Horizon nippon pour la Fondation – ITW E. Bourgois & R. Troublé

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

Voilà un moment qu’Etienne Bourgois et Romain Troublé, Président et Directeur Général de la Fondation Tara Expéditions ne s’étaient pas retrouvés ensemble sur le pont de TARA. Ils se sont joints à l’équipage et seront à nos côtés jusqu’à Kobé, où Tara est attendue par l’acteur et célèbre réalisateur japonais Takeshi Kitano, pour célébrer cette escale majeure. Interview croisée.

 

Avant de poursuivre sa mission scientifique, la goélette naviguera de ville en ville pour partager les aventures et découvertes de Tara avec le public japonais. Tara au Japon c’est une première ? Quel est le lien entre la Fondation Tara Expéditions et ce pays ?

 

Etienne Bourgois
Le grand public ne le sait pas encore, mais nous avons créé une Fondation Tara au Japon il y quelques mois. Bien au-delà de cette longue visite de Tara, nous commençons à développer des actions locales autour du projet Tara. Nous avons créé cette fondation afin que le public et les partenaires puissent adhérer et soutenir le projet. Je viens ici depuis 1982, pour la marque agnès b., qui est le mécène fondateur de Tara. Le Japon constitue d’ailleurs la filiale étrangère la plus importante de la marque depuis très longtemps : nous avons à peu près 135 boutiques et près de 700 employés sur place.

 

Portrait_Etienne_Onomichi_credit_NPansiot-2150631(1)Portrait d’Etienne Bourgois à Onomichi © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Le public japonais va donc pouvoir soutenir Tara par le biais de la Fondation Tara nipponne ?

 

Etienne Bourgois
Grâce au soutien d’agnès b. nous souhaitons faire adhérer les Japonais à des projets autour de Tara et peut-être, à terme, financer des projets scientifiques dans le pays. Nous souhaitons utiliser le réseau agnès b., et nos partenaires pour faire échos au projet Tara Expéditions en travaillant sur la prise de conscience de l’importance des océans, mais aussi des problèmes de pollution… Ici, tout est sous plastique, il y a énormément d’emballages.

 

Romain Troublé
Oui, les estimations sont chiffrées à 31 milliards de sacs plastiques distribués par an ; soit une moyenne de 5 sacs plastiques par personne et par semaine… Et puis je crois qu’il s’agit là d’une véritable opportunité de parler des océans aux Japonais. Non pas de parler de stock de poissons ou de pêche, mais d’aborder ensemble la question des océans différemment : d’évoquer le rôle majeur des océans dans le processus climatique par exemple… D’évoquer toutes les questions soulevées par Tara depuis plus de 10 ans, afin de faire avancer, au niveau international, la compréhension des problématiques liés à la protection des océans. L’enjeu est de taille…

 

Scolaires_Onomichi_credit_NPansiot-2150575Les scolaires à Onomichi © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

La sensibilisation a déjà commencé et le public était au rendez-vous. Tara a déjà accueilli 500 personnes lors de ses deux dernières escales japonaises, c’est un bel accueil !

 

Etienne Bourgois
Oui, nous avons pu constater que les gens étaient très enthousiastes depuis l’arrivée du bateau. Nous avons fait traduire et publier le journal Tara Junior en japonais et il est très apprécié au pays des Mangas ! Nous souhaitons d’ailleurs trouver des partenaires éducatifs locaux, qui pourraient reprendre les outils que nous avons développés pour les adapter au pays. Car les changements passeront par les enfants…

 

A bord de Tara, la sensibilisation passe aussi par l’art. Les artistes ont toujours eu un rôle important dans le projet. Nous sommes d’ailleurs attendus à Kobé, par Takeshi Kitano.

 

Etienne Bourgois
Oui, la venue de Tara ici est aussi liée à Kitano San*, qui a accepté de nous soutenir depuis des années.

Romain Troublé
Et puis, deux artistes sont déjà à bord : Maki, qui est une jeune artiste et Hibino San. Takeshi Kitano est à la fois artiste, show man, comédien et c’est l’une des personnalités les plus connues au Japon. Nous sommes très heureux qu’il soit l’ambassadeur de Tara !

 

Peinture a quatre mains entre Hibino et Maki, artistes japonais en residence a bord de Tara_FAuratPeinture à quatre mains entre Hibino et Maki, artistes japonais en résidence à bord de Tara © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Le projet Tara perdure grâce à des soutiens comme ceux apportés par d’Hibino San et Kitano San ici, mais aussi grâce aux soutiens des partenaires financiers. Quels sont les partenaires japonais ?

 

Romain Troublé
Bien qu’efficace, le projet coûte beaucoup d’argent et il lui faut des fonds, des donateurs ou des mécènes pour qu’il perdure. Fondatrice et premier mécène, agnès b. est bien sûr notre principale partenaire. Voilà deux ans que nous essayons de faire connaître le projet au Japon avec l’aide de Michel Temman, afin que la presse s’y intéresse, le public avec et enfin, que les mécènes nous considèrent. Puisque c’est ainsi que ça fonctionne. Nous avons donc débuté deux co-productions avec la NHK – principale chaîne de TV locale – qui a déjà réalisé un documentaire diffusé devant 20 millions de personnes et qui en prépare un second. Nous avons établi une collaboration avec Hearst Fujinghao, un groupe de presse américano-japonais. Une société immobilière, Kankyo Station, nous a rejoint cette semaine. D’autres amis et contributeurs nous ont accompagnés dans toutes les démarches locales : Sylvain Agostini, Kei Nakaji et notre agent Yoneyama san. Et bien sûr, nous avons des partenariats scientifiques solides qui renforcent notre crédibilité sur le territoire : les Universités de Tokyo Tsukuba, de Kochi, de Kyoto, et de Ryukyu.

 

romain trouble photo noeliePortrait de Romain Troublé © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Sans eux, Tara ne serait probablement pas là. L’administration japonaise est une machine assez difficile à appréhender pour des Français.

 

Romain Troublé
C’est un pays complexe en terme d’administration, les procédures y sont nombreuses, complexes, qui plus est dans une autre langue. Toute l’équipe, aidée par l’Ambassade de France, a dû déployer de nombreux d’efforts pour préparer cette première visite. Mais nous avons réussi à planifier 8 escales, ainsi qu’une coopération franco-japonaise sur une mission scientifique qui promet d’être très intéressante.

 

Propos recueillis par Noëlie Pansiot.

 

San* : forme de politesse que l’on place après un nom et qui signifie Madame ou Monsieur en japonais.

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