Plastique et environnement

© N.Pansiot/Tara Expeditions. Echantillons plastique

Avec des millions de tonnes de matières plastiques déversées dans les océans chaque année, les impacts sur l’environnement sont nombreux et durables. Si les dangers pour certaines espèces, comme les tortues, sont connus du grand public, le plastique pourrait bien causer d’autres dégâts bien moins évidents.

Selon certaines associations, les déchets plastiques seraient responsables de la mort de 100 000 mammifères marins et d’un million d’oiseaux chaque année. Ces estimations sont pourtant difficiles à vérifier. Tout d’abord, il est fort probable qu’une partie des animaux victimes des déchets plastiques finissent au fond de l’océan plutôt que de s’échouer sur les plages, rendant le décompte hasardeux. D’un autre coté, le simple fait de trouver du plastique dans l’estomac d’un animal mort ne signifie pas forcément que ces déchets sont la cause du décès. Si les chiffres exacts sont donc difficiles à estimer, il n’est reste pas moins une certitude que les déchets plastiques font des dégâts importants parmi la faune marine.

L’exemple le plus frappant est sans doute celui des tortues qui, confondant les emballages plastiques avec leurs mets favoris, les méduses, finissent pour certaines par mourir d’une occlusion intestinale ou par étouffement. Triste record, une tortue a déjà été retrouvée avec plus de deux kilos de plastique dans l’estomac… Du coté des oiseaux marins, le constat n’est guère moins alarmant. Une récente étude en Méditerranée a observé que, sur 171 oiseaux capturés, les deux tiers avaient au moins un débris plastique dans l’estomac. Pour certaines espèces, comme le puffin cendré, le chiffre monte encore : 94 % des volatiles avaient avalé du plastique, avec comme risque potentiel, comme pour les tortues, étouffement ou occlusion intestinale. En plus de ces dangers, certains déchets plastiques, comme les filets synthétiques abandonnés, font de véritables ravages en prenant au piège bon nombre d’espèces marines, mourant de faim ou d’étranglement.

Selon les dernières études, plus de 600 espèces seraient ainsi impactées par les déchets en mer. Si l’on pense forcément aux plus gros animaux, tortues, cétacés ou phoques, c’est bien avec toute la chaine alimentaire que le plastique interagit. En marge des déchets les plus visibles, les minuscules particules de plastique appelées microplastiques peuvent également être ingérées par de petits poissons et certaines espèces planctoniques. Si les études d’impact sont encore trop peu nombreuses pour évaluer les menaces que font peser ces microplastiques sur les premiers maillons de la chaine alimentaire, la question de la toxicité pour ces organismes peut se poser. Il existe en effet de très nombreux types de matières plastique utilisant divers composés, dont certains particulièrement nocifs pour l’environnement, aujourd’hui interdits mais se retrouvant encore sous forme de déchets dans les océans.

De plus, certaines matières plastique ont la fâcheuse propriété d’absorber des polluants (pesticides, hydrocarbures…) présents dans l’eau de mer. L’ingestion par de petits organismes marins de ces véritables éponges à produits toxiques pose là encore la question des risques pour ces organismes, comme pour le reste de la chaine alimentaire qui les ingère. Si les concentrations de produits toxiques ingérés semblent pour l’instant minimes, de plus amples recherches doivent encore être menées, notamment pour les espèces planctoniques. Enfin, les déchets plastiques abritent quantité d’espèces qu’ils déplacent au gré des courants. Quelques mois après le tsunami de 2011 qui arracha de la terre quantité de déchets divers, plus de cent nouvelles espèces arrivèrent sur les côtes canadiennes, accrochées aux débris flottants. L’apport d’espèces invasives dégradant les écosystèmes locaux, voire de micro-organismes pathogènes, pourrait ainsi potentiellement entraîner de véritables désastres écologiques. A défaut de pouvoir soustraire le plastique présent dans les océans, comprendre au mieux le phénomène et ses conséquences sur l’environnement, à travers de nouvelles études comme celles menées sur Tara, est donc essentiel.
 Yann Chavance

 

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