Les larmes de sirène font pleurer la mer

© M.Barbieux/Tara Expéditions

Invisibles à l’œil nu, les microbilles plastiques ont discrètement envahi nos produits quotidiens. Ces très fines particules sphériques sont désormais présentes dans des centaines, voire des milliers de produits cosmétiques : exfoliants, crèmes et laits de soin, nettoyants hydro alcooliques, dentifrices, vernis à ongle…

Si certains emballages annoncent leur présence : « contient des microbilles », d’autres ne la mentionnent pas ou brouillent les pistes.  Figurent alors dans la liste des composants, des désignations obscures comme « polyéthylène » ou « polypropylène ». 

Oubliés les noyaux d’abricots concassés pour éliminer les peaux mortes, oubliées les recettes de beauté de nos grands-mères, les microbilles plastiques présentes dans les cosmétiques roulent sur la peau et apportent un toucher doux à nos crèmes. Voilà pourquoi, les industriels en usent et en abusent. Qu’elles soient inférieures à 1 mm ou un peu plus grosses, comme dans les produits exfoliants, leur sort reste le même. Elles ne sont pas biodégradables et se révèlent bien trop fines pour être filtrées par les stations d’épuration. Elles voyagent donc dans nos canalisations, par le drain de la douche, transitent par les égouts et les rivières, avant de terminer leur course dans les mers et les océans. Là, elles se feront peut-être porter par les courants pendant plusieurs siècles, ou entreront dans la chaîne alimentaire sous-marine, gobées par un poisson. Les anglo-saxons les nomment « mermaid tears» : les larmes de sirène empoisonnent les écosystèmes aquatiques.

Une fois de plus, l’effet cumulé des actions individuelles aboutit à un problème global. Des gestes de soin et d’hygiène anodins, ne le sont pas pour l’environnement et les acheteurs ne sont pas avertis. Et s’ils l’étaient, ils feraient probablement le choix de ne pas utiliser tel ou tel produit, passant ainsi du statut de consommateurs à celui de « consommacteurs ».

Aux Etats-Unis, la région des Grands Lacs est particulièrement touchée par cette source de pollution. A tel point que l’Etat de l’Illinois légiférait au mois de juin pour interdire l’utilisation des microbilles plastiques par les industriels. D’autres Etats comme celui de New York, de Californie et de l’Ohio essaient de faire passer des interdictions similaires.

Les scientifiques s’y intéressent depuis quelques années et certaines estimations ont déjà été publiées. Le Docteur Leslie, de l’Université Libre d’Amsterdam, estime qu’un produit exfoliant (comme un gommage de marque) est composé à 10.6% de microplastiques. L’ONG américaine 5Gyres pointe du doigt un autre produit, qui contiendrait à lui seul 360.000 microbilles. En Europe, les chercheurs Liebezeit et Dubaish, de l’Université allemande d’Oldenburg, estiment que les cosmétiques forment la principale source de pollution aux microplastiques de la mer des Wadden.

La problématique de ces microbilles intègre celle des microplastiques étudiée à bord de Tara. Et pourtant, le sujet n’est pas récent, puisqu’en 1972, E.J. Carpenter and K.L. Smith étaient les premiers chercheurs à tirer la sonnette d’alarme concernant la présence de fines particules plastiques à la surface de l’Atlantique. Peu de temps après la publication de leurs observations, ils signalaient l’ingestion de polyéthylène par des poissons. 42 ans se sont écoulés depuis ces premières observations et la situation n’a fait que s’aggraver. Mais il est encore temps d’inverser les tendances et de stopper les rejets en mer, pour peu que des décisions soient prises.

Noëlie Pansiot

Pour celles et ceux qui souhaitent renoncer à leur exfoliant industriel, voici une recette toute simple de gommage doux.

Ingrédients :

-       une cuillère à soupe de sucre en poudre fin
-       une cuillère à soupe d’huile végétale (olive, argan ou noisette)
-       ajouter 2 gouttes d’huile essentielle de pamplemousse (optionnel)

Mélangez le tout dans un bol, appliquer en effectuant de petits mouvements circulaires.

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