Tara Expéditions : reconnue d’utilité publique

© N.Pansiot-Tara Expeditions

Après treize années d’engagement au service de l’étude océanique et une dizaine d’expéditions menées en mer, Tara Expéditions est devenue une fondation reconnue d’utilité publique. Tour d’horizon de ce nouveau volet dans l’aventure de Tara, avec Etienne Bourgois, directeur général d’agnès b. et fondateur de Tara Expéditions.

 

Etienne Bourgois, en quoi ce nouveau statut juridique, celui de fondation, ouvre-t-il un nouveau chapitre pour Tara Expéditions ?

Il y a quelques jours, nous avons fait don avec ma mère, Agnès Troublé, de la goélette d’exploration à Tara Expéditions, qui vient de recevoir le statut de fondation reconnue d’utilité publique. Ce qui veut dire que nous pouvons maintenant recevoir des donations publiques. C’est l’aboutissement d’un long processus, 36 mois de travail et de démarches pour être précis. Nous avons à présent une vraie crédibilité au niveau international, notamment auprès des américains qui accordent beaucoup d’intérêt à ce mot et ce statut de « fondation ». C’est aussi l’occasion de revoir notre gouvernance à travers d’autres formes de sollicitations du public et de nos partenaires. Et puis nous avons maintenant les capacités pour nous présenter devant l’ONU et d’y défendre nos engagements en faveur des océans. On change de braquet, c’est très stimulant.

 

 agnès b.
agnès b. co-fondatrice et première mécène de la Fondation Tara Expéditions

 

Qu’est-ce que vous imaginiez il y a 10-12 ans en faisant l’acquisition de Tara ?

J’ai acheté Tara il y a treize ans avec l’idée de contribuer, à ma manière, à l’étude et la protection des océans. Je n’aurai jamais imaginé en arriver là aujourd’hui. Les débuts ont parfois été difficiles mais finalement le projet m’a dépassé, il nous a tous dépassé et c’est tant mieux ! Tara est devenu un bien commun, partagé par des gens aux horizons très différents, un magnifique lieu de création, d’échanges et de connaissances. J’aime la mer, énormément, et j’ai eu la chance de voir la nature à son état brut, au Pôle Nord, deux fois, d’y rencontrer des gens absolument passionnés par l’océan. Ces personnes qui voyagent avec Tara, pour la plupart des scientifiques, sont de grands cartésiens mais leur travail comporte toujours une grande part de créativité, de rêves, de hasard et surtout de doute. Ce sont toutes ces choses qui participent à construire l’utopie Tara Expéditions !

 

Envisagez-vous d’investir plus encore le terrain et le débat politique autour de la thématique des océans ?

Nous le faisons déjà depuis longtemps, en partageant nos informations et nos connaissances, en organisant des conférences et en participant à la rédaction de nombreux rapports. Nous allons également créer une sorte de think tank Tara pour communiquer nos positions sur des thématiques liées aux océans comme leur gouvernance internationale, la biodiversité marine ou la pollution plastique. De manière générale, je recherche avant tout l’équilibre. C’est-à-dire un accès privilégié aux institutions publiques, pour travailler avec elles et faire évoluer les lois, sans pour autant faire de Tara une énième entité institutionnelle, compliquée à manœuvrer. Il faut trouver le juste ton, parfois classique, parfois critique, mais qui garantie toujours à Tara sa liberté et son indépendance.

 

Vous êtes également en lien avec d’autres organismes, associations, fondations et unités de recherche à travers le monde …

Je pense que les actions de tous ceux qui défendent l’environnement, et dans le cas présent les océans, peuvent se compléter. C’est l’addition des énergies qui nous rend plus fort. Par exemple, à l’occasion de chaque événement Tara, nous invitons d’autres associations et acteurs à se joindre à nous, afin d’échanger et de sensibiliser de nouveaux publics. En 2016, nous mettons aussi en œuvre un nouveau et vaste programme de coopération Nord-Sud dans la continuité de Tara Oceans (en partenariat avec le FFEM). Il s’agit créer des réseaux d’échanges de savoir-faire et de connaissances sur le monde planctonique, avec de jeunes chercheurs du Chili, du Pérou, d’Argentine ou du Sénégal. Je veux que Tara puisse proposer et partager les niveaux  les plus élevés de la connaissance scientifique.

 

Quelles sont les prochaines actions que vous mènerez grâce à votre nouveau statut ? Vous insistez souvent sur l’importance de la pédagogie, des initiatives éducatives et culturelles …

Nous continuons à proposer des résidences artistiques à bord de Tara. C’est souvent une grande expérience pour les artistes sélectionnés, la plupart nous le dise, et un très bon moyen de sensibiliser d’autres publics à notre projet. Pendant sa prochaine expédition Tara Pacific, le bateau va aussi passer  plus de temps à l’escale. Les équipages iront rencontrer des jeunes dans les écoles, des politiques et des associations locales. Nous allons également organiser des conférences, des expositions et des visites à bord de Tara. Pour le volet éducatif, l’un des plus importants selon moi, nous souhaitons étendre notre partenariat avec l’UNESCO. Je pense qu’il faut vraiment responsabiliser les jeunes vis-à-vis des enjeux environnementaux. Ça ne sert à rien de les dédouaner des erreurs commises par les générations précédentes. Ils sont intelligents et ils trouveront les moyens de changer les choses. C’est eux qui renverseront la table !

Propos recueillis par Victor Branquart

barre-orange-2

Articles associés :

- Départ de l’expédition Tara PACIFIC 2016-2018

- Océan et Climat à l’heure de la signature de l’Accord de Paris

- Tara OCEANS : la recherche s’ouvre aux pays du Sud