Conférence sur les Océans : enjeux décisifs pour les sciences marines | Tara, un voilier pour la planète

Conférence sur les Océans : enjeux décisifs pour les sciences marines

© Nicolas Floch / Fondation Tara Expéditions / Ocean Conference

La conférence mondiale des Nations Unies sur l’Océan qui se tiendra en juin à New York sera la première à aborder les problématiques maritimes à l’échelle planétaire. Elle constituera également une opportunité unique de se concentrer, au plus haut niveau, sur les défis les plus urgents pour la science marine d’aujourd’hui. Nous savons depuis de nombreuses années, par exemple, que le changement climatique menace la biodiversité océanique du fait des impacts nouveaux et cumulatifs du réchauffement, de l’acidification et de la désoxygénation – des problématiques également associées à la pollution anthropique et à la surpêche. Mais investissons-nous suffisamment dans la recherche fondamentale pour comprendre et agir sur ces questions, ainsi que d’autres tout aussi urgentes ?

La réponse est non !

Il existe un scénario en sciences marines qui consiste à « continuer comme si de rien n’était », et dans certains cas, nous faisons même moins actuellement qu’il y a une décennie. La Commission océanographique intergouvernementale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (COI-UNESCO) est sous-financée. De plus, des programmes nationaux importants en matière de science de l’océan ne sont plus désormais une priorité dans les pays clés comme l’Australie, la France, l’Italie et maintenant les États-Unis, où des restrictions budgétaires ont récemment été annoncées concernant les sciences du climat et les observations de la Terre. Il s’agit d’un terrible paradoxe : plus l’océan est menacé, moins nous soutenons la production de savoir destiné à comprendre, prédire et prévenir les impacts futurs.

 

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Mise à l’eau d’un filet permettant le prélèvement d’échantillons de plancton pendant l’expédition Tara Oceans 2009-2013 © Anna Deniaud / Fondation Tara Expéditions

 

C’est une période de jalons importants pour l’océan. Tout est en place pour instituer un accord international sur la gestion de la biodiversité en haute mer qui prendra en compte les ressources génétiques marines. À toutes les échelles, celles-ci sont encore largement méconnues, bien que nous voyions désormais une transformation profonde s’opérer en sciences marines grâce au développement rapide de nouvelles technologies comme le séquençage de prochaine génération, l’analyse de données massives, la bio-informatique et la bio-imagerie. Ces techniques vont transformer la façon dont nous appréhendons l’océan, de la même façon que la génétique a transformé la médecine et la prévention du cancer. De plus, lors de sa 43ème session à Nairobi, au Kenya, la commission du GIEC a décidé de préparer un rapport spécial sur le changement climatique, les océans et la cryosphère, accordant ainsi à l’océan une attention indispensable au sein de la sphère climatique. Comme mentionné, la première Conférence sur l’Océan des Nations Unies catalysera les progrès réalisés dans le cadre de l’Objectif de développement durable (ODD) no14 axé sur l’océan.

Nous devons saisir cette opportunité de soutenir les sciences marines. L’ODD 14 affirme ce point dans la cible 14a, qui met l’accent sur la nécessité d’ « approfondir les connaissances scientifiques, renforcer les capacités de recherche et transférer les techniques marines [...] ». Dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan, le CIO-UNESCO propose une « décennie internationale des sciences de l’océan », qui pourrait être le moteur d’une plus grande coopération et d’un financement plus important pour les programmes clés portant sur les problématiques les plus urgentes. Dans le contexte de l’« Appel à l’action », un résultat majeur et escompté de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan, la recherche fondamentale devrait devenir une priorité dans la mise en œuvre des cibles, non seulement comme base en ce qui concerne les impacts liés au changement climatique (cible 14.3), mais aussi les déchets et la pollution marine (cible 14.1), la gestion des réserves marines (cibles 14.2 et 14.5), et au-delà.

 

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Réserve naturelle de Moorea, en Polynésie Française, pendant l’expédition Tara Pacific 2016-2018 © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

En complément du financement et de la prestation de ressources, nous devons repousser les limites et créer des programmes internationaux transdisciplinaires en utilisant les meilleurs outils scientifiques à notre disposition. L’expédition Tara Pacific est un modèle à considérer et à reproduire. En étudiant le blanchiment des récifs coralliens lié à la diversité planctonique, la Fondation Tara Expéditions en France a mis en place un programme international multidisciplinaire associant plus de 27 instituts scientifiques dans divers pays. Il s’agit d’un programme scientifique unique à l’échelle du Pacifique. Pourtant, comme nous l’avons constaté lors de notre précédente mission, Tara Oceans, il n’est possible de concevoir un tel programme que de bas en haut, ce qui implique de prendre un certain nombre de risques et de souvent travailler contre une approche scientifique standard établie.

Il est maintenant temps de construire des moteurs de recherche transversaux et collaboratifs. Les décideurs ont une forte responsabilité en ce qui concerne le renforcement des sciences de l’océan à l’origine des actions futures de conservation et d’adaptation. La Conférence des Nations Unies sur l’Océan qui se tiendra du 5 au 9 juin sera littéralement un « Appel à l’action » et nous devons capitaliser sur cette rencontre et toute autre opportunité pour jeter les bases d’une recherche scientifique incitant à l’action sur l’ensemble des ODD.

Directeur général de la Fondation Tara Expéditions, Romain Troublé (Twitter : @RomainTrouble) et son directeur des politiques, Andre Abreu (Twitter : @AndreAbreuTara)

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