tout le monde que l’on peut espérer que les mêmes erreurs ne seront pas reproduites et qu’il y aura un minimum d’accord sur des fondamentaux. A ce jour, les questions Océan & Climat, ont été particulièrement mises en évidence auprès des décideurs et c’est déjà une belle réussite. Il nous faut obtenir à présent un accord ambitieux.

Propos recueillis par Dino Di Meo

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