Nouveau film « Tara, L’odyssée du Corail », rencontre avec le réalisateur Pierre de Parscau

© Fondation Tara Expéditions

La mythique goélette Tara se lance dans une nouvelle expédition : étudier le corail de l’Océan Pacifique, cet animal mystérieux dont la vie n’a jamais été autant menacée. Une mission qui débute en Polynésie et qui, des récifs de Moorea jusqu’aux atolls des Tuamotu, met les marins et des scientifiques au contact des populations insulaires directement touchées par la disparition du corail. A travers cette aventure humaine et scientifique à travers laquelle Tara fait revivre l’esprit des grands explorateurs du passé et renoue avec la tradition des voyages de connaissance du monde.

Découvrez la genèse et le tournage du film « Tara : L’odyssée du corail », avec l’interview de son réalisateur Pierre de Parscau.


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Comment est née l’idée de faire ce film ?

De ma rencontre avec Romain Troublé, le directeur général de la Fondation Tara Expéditions, et Christophe Audeguis, producteur de the cup of tea. J’avais pu embarquer à bord de Tara en 2015 pour un voyage entre la Bretagne et l’Islande et, en préparant l’expédition « Tara Pacific », j’ai proposé à Romain de travailler sur un documentaire qui accompagnerait cette aventure. Nous avions le désir de la faire partager au plus grand nombre et de donner à voir des paysages rares et très fragiles. Parallèlement à ce projet, France Ô est venue à la conférence de presse organisée par Tara sur l’expédition. La chaîne a été immédiatement frappée par l’importance de cette aventure scientifique, dont le sujet correspond à son ADN. La France est en effet le deuxième littoral au monde du fait des Outre-mer, et le bateau Tara traverse nombre de territoires ultramarins : Polynésie, Nouvelle- Calédonie et Wallis-et-Futuna. L’équipe des programmes s’est alors rapprochée de Romain Troublé et lui a fait part de son désir de produire un documentaire sur cette expédition. C’est de cette rencontre entre le projet que je voulais porter avec Romain Troublé et Christophe Audeguis, et l’envie de France Ô d’accompagner l’expédition Tara Pacific, qu’est né ce documentaire.

 

Qu’avez-vous pu constater sous l’océan au fil des semaines ?

Malgré les alertes de la communauté scientifique sur l’état des récifs à travers le globe, nous espérions découvrir des sites encore assez épargnés par le réchauffement climatique. Dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie française, nous avons plongé dans des atolls très éloignés des populations humaines en espérant observer des coraux en bonne santé. Dans certaines zones, il n’en reste que 5 % de vivants ! L’augmentation de la température de l’océan, due notamment au phénomène El Niño, a causé un épisode de blanchissement sans précédent sur les récifs. Cette situation entraîne un véritable bouleversement de l’écosystème corallien, et il est difficile aujourd’hui d’en mesurer les conséquences à la fois pour la biodiversité et les populations insulaires.

 

Tara au mouillage dans l’atoll de Kauehi (archipel des Tuamotu)
Tara au mouillage dans l’atoll de Kauehi (archipel des Tuamotu) © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

Quels objectifs l’expédition a-t-elle remplis ?

L’ambition de l’expédition Tara Pacific est d’ausculter les récifs et tenter de révéler les mystères de la vie et de la biologie du récif corallien, jusqu’à son ADN. En voyageant d’est en ouest et du nord au sud du Pacifique, Tara s’est constitué une immense bibliothèque d’échantillons. Ces prélèvements vont permettre d’en apprendre davantage sur les micro-organismes qui vivent autour des coraux et de mieux comprendre les échanges qui ont lieu sur les récifs. Même si le corail fait partie des plus anciens organismes vivant de la planète, il recèle encore beaucoup de secrets pour les chercheurs. Il va falloir attendre plusieurs années avant que les résultats scientifiques soient mis à jour. C’est un processus d’analyse très long qui fait intervenir des laboratoires de pointe partout dans le monde et mobilise des dizaines de scientifiques.

 

De quels moyens disposiez-vous pour filmer ?

J’ai eu le plaisir de travailler avec David Hannan, un cameraman sous-marin australien qui a suivi l’expédition durant plusieurs mois. C’est lui qui a tourné les magnifiques images sous-marines du film, et nous avons collaboré de manière très étroite sur la construction de ces séquences de plongée. Nous avons ainsi pu tester des prototypes étonnants comme l’HyperDiver, que l’on voit dans le film. Je tournais quant à moi les images à la surface et dans les airs puisque nous avions un drone à bord de Tara, ce qui permet de donner au film un vrai souffle d’aventure. Il faut ajouter que Tuhiva Lambert, notre ingénieur du son tahitien, a beaucoup facilité notre travail avec les populations insulaires.

 

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Retour de plongée © Loïc Menard

 

Quelles images rares ou particulièrement intéressantes les téléspectateurs pourront-ils découvrir ?

Je crois qu’après avoir vu ce film personne ne pourra plus douter des effets du réchauffement climatique sur l’océan. Le téléspectateur va pouvoir vivre de l’intérieur une expédition à bord de Tara et découvrir l’incroyable beauté des récifs en même temps que leur fragilité. Plonger de nuit lors de la reproduction des coraux, assister à un carottage sur le récif, découvrir les jardiniers des lagons… Ce film propose une expérience vraiment inédite tout en permettant de s’interroger sur notre responsabilité face aux générations futures. Nous avons eu la chance d’observer des récifs qui demain auront peut être totalement disparu, j’espère que ces images, parfois choquantes, feront réagir.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées durant le tournage ?

Filmer en pleine mer est peut- être la situation de tournage la moins confortable pour une équipe. Il faut préserver le matériel technique du sel et de la chaleur, mais les organismes peuvent aussi s’user sur un bateau. La difficulté principale dans un cadre comme celui de la Polynésie est de ne jamais perdre de vue le film que l’on a écrit et de résister à la tentation de tourner en permanence. J’avais à ma disposition des décors incroyables et un bateau mythique, je n’aurais pas pu être plus heureux.

 

Quelles sont vos attentes concernant la diffusion de ce film ?

Je serais très heureux que ce film puisse aider à convaincre les téléspectateurs de l’importance de préserver la santé des océans et celle des récifs en particulier. Nous avons pu rencontrer des journalistes de Polynésie 1ère durant notre tournage, et je suis ravi que ce film soit vu par les habitants de ces régions. Nous sommes à un moment où va se jouer la survie des économies insulaires. Il faudra choisir entre un besoin de développement et la préservation de cet héritage naturel exceptionnel. C’est peut-être en donnant à voir les beautés de l’océan que l’on peut convaincre les gens de mieux les protéger.

 

Un film de 52 minutes écrit et réalisé par Pierre de Parscau
, raconté par Jacques Gamblin
, produit par the cup of tea, la Fondation Tara Expéditions
 et le CNRS Images, avec la participation de France Télévisions et du CNC.

Diffusion sur France Ô le mercredi 7 juin à 20h55, Rediffusion le 8 juin à 23h55.

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