Opération Big Blue : 17 ans de lutte contre la pollution au Liban

© Y.Chavance/Tara Expéditions

L’association « Operation Big Blue » œuvre depuis 1997 à préserver le littoral libanais des dégâts causés par la pollution, dans un pays qui, au sortir de la guerre, redécouvre les richesses naturelles de ses côtes. Dix-sept ans d’histoire de cette association ambitieuse, racontés par sa charismatique présidente, Iffat Edris Chatila.

Comment vous est venue l’idée de monter cette association ?

 En 1997, nous étions un groupe de cinq plongeurs, et à chaque plongée nous voyions des tortues étranglées par les sacs plastiques. C’était vraiment des images affreuses, le fond marin ressemblait véritablement à une poubelle. A certains endroits, on ne pouvait même plus voir le fond, entièrement couvert de déchets. Après 20 ans de guerre, tout le monde jetait dans la mer, les dépotoirs étaient dans la mer. Personne ne peut imaginer ce que l’on a vu. Sur certaines plages, il y avait parfois un mètre de déchet, on ne savait même pas comment était la plage en dessous, si c’était du sable ou des rochers. Un jour, après une plongée, mon frère a dit : « Il y en a assez, il faut que les gens sachent, qu’ils ne jettent plus dans l’eau. Il faut tout ramasser ». C’est comme ça que tout a commencé…

 Quelle a été votre première action ?

Notre première campagne de nettoyage s’est déroulée en août 1997, il y a eu 40 000 personnes qui y ont participé, du Nord jusqu’au Sud, sur tout le littoral, sur les plages et même sous l’eau. L’armée nous a aidé pour faire une étude logistique, puis nous a prêté main-forte avec des hélicoptères, des plongeurs, des bateaux… Chaque année, il y avait entre 1200 et 1500 soldats qui nous aidaient, nous avons même pu nettoyer la partie qui était prise par les israéliens. Nous avions prévu au départ de faire ces campagnes durant cinq ans, mais chaque année ça se répète, et on y est toujours… Mais en 1997, il y a des plages que l’on faisait en six heures de travail, aujourd’hui, certaines plages se terminent en une demi-heure. Cette année, il y a même trois plages que l’on n’a pas eu besoin de nettoyer. Il y a une différence formidable !

Le nettoyage des plages n’est pas votre seule action…

Depuis 1997, en cherchant ce que l’on pouvait faire, nous avons développé plusieurs activités en parallèle. Il y a par exemple la « police bleue », qui a un rôle de surveillance des tortues et des dauphins, qui veille aussi à la sécurité des gens dans l’eau, mais qui travaille surtout sur l’éducation. Nous avons aussi effectué un nettoyage des rivières, qui ramènent tous les déchets solides dans la mer : c’était une façon de prendre le problème à la source. Nous avons fait un gros travail dans les villes et les villages autour des rivières, avec des campagnes d’éducation des villageois. Nous avons également créé un éco-label pour les plages et les municipalités, pour les encourager à prendre un peu plus soin de l’environnement en suivant certains critères. Enfin, nous essayons de changer la façon de penser des gens, changer cette manie de jeter partout, avec notre projet du citoyen bleu. Nous allons essayer de changer les mentalités, avec des messages diffusées par les écoles et les médias. Le citoyen bleu, c’est le citoyen de la planète.

Propos recueillis par Yann Chavance

 

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