Il y a 10 ans, Tara débutait sa dérive arctique

© F. Bernard / Fondation Tara Expéditions

Il y a 10 ans tout juste, Tara débutait une expédition historique : la dérive arctique. Le 4 septembre 2006 exactement, les glaces de la banquise venaient tout juste d’enserrer la coque de la goélette.

Le voilier polaire avait largué les amarres et quitté les pontons de Lorient en juillet 2006 pour une odyssée polaire : une fantastique aventure scientifique et humaine baptisée Tara Arctic (2006-2008) qui consistait à se laisser porter par la banquise afin d’étudier les effets du réchauffement climatique au Pôle Nord et en Arctique. Près d’un siècle après l’exploit de l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen, en 1893 avec le Fram, Tara débutait une nouvelle aventure à haut risque, quasi immobile, sans voile ni moteur.

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Grâce à sa coque ronde et plate en noyau d’olive, conçue pour échapper aux pressions extrêmes exercées par la banquise, Tara allait passer 507 jours à dériver au rythme de la banquise, des courants et des vents. Sans savoir combien de temps cette dérive allait durer, 8 hommes d’équipage avaient embarqué pour vivre une expérience unique. A bord de la goélette :

· Grant Redvers, Chef d’expédition
· Bruno Vienne, Caméraman
· Matthieu Weber, Ingénieur
· Denys Bourget, Médecin
· Hervé Bourmaud, Capitaine
· Victor Karasev, Ingénieur – spécialiste polaire
· Nicolas Quentin, Chef mécanicien
· Gamet Agamerzaiev, Expert polaire

« S‘il n’y avait pas eu des gens assez fous pour partir, nous n’y serions jamais allés » se souvient Etienne Bourgois, Président de la Fondation Tara Expéditions. « Aujourd’hui, nous avons des techniciens spécialisés dans les conditions extrêmes mais à l’époque, en 2006, il s’agissait encore d’aventuriers. Peu croyaient en ce projet et l’équipage n’avait pas été simple à constituer. »

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Etienne Bourgois

« Ce début de dérive c’était avant tout un grand point d’interrogation. Nous avions dû anticiper tout ce que nous pouvions, tous les cas de figure possibles en termes climatique, technique, médical, alimentaire pour être le plus autonome en cas de problème. Nous sommes partis avec 2 tonnes de nourriture à bord. Difficile d’imaginer tout ce qui pouvait arriver. Même en anticipant au maximum, il était impossible d’aboutir au risque zéro. Le champ des possibles était immense ! ». Se confronter à la puissance des éléments, à la nuit polaire interminable puis au jour permanent apparaissait comme une expérience intense où chaque nécessité du quotidien pouvait prendre des allures de mission impossible.

Sous la direction scientifique de Jean-Claude Gascard, océanographe à l’Université Pierre et Marie Curie, directeur de Recherches au CNRS et coordinateur du programme scientifique européen DAMOCLES (2005-2010), l’objectif de cette expédition majeure était d’identifier les changements en cours concernant la glace de mer, l’atmosphère et l’océan afin d’améliorer notre capacité à simuler les changements à venir. Entre 2006 et 2008, Tara a été le poste d’observation avancé des changements climatiques en Arctique.

Grâce à la goélette, plateforme de recherche unique pour les 48 laboratoires de recherche impliqués, des observations précises dans la durée ont pu être réalisées. Radiomètres, sismographes installés sur la glace et autres appareils ont permis de faire toutes sortes de mesures pendant toute la durée de la mission.