COP21 : un accord universel et une mention inédite pour l’océan

© FRANCOIS GUILLOT / AFP

Après des années de travail et de négociations, l’accord climatique approuvé à Paris ce samedi 12 décembre marque un moment historique pour la planète.

Le texte annoncé avec émotion par le Président de la COP21, Laurent Fabius, est bien le premier accord universel sur le climat à caractère contraignant et accepté par tous les pays membres des Nations unies. Cet accord, qui entrera en vigueur en 2020, jette les bases d’une transition progressive vers une économie verte et non carbonée d’ici 2050.

L’Accord prévoit donc que les pays mettent en œuvre les moyens pour « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C » et « poursuivre l’action menée pour la limiter à 1,5 °C ». Pour les pays insulaires et les pays les plus vulnérables, limiter la température à 1.5°C est une victoire. Elle se traduit par la fin progressive des investissements dans les énergies fossiles dès 2030, pour aboutir à la fin de l’énergie carbonée prévue pour 2050.

Si les actions concrètes restent à définir par chaque pays pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre, le texte de l’accord est sans doute un bon compromis entre les différents pays. Une approche différenciée pour les pays permet aujourd’hui de reconnaître les spécificités des pays les plus vulnérables et la plus grande responsabilité des pays développés dans le réchauffement climatique. Pour les pays en développement regroupés au sein du G77, la reconnaissance des responsabilités différenciées est une importante victoire (arrachée notamment aux Etats-Unis qui ont toujours plaidé au contraire sur les mêmes engagements, valant pour tous).

Lors des précédentes négociations, alors que le financement de l’adaptation au changement climatique n’avait pas fait consensus, le Fonds Vert sera bien l’outil financier et devra être doté de 100 milliards par an à partir de 2020. Cette vision à long terme doit être saluée et figure parmi les piliers de la lutte contre le changement climatique.

Les efforts et mises en œuvre des pays seront soumis à vérification. Les sanctions seront d’ordre politique avant d’être économique : tous les 5 ans, chaque pays sera tenu de publier son plan d’action national pour lutter contre le réchauffement. En cas de non respect des engagements, la convention de Genève pourra s’appliquer et pourra donner lieu à un procès au niveau national, selon les cadres juridiques de chaque pays. Cet aspect signe une nouvelle justice climatique, sur base du droit international.

Enfin, pour la première fois, la mention de l’océan comme un écosystème essentiel pour le climat est une victoire symbolique pour tous les défenseurs et passionnés de la mer, pour Tara Expéditions et pour les organisations de la Plateforme Océan et Climat qui ont travaillé pendant deux ans pour créer le momentum nécessaire à cette reconnaissance.

Apparu dans le préambule du texte final (« notant qu’il importe de veiller à l’intégrité de tous les écosystèmes, y compris les océans… ») qui n’est toutefois pas une partie contraignante de l’accord, cette mention est le signe d’une prise de conscience mondiale du rôle majeur de l’océan dans le changement climatique (en tant que pompe à carbone, stockage de chaleur…). Cette prise de conscience s’est également traduite au niveau des chefs d’Etat et des délégations nationales, avec la signature de la déclaration Because The Ocean. 22 pays se sont engagés, en marge de l’Accord de Paris, à soutenir les décisions en faveur d’une meilleure prise en compte de l’océan.

Plus largement, au-delà de l’accord de Paris, la mobilisation massive des leaders politiques et des acteurs la société civile autour de la Conférence de Paris restera peut-être dans l’histoire comme le moment où nos sociétés ont décidé et acté la sortie des énergies fossiles.

Depuis deux semaines, avec la présence de plus de 150 chefs d’Etat à Paris pour le lancement de la COP, la mobilisation des citoyens, les engagements pris par des acteurs de l’économie et de la finance pour arrêter de financer les énergies fossiles, l’engagement de plus de 100 grandes villes à un objectif de 100% renouvelables en 2050, tout cela signe un vrai tournant pour les années à venir.

Six ans après l’échec de Copenhague, c’est aujourd’hui la défaite du climato-scepticisme, la fin des négationnistes du changement climatique, un revers pour les ultra-libéraux qui cherchent le développement et le profit à tout prix, aux dépens de la nature et du climat. La COP21 acte au niveau institutionnel, la fin d’une époque où le développement a été construit autour du pétrole et des combustibles fossiles.  Bienvenus au XXIème siècle !

 

Ce qu’il faut retenir

• L’Accord est un compromis historique : les pays s’engagent à limiter le réchauffement à 2° C voire 1,5°C.

• La baisse des investissements financiers dans le pétrole est prévue d’ici 2030 pour un objectif « zéro carbone » en 2050,

• Les efforts des pays sont révisables uniquement à la hausse,

• Les pays doivent réviser et déclarer publiquement leur plan d’action tous les 5 ans,

• Le financement de l’adaptation au changement climatique est prévu sur le long terme,

• Les pays en voie de développement ont obtenu des régimes différenciés,

• L’Accord de Paris est universel, ambitieux, contraignant et doit à présent être concrétisé.

• L’océan est entré pour la première fois dans un accord climatique signant la reconnaissance de son intégrité comme partie prenante de l’équilibre climatique,

 

Les points d’attention

• Les moyens concrets doivent encore être spécifiés pour atteindre l’objectif affiché de limiter le réchauffement à 1,5°C / 2°C.

• Cet accord se base sur des engagements volontaires des Etats, le caractère contraignant est lié à des contrôles via des instances juridiques internationales (convention de Genève), les sanctions économiques ne sont pas définies.

• Le Fonds Vert que les pays se sont engagés à doter de 100 milliards de dollars doit encore être clairement défini dans sa mise en place

• Les mécanismes de révisions s’ils existent, restent pour le moment encore trop tardifs (à horizon 2023-25)

 

André Abreu, Responsable Environnement et Climat – Tara Expéditions

 

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