« Montrons-leur ce que nous nous efforçons de sauver » : Entrevue avec Pete West | Tara, un voilier pour la planète

« Montrons-leur ce que nous nous efforçons de sauver » : Entrevue avec Pete West

© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

Directeur de la photographie sous-marine, Pete West a embarqué à bord de la goélette à Wallis pour sa deuxième étape de l’expédition Tara Pacific. Collaborateur régulier de la BBC et d’autres grandes chaînes de télévision, il documente actuellement les plongées scientifiques de Tara Pacific pour le compte de la Fondation Tara Expéditions. En Australie, son pays d’origine, Pete et son équipe se spécialisent dans la photographie macroscopique des coraux dans leur laboratoire des studios BioQuest.

Zoom sur un professionnel de l’imagerie sous-marine.

Les images réalisées par les studios BioQuest permettent aux spectateurs de plonger au cœur du corail. Le récif prend vie à mesure que les polypes s’animent et révèlent leurs superbes couleurs. Pete travaille en milieu aquatique depuis 40 ans. Les défis technologiques de sa profession continuent de l’enthousiasmer et la richesse des détails du corail n’en finissent pas de l’émerveiller.

 

 

Quelle est votre mission à bord ? En quoi consiste votre collaboration avec la Fondation Tara Expéditions ?

J’ai embarqué à bord de Tara pour documenter l’expédition Tara Pacific au moyen de vidéos et de photographies. Nous approchons maintenant de la fin de ma seconde étape à bord de la goélette. Mon premier séjour s’est déroulé entre l’île de Pâques et Tahiti. L’étape actuelle a débuté à Wallis et se terminera ici, au Japon. Pour moi, la partie la plus importante de mon association avec Tara a été de travailler aux côtés de certains des meilleurs biologistes marins et océanographes de la planète. De par leur appréciation de notre travail, ils m’ont inspiré pour la poursuite de notre tâche et m’ont donné envie d’élargir la gamme des travaux entrepris à BioQuest.

Qu’avez-vous appris au cours de votre séjour à bord ?

J’ai eu l’occasion de collaborer avec des scientifiques du monde entier et, bien sûr, nous avons pris le temps de nous asseoir et de discuter. J’ai été vraiment stupéfait en écoutant les récits de personnes venant des États-Unis d’apprendre l’étendue de la disparition des récifs, en Floride notamment, puis celle des coraux en Mer Rouge en discutant avec les gens de la KAUST*. J’ai alors réalisé que ce que j’ai observé sur la Grande Barrière de corail n’est qu’un problème de plus pour les coraux du monde entier. Ce qui m’a le plus touché, c’est qu’il s’agit d’un problème mondial et qu’il doit donc être abordé comme tel. C’est ce que nous avons à bord de Tara : une approche globale. (*KAUST : King Abdullah University of Science and Technology – Université des Sciences et Technologies du Roi Abdallah, Arabie Saoudite)

Qu’aimez-vous particulièrement dans votre travail ?

Les avancées en matière de technologie d’appareil photo numérique sont stimulantes et nous sommes parvenus à les combiner avec notre technique d’éclairage, de photographie accélérée et d’empilement de mises au point afin de mettre en évidence les incroyables détails et les couleurs extraordinaires des coraux.

 

Pete_West_underwater© Pete West / BioQuest Studios / Fondation Tara Expéditions

 

En tant qu’observateur sous-marin, qu’avez-vous constaté au cours de vos 40 années de plongée et de travail sur les récifs coralliens ? Que se passe-t-il aujourd’hui sur la Grande Barrière de corail d’Australie, votre pays natal ?

Il est devenu évident que nous perdons les récifs coralliens. Il ne s’agit plus d’envisager « si » nous allons les perdre. C’est désormais une certitude. Au cours des années, j’ai assisté à l’accélération des dommages portés à la Grande Barrière de corail, dont une part non négligeable est d’origine naturelle. Les dégâts provoqués par les cyclones, par exemple, sont considérables. Lors du passage d’un cyclone, des centaines d’hectares de coraux peuvent été détruits. Nous constatons également l’impact préjudiciable de l’ensablement et d’un apport excessif en nutriments par ruissellement le long de la Grande Barrière de Corail. Ajoutez à cela les effets du blanchiment croissant des coraux et de l’acidification des océans et vous comprendrez que le récif subit une énorme pression.

Nous devons agir et il existe des actions à mener. Nous pouvons argumenter sur l’éventualité de réduire les émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard, mais il y a des actions que nous pouvons poser immédiatement, comme par exemple, contrôler l’utilisation de pesticides et des nutriments utilisés dans l’agriculture côtière. Ces produits chimiques ont des conséquences néfastes sur les récifs coralliens des eaux côtières peu profondes. Nous devons également replanter des arbres le long des côtes afin de limiter l’érosion responsable de l’ensablement d’importantes zones côtières. Nous pouvons prendre des mesures concernant tous ces problèmes. On observe d’ailleurs actuellement une évolution des mentalités vers une prise d’action, en particulier en Australie.
Est-il déjà trop tard ? Je l’ignore, mais nous devons faire notre maximum.

 

Photo_macro_tubastrea_credit_Pete_West© Pete West / Bioquest Studios / Fondation Tara Expéditions

 

Les photos et les films que vous avez réalisés à bord sont époustouflants. Nous prenons conscience que les coraux sont des créatures vivantes.

Je crains malheureusement que nous ne perdions ce monde corallien avant même de l’avoir pleinement découvert. Grâce à la technologie développée dans les studios BioQuest, nous pouvons faire ressortir les couleurs naturelles des coraux. Leur véritable splendeur est ainsi révélée aux yeux de tous. J’espère que cela donnera au public une plus grande appréciation des récifs. Les gens sont vraiment inspirés pour agir lorsqu’ils découvrent nos images et prennent conscience que les coraux sont des animaux d’une beauté extraordinaire.

Nous voulons que nos films et photographies apportent une véritable différence, éduquent le public en le divertissant. Je suis convaincu que les belles images transcendent toutes les barrières linguistiques. C’est l’objectif de notre collaboration avec la Fondation Tara Expéditions sur la mission Tara Pacific de 2016 à 2018.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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