L’ONU approuve enfin une Conférence Internationale sur la gouvernance de la Haute Mer

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

Point de vue – Par André Abreu, responsable Politiques Internationales de la Fondation Tara Expéditions.

Andre Abreu de Almeida© Fondation Tara Expéditions

 

Onze ans après la première communication officielle des Nations unies pour établir des règles sur la gestion durable de la Haute Mer, ce vendredi 21 juillet 2017 marquera une date importante pour la gouvernance de l’Océan. Un accord a été conclu à l’ONU pour lancer une Conférence Internationale sur la gestion de la biodiversité marine, au-delà des juridictions nationales, cet espace immense qui représente rien de moins que la moitié de la planète.

Nous attendions cette résolution depuis la conférence de l’ONU sur le développement durable au Brésil en 2012. L’échec global de la déclaration finale du sommet RIO+20 avait fini par coûter cher au paragraphe qui prévoyait un accord sur la Haute Mer. Poursuivies à l’ONU, les discussions avaient été freinées par l’extrême complexité des enjeux et par des intérêts nationaux divergents sur l’exploitation des ressources de la Haute Mer.

 

Kambou Sia AFP.image© Kambou Sia / AFP

 

La semaine passée, à New York, les négociateurs, experts et observateurs achevaient la dernière session préparatoire devant aboutir au lancement d’une conférence internationale : un processus multilatéral avec un cadre stable et financé, une série de « COP » comme celles du climat, assorti d’objectifs contraignants, d’un comité de pilotage, d’un secrétariat, d’un comité scientifique.

Mais l’objectif a semblé une fois encore s’éloigner quand plusieurs États ont rejeté le texte présenté par l’ambassadeur brésilien Carlos Duarte. Le ton cordial des premières conférences avait disparu avec l’arrivée du texte provisoire. Entre les pays du Pacifique très attachés à la conservation des zones maritimes, les grand pays nationalistes réticents à toute intervention étrangère et les grandes puissances mondiales qui essaient à tout prix de retarder toute décision, le compromis restait très incertain.

Avec la présentation d’une nouvelle mouture du texte jeudi passé, nous croyions enfin être sur la bonne voie. Le travail diplomatique de l’ambassadeur brésilien a été unanimement salué, avec le représentant du Kenya allant jusqu’à le comparer à Pele, Ronaldo et Neymar et ses dribles ! Les pays du G77 + Chine, l’Union Européenne, les pays du Pacifique, de l’Afrique, des Caraïbes, de l’Amérique du sud, les pays moins avancés, tous ont soutenu le texte.

Mais la Russie, les États-Unis, l’Islande, le Japon l’ont rejeté. M. Duarte a dû convenir de sessions de négociations en aparté sur des points de blocage tels que la gestion de la pêche, la création des Aires Marines Protégées, le financement ou la gestion des ressources génétiques marines.

 

1-CREDITS MAEVA BARDY-SCIENCES-OCEAN-1© Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

A noter que les États-Unis et la Russie ont tenté jusqu’au bout d’affaiblir un texte qu’ils croient dangereux pour leurs intérêts économiques, dans une vision qui résonne bien avec les politiques actuelles de M. Trump et de M. Poutine.

Ce n’est que grâce au volontarisme de l’ambassadeur Carlos Duarte, à l’engagement des ONG et à l’effort de médiateurs, dont l’Union Européenne, le Costa Rica, la Norvège, mais aussi la Chine, que les négociateurs ont obtenu un compromis. Le texte reste toutefois affaibli par l’absence de date de lancement de la conférence, le manque de règles pour le financement de la recherche ou de dispositifs pour encadrer la pêche hauturière.

La résolution sera maintenant transmise à l’Assemblée Générale en septembre prochain pour signature et lancera enfin une Conférence Intergouvernementale pour écrire le premier traité pour la conservation et la gestion durable de la Haute Mer.

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